À l’occasion du Magal de Porokhane 2026 (1447 de l’Hégire), ce portrait de Vox populi que nous relayons avec une légère retouche, revient sur la vie, l’œuvre et l’héritage spirituel de Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké Ibn Serigne Bassirou Mbacké, figure éminente de la Mouridya, dont le parcours singulier continue de marquer l’histoire religieuse du Sénégal. Une trajectoire rare, portée par une double filiation directe avec Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul et Mame Cheikh Ibrahima Fall.
Une filiation unique dans l’histoire du Mouridisme
Originaire de Kaël, village fondé par son père, Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké est le fils de Serigne Bassirou Mbacké Ibn Serigne Touba Khadimou Rassoul et de Sokhna Astou Fall Mbar Bintou Mame Cheikh Ibrahima Fall, figure emblématique du Baye Fallisme.
À Touba, ils ne sont que deux – lui et sa sœur utérine Sokhna Khady Mbacké Bassirou – à pouvoir se prévaloir d’un héritage aussi exceptionnel : descendants directs du Fondateur du Mouridisme par leur père, et de Mame Cheikh Ibrahima Fall par leur mère. Une singularité qui confère à Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké une dimension spirituelle inégalée au sein de la Mouridya.
Un homme d’exception, formé très tôt à l’école du savoir religieux
Homonyme de son illustre grand-père Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké fut très tôt initié à l’enseignement coranique. Comme tous les domou Soxna de son époque, il reçut une éducation rigoureuse, d’abord auprès de son père, puis dans plusieurs daaras de renom, notamment ceux de Serigne Habibou Mbacké à Touba, Serigne Mor Mbaye Cissé à Diourbel et Serigne Sam Seck.
C’est devant Serigne Modou Khabane Mbacké, en présence de son père, qu’il récita le Saint Coran avec une maîtrise remarquable, révélant une intelligence vive et une mémoire hors du commun. Sa stature imposante, alliée à une beauté naturelle et une générosité sans limites, inspirait respect et admiration.
« Serigne Cheikh Astou Fall était un véritable homme de DIEU, une synthèse parfaite de Serigne Touba et de Mame Cheikh Ibrahima Fall », témoigne El Hadji Kéba Thiam, qui l’avait connu dès 1958.
Un guide humble, proche des hommes et des valeurs du travail
Agriculteur accompli, Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké tirait ses revenus exclusivement de la sueur de son front. L’intégralité de ses ressources était redistribuée aux nécessiteux et aux grands chantiers du Mouridisme. Il partageait son temps entre Gossas, Kaolack et Touba, incarnant le modèle du disciple mouride accompli et du Baye Fall fervent.
Son frère, Serigne Khassim Mbacké, souligne son humilité :
« Malgré son rang, il se considérait comme un simple talibé. Il était un homme de paix, respecté par toute la famille de Serigne Bassirou Mbacké et profondément lié à l’actuel Khalife Général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké Bassirou. »
Une proximité spirituelle avec les grands guides de son temps
Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké entretenait des relations étroites avec plusieurs figures religieuses majeures, notamment Serigne Fallou Mbacké, deuxième Khalife Général des Mourides. Une anecdote rapporte que ce dernier interrompit une retraite spirituelle pour accueillir Serigne Cheikh Astou Fall, déclarant :
« C’est Serigne Touba et Mame Cheikh Ibrahima Fall qui viennent à ma rencontre ; la Baraka ne peut être plus Grande. »
Il le surnomma affectueusement « Cheikh Ibra », en référence à sa filiation spirituelle.
Le refus symbolique des six millions de FCFA offert par Abdou Diouf
Homme d’ascèse, Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké refusa catégoriquement toute assistance matérielle venant du pouvoir politique. Lorsque le Président Abdou Diouf lui fit transmettre une enveloppe de six millions de FCFA, (imaginez l’importance de cette somme à l’époque) il la retourna sans hésitation, déclarant :
« Le adiya de mes grands-pères Serigne Touba et Mame Cheikh Ibrahima Fall me suffit amplement. »
Un geste salué par le Khalife Général des Mourides de l’époque, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, qui l’appela personnellement pour le féliciter.
Un héritage jusque dans l’organisation de la ville sainte de Touba
Le rappel à DIEU de Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké, le 3 octobre 1985 à Gossas, fut à l’origine d’une décision historique : la création du cimetière « Bakhya » de Touba. Face à la saturation de l’ancien cimetière, une famille Touré céda une parcelle pour accueillir sa dépouille, déclenchant une réflexion qui mena à l’aménagement du nouveau cimetière, avec la bénédiction du Khalife Général des Mourides.
Aujourd’hui encore, ce lieu abrite plusieurs figures religieuses majeures, témoignant de l’impact durable de Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké sur l’organisation spirituelle et sociale de Touba.
Une mémoire jalousement préservée
Inhumé en face de la grande mosquée de Touba, Serigne Cheikh Astou Fall Mbacké laisse un héritage spirituel précieusement conservé par son fils aîné, Serigne Abdou Mbacké Cheikh Astou Fall, actuel Khalife de la famille. A son endroit, votre site se joint à cette fervente prière : « Yàlla na ko fi Yàlla yàggal, goudal fanam, té wër ko. Amine.
(Avec un magnifique Portrait du quotidien Vox Populi à qui nous souhaitons un plein succès !)

