Après le double rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en commission parlementaire, Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil tirent la sonnette d’alarme. Dans une tribune, les deux anciens députés mettent en garde contre les conséquences économiques et financières de cette impasse et appellent le Gouvernement et la majorité parlementaire à privilégier l’intérêt national.
Le bras de fer autour du projet de loi de finances rectificative 2026 prend une nouvelle dimension. Alors que le Sénégal poursuit ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) pour la mise en place d’un programme de financement, le rejet répété du texte par la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale suscite des inquiétudes.
Dans une tribune signée par Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil, anciens députés, les deux auteurs estiment que ce blocage dépasse le cadre d’un désaccord politique entre l’Exécutif et le Parlement. Ils considèrent que les conséquences pourraient affecter la crédibilité financière du pays, ses relations avec ses partenaires et sa capacité à mobiliser des ressources pour financer les dépenses publiques.
Les faits rappelés dans leur texte remontent au 23 octobre 2026, date à laquelle la commission a rejeté le projet de loi n° 40/2026 portant LFR, ainsi que les amendements du Gouvernement. Le 27 octobre, à la demande du ministre des Finances, Cheikh Diba, le texte a été renvoyé en commission dans le cadre d’une démarche de dialogue institutionnel. Trois jours plus tard, le 30 octobre, il a de nouveau été rejeté.
Pour les deux anciens parlementaires, le désaccord était déjà perceptible avant l’examen du texte. Ils rappellent qu’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, avait annoncé, le 19 octobre, que son parti ne voterait ni la LFR 2026 ni la loi de finances initiale 2027, estimant que les propositions gouvernementales ne correspondaient pas à la ligne de PASTEF.
Avec 130 députés sur les 165 que compte l’Assemblée nationale, le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes dispose d’un poids déterminant dans l’issue du vote. Les signataires de la tribune l’invitent ainsi à mesurer les implications d’un blocage prolongé, dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux marchés financiers.
Le risque d’un nouvel affaiblissement financier
Les deux auteurs replacent cette confrontation dans le contexte de la situation des finances publiques. La réévaluation des comptes de l’État a porté la dette à près de 130 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que le précédent programme du FMI, évalué à 1,8 milliard de dollars, a été gelé après la révélation d’une dette non déclarée. La notation souveraine du Sénégal a également été dégradée par Moody’s à Caa2.
Un accord avec les services du FMI a été conclu le 1er septembre 2026 pour un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Toutefois, rappellent les signataires, cet accord reste soumis à l’approbation du Conseil d’administration du Fonds. La LFR 2026 constitue, selon leur analyse, une pièce importante de la trajectoire budgétaire convenue avec l’institution.
Les enjeux sont d’autant plus importants que le Sénégal s’est fixé comme objectif de finaliser son partenariat avec ses créanciers extérieurs en novembre 2026. Tout retard dans l’approbation du programme pourrait repousser les décaissements attendus, affecter l’appui des partenaires financiers et compliquer les négociations sur le traitement de la dette.
La tribune souligne également le poids du service de la dette, estimé à environ 9,6 milliards de dollars en 2026, dont 4,3 milliards de dollars au titre du principal. Dans ces conditions, un accès limité aux financements concessionnels pourrait contraindre davantage les marges de manœuvre budgétaires de l’État. Les auteurs redoutent que la hausse du coût de l’emprunt ne réduise les ressources disponibles pour l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes.
Des exigences de transparence jugées légitimes
Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil reconnaissent néanmoins la légitimité de certaines préoccupations exprimées par la majorité parlementaire. Ils citent notamment les demandes de transmission du rapport Forvis Mazars, de celui de l’Inspection générale des finances relatif à la dette non financière et du rapport d’exécution budgétaire de septembre.
À leurs yeux, ces demandes relèvent pleinement du contrôle parlementaire et de l’exigence de transparence dans la gestion des finances publiques. Ils estiment toutefois que ces préoccupations devraient être traitées à travers les instruments prévus à cet effet, notamment les auditions, les questions écrites et les commissions d’enquête, plutôt que de conditionner l’adoption du texte budgétaire.
Les auteurs contestent également le lien établi entre la LFR et l’encadrement des fonds politiques. Ils considèrent que cette question doit faire l’objet d’un débat spécifique dans le cadre juridique approprié.
Pour sortir de l’impasse, les deux anciens députés proposent trois mesures : la transmission rapide des documents réclamés par la commission, la dissociation du vote de la LFR des autres différends politiques et la recherche d’ajustements budgétaires compatibles avec les engagements pris auprès du FMI, tout en préservant les investissements et les dépenses sociales prioritaires.
En conclusion, les signataires appellent les responsables de l’Exécutif et de la majorité parlementaire à faire preuve de responsabilité. Ils rappellent que le contrôle parlementaire ne doit pas perdre de vue l’intérêt général et que les désaccords politiques ne devraient pas compromettre les équilibres financiers du pays.

