L’Ivresse d’un triomphe sous sursis: Quand la bureaucratie de Zurich et du Caire menace d’assassiner le génie sénégalais Par Amadou Ndiaye

J’écris ces lignes avec l’encre amère de la lucidité, loin des clameurs des stades de Casablanca et des fan-zones de Dakar. En visionnant les images qui défilent devant les réseaux pour me remettre à jour de ce que j’ai vu de mes propres yeux au Maroc, j’ai l’impression de vivre une CAN organisée par l’IA, tout semble irréelles, presque trop belles pour être vraies.

Ce qui est véritablement artificiel aujourd’hui, ce n’est pas la beauté de notre football, c’est le silence assourdissant qui règne dans les couloirs feutrés de la CAF et les bureaux vitrés de la FIFA à propos du sort réservé au Sénégal. En tant qu’observateur de cette CAN Maroc 2025 et responsable d’organe de presse, je me dois de briser ce miroir aux alouettes, dénoncer et tirer la sonnette d’alarme auprès de mes compatriotes, mes collègues et des autorités.

Le Sénégal jubile, le peuple danse, et la presse nationale ( pas toute) s’enivre de statistiques et de ralentis héroïques, ignorant que le véritable match se joue désormais loin du gazon, sur le terrain miné de l’administratif et du juridique. Il flotte au-dessus de la tête de Pape Thiaw et de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) une menace bien plus redoutable qu’une défense adverse : celle de la disqualification administrative et des sanctions disciplinaires ciblées.

Je l’affirme ici sans détour, au risque de choquer : le succès d’un entraîneur local, l’autonomie grandissante de notre fédération et notre refus de courber l’échine devant certains diktats marketing dérangent. La CAF, souvent chambre d’écho des intérêts de la FIFA, a enclenché une machine bureaucratique froide pour rappeler à l’ordre ceux qui pensent que le talent suffit.

Nous assistons à une tentative de déstabilisation institutionnalisée, une manipulation soutenue par un programme de désinformation activé au plan international.

Une hors-série de la CAN planifiée sur le sceau de dossiers qui circulent sous le manteau à Rabat et parlent de non-conformité technique  concernant les licences du staff de Pape Thiaw, ou encore de prétendus manquements au protocole éthique de la FIFA lors des zones mixtes. Ce sont des arguties, des pièges administratifs tendus par des lobbyistes qui préfèrent voir le football africain dirigé par des marionnettes dociles plutôt que par des techniciens patriotes.

Le danger est réel : des amendes colossales, voire une suspension des cadres techniques, sont à l’étude. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité brutale du « sport-business » où l’on punit l’indépendance. La FIFA, dans sa volonté d’uniformiser le football mondial, supporte mal les exceptions culturelles et structurelles qui fonctionnent en dehors de son logiciel standardisé.

Il est impératif de comprendre que nous sommes au bord d’un incident diplomatique majeur. Si la CAF, sous pression de Zurich, venait à sanctionner lourdement le Sénégal sur tapis vert pour des vices de forme créés de toutes pièces, cela dépasserait le cadre du sport. Cela deviendrait un affront direct à la souveraineté de notre jeunesse et à la compétence de nos instances.

Le Maroc, terre d’accueil, se retrouve lui-même pris en étau, ne voulant pas gâcher sa fête mais ne pouvant s’opposer frontalement à l’instance mère. Le Sénégal ne doit pas être la variable d’ajustement des luttes de pouvoir entre les confédérations.

C’est ici que je m’adresse à mes confrères de la presse sénégalaise : cessons de dormir debout ! Cessons de nous comporter comme de simples supporters munis de cartes de presse. Notre rôle n’est pas de hurler avec les loups dans la victoire, mais de veiller au grain quand l’orage menace la maison.

Le patriotisme, ce n’est pas l’aveuglement festif ; c’est la vigilance critique. Au lieu de disséquer pour la millième fois le schéma tactique de la finale, enquêtons sur les courriers recommandés arrivés au siège de la FSF. Interrogeons les officiels sur les réserves techniques posées discrètement par nos adversaires, soutenus par des instances faîtières complaisantes.

Notre plume doit devenir un bouclier pour Pape Thiaw et pour l’institution, non par flatterie, mais en exposant la vérité crue de ces manœuvres de couloir. Si nous laissons l’administration voler ce que le terrain a validé, nous ne serons pas des victimes, mais des complices par notre silence. Le football est une guerre qui se poursuit par d’autres moyens ; il est temps que la presse sénégalaise enfile son treillis intellectuel et protège l’essentiel, avant que le couperet de la bureaucratie ne transforme notre rêve en cauchemar juridique.

Alioune Ndiaye /DG Africa7

Dieyna SENE
Up Next

Related Posts