Histoire de la FAO, source de motivation : La pomme de terre, produit prioritaire du Lesotho

L’initiative qui transforme la vision de la nation et les moyens de subsistance des femmes

Au milieu des sommets escarpés et des hauts plateaux vallonnés qui caractérisent la topographie du Lesotho se trouve une petite localité reculée des montagnes du district de Maseru, où Mabitsoane Diholo travaille tous les jours sur son exploitation. Elle y cultive principalement l’humble pomme de terre, mais le qualificatif «humble» n’est plus adéquat pour décrire la place du tubercule dans sa vie.

«La pomme de terre m’a permis de construire ma maison, et de donner une éducation à mes enfants», déclare l’agricultrice de 53 ans, qui est mère de sept enfants. «Avant, je cultivais la pomme de terre uniquement pour notre famille, pour nourrir mes enfants. Désormais, elle est mon moyen de subsistance.»

Autrefois principalement cultivée par les familles pour leur consommation personnelle, la pomme de terre est maintenant un symbole de transformation du pays. Le Lesotho a rejoint l’initiative «Un pays, un produit prioritaire» de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2022 en misant sur ce tubercule.

Mabitsoane fait partie des 750 agriculteurs qui ont bénéficié du soutien de la FAO dans le cadre de cette initiative. Fer de lance parmi les agriculteurs et membre active de la Potato Lesotho Association, elle dirige en outre un restaurant routier et parraine d’autres personnes dans sa communauté.

Elle écoulait auparavant les pommes de terre qui lui restaient sur la route, mais elle a augmenté sa production, en partie grâce aux semences et aux engrais fournis par la FAO, et vend maintenant sur le marché de produits frais de Maluti dans le district de Maseru. L’une des principales activités du projet «Un pays, un produit prioritaire» est de mettre les agriculteurs en relation avec les marchés locaux pour stabiliser et augmenter les revenus qu’ils tirent de ces cultures de premier plan.

Le gérant du marché de produits frais de Maluti, Thabo Khalema, indique: «Ce marché est essentiel pour le secteur horticole du Lesotho». Et d’ajouter: «Il ouvre aux exploitants locaux une voie vers l’agriculture à vocation commerciale, en leur offrant des prix équitables, une transparence et de réels revenus. Ce ne sont plus de simples producteurs, ce sont des entrepreneurs».

«Je suis payée deux fois par semaine, et cela a changé notre vie», explique Mabitsoane. «Avant, nous vendions notre production sur la route, et nous nous faisions escroquer. Maintenant, mes clients reviennent, parce qu’ils savent que mes pommes de terre sont bonnes.»

«La culture de la pomme de terre était déjà très développée au Lesotho», explique Nthimo Mokitinyane, point focal chargé de l’initiative «Un pays, un produit prioritaire» de la FAO dans le pays. «Cependant, la filière souffrait d’un manque de coordination. Désormais, avec de meilleures semences, des pratiques plus efficaces et un accès aux marchés, les agriculteurs passent de l’agriculture de subsistance à l’agriculture à vocation commerciale.»

  1. Mokitinyane met en avant des gains de productivité pouvant aller jusqu’à 20 pour cent dans les zones pilotes. Et de préciser, à propos de la formation dont les exploitants ont bénéficié dans le cadre de l’initiative: «Nous voyons les agriculteurs prendre des décisions fondées sur des données – savoir quoi planter, quand, et comment commercialiser leur production. Ils ne travaillent plus à l’aveugle, ils gèrent une entreprise.»

Les femmes aux commandes

Plus de 60 pour cent des agriculteurs appuyés par l’initiative «Un pays, un produit prioritaire» sont des femmes. «Elles sont les premières à s’intéresser à l’initiative, à expérimenter de nouvelles pratiques et à partager leurs connaissances», indique M. Mokitinyane.

«Je ne travaille pas uniquement pour moi», déclare Mabitsoane. «Je travaille pour améliorer le sort des autres femmes. Ce projet nous donne les moyens de prendre soin de nos familles.»

Ce sentiment d’autonomisation se retrouve chez Maleuta Mahao, une jeune femme de 27 ans qui s’est lancée dans l’agriculture il y a juste deux ans. «Pour moi, l’agriculture, cela consistait seulement à creuser», indique-t-elle. «Maintenant, je sais que c’est une activité entrepreneuriale, qui génère des bénéfices, qui repose sur une planification, et qui nourrit la nation.»

