Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux : Bassirou Diomaye Faye trace les axes d’une refondation numérique et démocratique de la justice

À l’occasion de la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux pour l’année judiciaire 2026, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a livré un discours dense et programmatique. Plaçant le juge au cœur des mutations technologiques, le chef de l’État a réaffirmé son engagement pour une justice indépendante, modernisée et résolument tournée vers le numérique, sans renoncer aux principes fondamentaux de l’acte de juger.

Une justice au cœur du contrat démocratique

Pour sa deuxième présidence de la rentrée judiciaire depuis son accession à la magistrature suprême, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la portée symbolique et politique de cet événement. Loin d’un simple rituel institutionnel, il y voit un moment de réflexion collective, dans un contexte où la justice est observée, critiquée et parfois mise en doute par un peuple en quête de résultats.
Le Président rappelle que la justice est rendue au nom du peuple et que celui-ci est en droit d’exiger des comptes, des explications et des réformes concrètes.

La refondation de la justice, une exigence non négociable

Selon le chef de l’État, la refondation de la justice n’est « ni une option ni un slogan », mais une exigence morale, institutionnelle et démocratique, au regard des sacrifices consentis pour la troisième alternance démocratique.
Il a rappelé que cette dynamique a été enclenchée dès le début de son mandat avec les Assises de la justice, dont les recommandations constituent désormais la feuille de route des réformes en cours.

Le numérique, pilier central de la modernisation judiciaire

Placée sous le thème « Le juge face aux défis du numérique », cette rentrée judiciaire a mis en lumière l’impact profond des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle sur l’office du juge.
Le Président a souligné que la dématérialisation des procédures, la gestion électronique des dossiers et l’usage d’outils numériques sont devenus incontournables pour améliorer la célérité, la transparence, la sécurité juridique et le respect des droits fondamentaux.

Des interrogations éthiques et sécuritaires assumées

Tout en saluant les opportunités offertes par le numérique, Bassirou Diomaye Faye a posé des questions essentielles :

Le tout-numérique est-il compatible avec l’indépendance, l’impartialité et le secret des délibérations ?

Comment protéger le juge face aux cyberattaques, au piratage et aux manipulations numériques ?

Le système judiciaire est-il suffisamment armé pour lutter efficacement contre la cybercriminalité ?

Pour y répondre, il a appelé à une révision des formations, au renforcement de la culture de la cybersécurité et à l’actualisation des référentiels éthiques et déontologiques.

Des projets structurants déjà en cours

Le Président a mis en avant plusieurs initiatives concrètes :

La plateforme e-Justice, destinée à la dématérialisation intégrale des procédures civiles et pénales ;

La plateforme e-Services, facilitant l’accès des citoyens aux actes judiciaires en ligne ;

La digitalisation du casier judiciaire, de la gestion des maisons d’arrêt et de la justice juvénile ;

La plateforme JustAlerte, pour prévenir les pertes de dossiers et les détentions anormalement longues ;

La création d’une Bibliothèque numérique judiciaire, centralisant textes, doctrine et jurisprudence.

L’état civil et la conservation des décisions, enjeux majeurs

Le chef de l’État a particulièrement insisté sur le contentieux de l’état civil, qualifié de chronophage et coûteux. La numérisation et l’archivage électronique sont présentés comme des solutions durables pour limiter les fraudes, sécuriser les données et éviter les procédures de rectification répétées.

Vers une justice numérique souveraine et inclusive

Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé l’ambition de bâtir une justice numérique souveraine, adossée à des infrastructures sécurisées, des palais de justice adaptés, une connectivité fiable et une formation continue des acteurs judiciaires.
Il a également annoncé la nécessité de réformer plusieurs textes afin d’introduire l’assignation électronique, la signature numérique, les audiences à distance et, à terme, le tribunal virtuel.

Le juge, garant ultime de l’État de droit

En tant que Président du Conseil supérieur de la Magistrature, le chef de l’État s’est engagé à prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux juges de statuer dans des délais raisonnables, en toute indépendance et impartialité.
Il a conclu en affirmant que le numérique et l’intelligence artificielle ne doivent pas affaiblir la justice, mais au contraire en devenir les alliés et les protecteurs.

Clôturant son allocution, le Président de la République a déclaré ouverte l’année judiciaire 2026, tout en adressant ses vœux aux membres de la compagnie judiciaire et à leurs familles.

Michel DIEYE

Author

Michel DIEYE

Up Next

Related Posts