Ce mercredi 31 décembre 1980, jamais sans doute Message à la Nation n’a été autant suivi au Sénégal. En écoutant le président Léopold Sédar Senghor, les Sénégalais — et le monde entier — savaient que ce serait son dernier message à la Nation, lui qui dirigeait le pays depuis le 5 septembre 1960, sous différents régimes.
Lorsqu’il fut élu pour la première fois pour un mandat de sept ans, à l’unanimité des 118 membres de l’Assemblée nationale, quelques jours après la proclamation de l’indépendance du Sénégal, le 20 août 1960, à la suite de la sortie de la Fédération du Mali, c’était sur la base d’une Constitution tout à fait atypiqueparmi les nouveaux États indépendants. Calquée sur la IVᵉ République française, elle confiait le pouvoir réel au Président du Conseil, Mamadou Dia.
Ensuite, avec le double vote de décembre 1962, l’Assemblée nationale non seulement censura le gouvernement de Mamadou Dia dans la nuit du 17 au 18 décembre 1962, mais, le 18 décembre 1962, elle adopta également une résolution confiant tous les pouvoirs exécutifs à Senghor, jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution. Ainsi, de facto, le Sénégal basculait dans un régime présidentiel, tout en conservant encore une Constitution parlementaire (Njaxas à la sénégalaise, quoi 😂).
L’adéquation entre la Constitution et la réalité du pouvoir sera rétablie le 7 mars 1963, avec la promulgation de la Constitution adoptée par référendum le 3 mars 1963, dont les grands principes de concentration du pouvoir entre les mains du Président guident encore notre Constitution actuelle (au grand dam de deux Mamadou : Diop Decroix et Lamine Loum 😂
( https://youtu.be/V5bF_U8s2sQ?si=ZYdr8pWx26opRdjI ).
Quelques heures avant son dernier Message à la Nation, à 11Kéba Mbaye, Premier président de la Cour suprême, tenait sans doute entre ses mains — ou avait déjà déposé sur sa table (Jarbaatnégal, leur signifiant sa démission à compter du 31 décembre 1980 à minuit, tout en précisant qu’il resterait en fonction jusqu’à l’installation de son successeur (en fait, selon Diouf, Senghor avait décidé de partir en novembre 1981 avant d’avancer la date).
Dans cette lettre (voir photo), Senghor cite les articles que la Cour devra mettre en œuvre pour assurer la transition, sans évidemment désigner le nom de son successeur.
Je ne sais pourquoi — la séparation des pouvoirs étant pourtant consacrée par la Constitution — la Cour suprême, conduite par son Président Kéba Mbaye, se serait déplacée au Palais pour recevoir une lettre de démission du chef du pouvoir exécutif, remise au Greffier en chef, Doudou Salmone Fall, un nom bien connu dans la presse de l’époque. Est-ce la lourde charge symbolique de l’acte qui exigeait une solennité suprême ?
Pendant que Senghor parlait une dernière fois à la Nation, Kéba Mbaye, Premier président de la Cour suprême, tenait sans doute entre ses mains — ou avait déjà déposé sur sa table (Jarbaat Binta Diop, je te confie l’enquête pour confirmer ou infirmer 😄) — le discours qu’il allait prononcer le lendemain en installant Abdou Diouf. Un discours entré dans l’histoire par sa phrase devenue célèbre — et toujours d’une troublante actualité : «Les Sénégalais sont fatigués.»
Mais de cela, jarbaat devenus majeurs en 1999, c’est une autre page de l’histoire — une page dans laquelle vous avez été acteurs et actrices.
Bon, jarbaat, dans le post qui suit, si tu n’es pas fatigué de me lire, je te donnerai trois extraits du message de Senghoret je raconterai une petite histoire de lunettes sur une table, expliquant mieux que tous les discours le départ de Senghor.
Photo : Kéba Mbaye – Président de la Cour suprême et lettre de démission
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Petit ajout (si vous n’êtes pas déjà fatigués de lire
1️⃣ Senghor taquinait encore l’opposition jusqu’au bout:
«Je peux vous le dire, dans mes lectures du week-end, je n’oubliais jamais les journaux de l’opposition. Je tâchais seulement, en les lisant, de faire la distinction entre le bon grain et l’ivraie, entre le grain de mil et le xaxaam, c’est-à-dire entre les arguments pertinents et ceux qui relèvent de la politique politicienne.»
2️⃣ Une leçon que certains chefs encore en activité auraient dû lire attentivement :
«S’agissant de la raison de fait, il y a que je viens d’avoir 74 ans. Encore que, pour mon âge, je ne me porte pas trop mal, je ne peux plus travailler, sauf le mois de vacances, dix heures par jour en moyenne, y compris le samedi et le dimanche. Il faut quitter le poste en passant le flambeau à la génération suivante.»
3️⃣ Beaucoup ne souhaitaient pas son départ :
« Vous avez été nombreux, de la majorité comme de l’opposition, à me dire vos regrets de me voir partir. De ces marques de confiance, je suis profondément touché. »
Sur ce dernier point, laisse-moi te raconter une petite histoire, jarbaat.
Avec mon patron, ancien directeur de la Banque mondiale, nous avons été reçus longuement par un grand leader religieux. Au fil de la conversation, il nous raconta que les deux Khalifes généraux,
Serigne Abdoul Aziz Sy (Tijaniyya) et Serigne Abdou Ahad Mbacké (Mouridiyya), avaient envoyé un émissaire commun auprès de Senghor pour le convaincre de renoncer à sa démission.
Il faut savoir, jarbaat encore absent de la planète Terre au 31 décembre 1980, que l’annonce du départ avait été faite dès octobre 1980 par le journal @lemondefr sous ce titre : « Les rumeurs de retrait de M. Senghor : “Le chasseur qui guette ne tousse pas…” » — Senghor disait en wolof : «kuy yoot du saqat».
Le correspondant du journal à Dakar, Pierre Biarnès, ne fut nullement inquiété. En revanche, le journaliste sénégalais de @RTS1_Senegal, Gabriel Jacques Gomis, fut lourdement sanctionné, avec interdiction définitive d’antenne, pour avoir repris l’information dans sa revue de presse hebdomadaire du 3 décembre 1980.
Le guide religieux commissionné se rendit donc auprès de Senghor et plaida avec ferveur. Senghor exprima sa gratitude aux Khalifes, puis confia à leur envoyé : «Dites-leur que j’apprécie hautement leur démarche mais aussi qu’en écrivant un poème, j’avais posé mes lunettes sur la table. Au moment de me lever, je les cherchais. Je pense que quand on n’est plus capable de retrouver ses propres lunettes posées sur la table, on ne peut plus diriger un pays comme il se doit. »
Senghor ne voulait cependant pas quitter totalement la scène politique. Il proposa à Abdou Diouf de rester au Bureau politique du PS pour l’appuyer. Diouf ne répondit pas directement : il envoya une délégation de sages décliner la proposition.
La politique sénégalaise n’est jamais simple, petit jarbaat.
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