Pastef est né dans la rue, dans la douleur et le sang, porté par un peuple qui croyait à la rupture. Mais voilà : depuis l’accession au pouvoir, une distance s’installe entre l’élite et la base militante. Les nouveaux dirigeants, absorbés par la gestion de l’État, parlent désormais le langage des institutions et des compromis.
Pendant ce temps, le peuple combattant, celui qui a rempli les prisons et bravé les balles, attend des gestes forts : justice, rupture, redistribution équitable. Il faut reconnaître aussi que cette coupure graduelle n’est pas propre à Pastef : beaucoup de mouvements populaires passés au pouvoir (ex. Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, ANC en Afrique du Sud) ont connu ce décalage entre promesse révolutionnaire et gestion quotidienne du pouvoir.
Chaque retard, chaque concession, chaque signe de cohabitation avec les pratiques de l’ancien régime alimente un sentiment de trahison. Le danger est réel : Pastef pourrait rapidement devenir ce qu’il a combattu hier, une élite déconnectée de ses bases. L’histoire politique du Sénégal et de l’Afrique nous enseigne que la coupure entre gouvernants et militants ouvre la voie à de nouvelles contestations. Pastef a donc un choix à faire : rester fidèle à son peuple combattant, ou se couler dans le moule des élites qu’il dénonçait.
1- La base électorale : faite en grande partie de jeunes précaires, de travailleurs informels, de ruraux et de populations urbaines marginalisées, qui ont adhéré au projet de rupture avant tout comme promesse d’un avenir meilleur et d’un soulagement immédiat face à la pauvreté et au chômage.
2- Le langage et les priorités
L’élite de Pastef parle souvent en termes techniques : gouvernance, réformes structurelles, accords internationaux, macroéconomie. L’électorat attend des réponses immédiates : baisse des prix, emplois, justice sociale, fin des coupures d’électricité, redistribution visible.
- Risque de déconnexion
Si l’élite reste enfermée dans une logique de gestion étatique et d’idéalisme technocratique, elle peut perdre le lien affectif et mobilisateur qui a porté le mouvement. L’opinion pourrait alors avoir l’impression d’un parti devenu système, coupé de ses racines populaires.
Enjeux pour Pastef
1- Maintenir un équilibre entre expertise et proximité.
2- Créer des passerelles entre le discours élitiste et les attentes concrètes du peuple.
3- Préserver le capital symbolique d’Ousmane Sonko comme figure de proximité et de résistance.
Par Pape Sadio Thiam