Maleuta a commencé avec 25 kilogrammes de semences, et a récemment récolté plus de 300 kilogrammes de pommes de terre. Elle confie que le projet «Un pays, un produit prioritaire» l’a aidée à croire en elle-même. «Je veux devenir une agricultrice importante, et inspirer les autres. Dans le village, on me demande: “Comment as-tu fait?”. Je leur réponds: “j’ai commencé petit, travaillé dur et maintenu le cap”.»

«Les femmes sont aux commandes de la production agricole depuis des décennies», explique Sa Majesté le roi Letsie III du Lesotho, l’un des Ambassadeurs spéciaux de bonne volonté de la FAO pour la nutrition. «Si nous libérons le potentiel commercial de la pomme de terre, il pourra autonomiser les femmes et attirer les jeunes qui ont du mal à trouver un emploi.»

Transformer l’agriculture en activité commerciale

Le climat montagnard du Lesotho offre des conditions idéales pour la culture de la pomme de terre, laquelle occupe une place centrale dans la stratégie du pays en matière de sécurité alimentaire et de résilience économique. Mais pour réaliser ce potentiel, il faut des investissements, des marchés et des innovations.

«Les agriculteurs doivent savoir que leur production se vendra et générera des revenus qui pourront être réinvestis dans l’agriculture», déclare le roi Letsie III.

Kutloelo Kothoelo Molapo, coordonnatrice de projets de la Potato Lesotho Association, précise que l’initiative «Un pays, un produit prioritaire» a transformé la manière dont les agriculteurs mènent leurs activités. «Nos membres pratiquaient une agriculture de subsistance», explique‑t‑elle. «Désormais, ils parlent de contrats, de normes de qualité et de marges bénéficiaires. Leur état d’esprit a changé.»

L’Association travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec les agriculteurs pour répondre aux demandes des marchés, qu’il s’agisse de régularité de l’approvisionnement ou de manutention après récolte. «Les acheteurs veulent des pommes de terre propres, triées, sans pourriture. Et nos agriculteurs leur en fournissent», indique Mme Molapo.

Le développement de ce sens commercial est déterminant. Selon le Ministre de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la nutrition, Thabo Mofosi, «l’initiative “Un pays, un produit prioritaire” change la donne. Nous étions fortement dépendants des importations… Maintenant, grâce à cette initiative, nous renforçons les capacités locales pour produire plus.»

Mofosi précise que l’objectif n’est pas simplement la sécurité alimentaire, mais bien la transformation de l’économie. «Nous appuyons la chaîne de valeur dans sa totalité: production, transformation, transport et commercialisation. Et cela apporte des emplois, des revenus et de la dignité.»

Maleuta voit déjà grand. «Je veux cultiver pour le pays tout entier, pas seulement pour mon village», déclare-t-elle. «Je veux construire quelque chose de durable.»

Pour Mabitsoane, qui a plus d’expérience, l’agriculture est également devenue un moyen d’investir dans l’éducation. Sa fille, que le parcours de sa mère a inspirée, est aujourd’hui à l’université. «Elle veut suivre mon exemple», confie avec fierté Mabitsoane. «Devenir une entrepreneuse.»

L’initiative «Un pays, un produit prioritaire» permet cette transition des activités de subsistance à l’entrepreneuriat.

«Je nourris de grands espoirs pour les enfants des communautés d’agriculteurs», déclare le roi Letsie III. «Le plus grand est qu’ils puissent grandir en bonne santé grâce aux aliments nutritifs produits dans les zones rurales, pour devenir des citoyens capables de mener une vie productive à l’âge adulte.»

Dans le cadre de son initiative «Un pays, un produit prioritaire», la FAO aide les pays à axer leurs efforts sur une culture stratégique et à en renforcer la totalité de la chaîne de valeur, des semences à la vente. Pour le Lesotho, la pomme de terre n’est plus un simple aliment de base. C’est un catalyseur qui favorise l’autonomisation des femmes, l’emploi des jeunes et un avenir plus résilient pour les zones rurales.

Chaque année, le 16 octobre (Journée mondiale de l’alimentation) est l’occasion de célébrer des héros de l’alimentation dans le monde entier. Des agriculteurs et des pêcheurs aux innovateurs et aux chefs, les héros de l’alimentation dirigent des initiatives locales et mondiales qui visent à mettre en place des systèmes agroalimentaires plus durables et plus résilients. Mais nous pouvons tous être des héros de l’alimentation: en respectant la nourriture, en arrêtant de gaspiller et en réduisant notre consommation de produits non essentiels. Nos actions déterminent notre avenir. Travaillons ensemble à l’améliorer.

L’histoire originale et les photos associées sont disponibles sur: https://www.fao.org/newsroom/story/lesothos-potato-priority/fr

Pape Ismaïla CAMARA
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