À Matam, les retombées médiatiques de l’affaire Pape Cheikh Diallo provoquent une onde de choc chez les personnes vivant avec le VIH. Une enquête révèle une montée inquiétante de la stigmatisation et une perturbation du suivi médical.
L’affaire impliquant Pape Cheikh Diallo continue de produire des effets préoccupants dans la région de Matam, notamment sur la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Selon une enquête menée auprès de 103 patients et rapportée par le quotidien L’As, la situation a engendré un climat de peur aux conséquences sanitaires et psychologiques lourdes.
Chef de service de la consultation externe du Centre hospitalier régional de Matam, Dr Daouda Diba indique que 96 % des personnes interrogées ont eu connaissance de cette affaire fortement médiatisée. Mais au-delà de l’information, les effets sont profonds : 86 % des patients disent se sentir davantage stigmatisés.
Plus alarmant encore, 79 % des personnes interrogées reconnaissent avoir manqué un rendez-vous médical ou le renouvellement de leur traitement. Pour le médecin, cette situation s’explique par un sentiment de peur généralisée : peur d’être identifiés, exposés ou jugés. « Derrière ces chiffres, il y a des vies fragilisées en silence », alerte-t-il dans les colonnes de L’As.
Le spécialiste rappelle que des milliers de personnes, adultes comme enfants, vivent avec le VIH au Sénégal et suivent un traitement rigoureux dans la discrétion. Ce fragile équilibre repose sur la confiance et la confidentialité, deux piliers aujourd’hui menacés.
Face à cette situation, Dr Diba lance un appel aux autorités, notamment au ministère de l’Intérieur, ainsi qu’aux médias. Il insiste sur le caractère hautement sensible du statut sérologique, protégé par le secret médical. « Ce n’est pas une information comme les autres. C’est une vie, une dignité », martèle-t-il.
Dans un contexte où la lutte contre le VIH dépend fortement de la confiance entre patients et structures de santé, la diffusion incontrôlée d’informations sensibles pourrait compromettre des années d’efforts. Le médecin appelle ainsi à une responsabilité collective, soulignant que la peur d’être exposé dissuade encore aujourd’hui certains patients de fréquenter les structures sanitaires.

