Et si le véritable progrès commençait par la réhabilitation lucide et audacieuse de l’État ?
J’entends ici par Etat, l’ensemble des administrations et institutions qui agissent dans l’intérêt général et respecte le principe de légalité. Qui sont tenues à l’obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. Qui se conforme au principe d’égalité et garantissent à chacun un traitement impartial.
Dans un monde où l’État est souvent perçu comme une entrave à l’innovation ou un poids économique, il est crucial de remettre en lumière son rôle central, non comme un rival du secteur privé, mais comme son premier allié stratégique. Car, contrairement aux idées reçues, la force du secteur privé découle d’abord de l’existence d’un État fort, crédible et visionnaire. Il est illusoire de croire que l’économie se développe sans une administration publique performante, qui donne les repères et les régulations nécessaires à la réussite collective.
Un État stratège avant d’être gestionnaire
La puissance publique ne doit pas se réduire à la simple exécution de tâches administratives ou à la gestion quotidienne des affaires. Elle a pour rôle de définir les orientations stratégiques qui façonnent notre futur commun. Ces orientations touchent des domaines essentiels comme la construction des infrastructures, la justice, la souveraineté numérique, la transition énergétique, ou encore l’éducation. Chacun de ces enjeux nécessite une vision politique claire et des institutions solides. L’administration n’est pas un simple outil de gestion, elle est l’ossature qui permet d’orienter les choix économiques, sociaux et environnementaux du pays. C’est la matrice où se forge la capacité d’agir collectivement et de transformer l’ambition en réalité.
L’enjeu africain : construire semble la souveraineté
Au Sénégal et sur l’ensemble du continent africain, les réformes de gouvernance ont souvent privilégié la réduction de l’État, cherchant à en limiter le champ d’action, parfois même à le considérer comme un obstacle. N’est-ce pas durant l’ajustement structurel qu’a été créé le ministère de la modernisation de l’Etat ? Pourtant, aucun progrès substantiel en matière de souveraineté monétaire, de résilience économique ou de transformation sociale ne peut être accompli sans un État capable d’élaborer des stratégies de long terme, de structurer les acteurs et de catalyser les initiatives.
- L’enjeu de l’État est donc de construire un leadership stratégique, plutôt qu’une simple gestion technique des ressources et des biens publics. L’État ne doit pas être un spectateur passif, mais un acteur dynamique dans la transformation de la société ;
- Le privé, catalyseur mais non substitut : l’entrepreneuriat est un moteur essentiel, mais il ne pourra jamais remplacer la vision publique. Un secteur privé performant a besoin de règles claires, de stabilité, et d’un environnement propice à l’innovation — des conditions que seul un État fort peut garantir ;
- Les citoyens, partenaires incontournables : la légitimité de l’État repose avant tout sur la participation active des citoyens, qui doivent être les partenaires essentiels de l’action publique. Une administration qui ne place pas l’engagement civique, la transparence et la reddition de comptes au cœur de son action perd de sa légitimité. C’est par l’implication de chaque citoyen que l’État retrouvera sa noblesse et son efficacité.
L’État comme espace de lucidité collective
Redonner à l’État ses titres de noblesse, c’est admettre que l’État n’est ni l’ennemi des citoyens, ni une utopie inatteignable. C’est un outil essentiel de transformation, une institution dont la mission première est de bâtir une société juste, équilibrée et souveraine. Il est essentiel que l’État devienne un espace de lucidité, de stratégie et d’écoute. Il ne doit pas être seulement un centre d’administration des procédures, mais un acteur d’un projet national audacieux. Cela passe par des réformes institutionnelles ambitieuses, la revalorisation des services publics et le renforcement de la conscience collective sur le rôle des fonctionnaires en tant qu’acteurs du changement. Cette réhabilitation ne doit pas se limiter à une réorganisation technique, elle doit passer par un véritable changement de mentalité. L’État doit être le lieu où se forgent des décisions éclairées, qui prennent en compte les besoins et les aspirations des populations. Un État qui incarne le principe de justice sociale et la promesse d’un avenir partagé.
Conclusion : Une mobilisation à construire
Ce combat n’est ni idéologique ni nostalgique. Il ne s’agit pas de revenir à un passé révolu, mais d’affirmer une volonté claire face aux défis qui se posent à nos jeunes nations. Revaloriser l’État, c’est réactiver notre capacité à penser l’avenir, à agir pour le bien commun, et à bâtir des modèles de développement solides, durables et enracinés dans les réalités locales. La tâche est immense, mais elle est plus que jamais nécessaire. Pour que notre avenir soit celui que nous souhaitons, l’État doit redevenir un acteur stratégique incontournable. Il nous appartient à tous de le soutenir, de le renforcer et de l’inscrire au cœur de notre ambition collective.
Cherif Salif Sy