Le poète Léon Laleau lançait avec justesse ce cri de cœur : « Sentez-vous cette souffrance à nulle autre égale, de vouloir dompter avec des mots de France ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »
Ce sentiment singulier — vivre arrimé à l’imaginaire des autres — continue de s’enraciner dans nos vies, nos esprits et jusque dans nos paysages urbains. Il s’exprime dans cette familiarité presque banale avec des noms venus d’ailleurs, et plus précisément d’un ailleurs colonial dont les ambiguïtés n’ont jamais été pleinement éclaircies.
Que Jean Mermoz, figure héroïsée de l’Aéropostale, admirateur de Benito Mussolini et proche de cercles nationalistes radicaux comme les Croix-de-Feu, ait donné son nom à une commune, une école, et même un rond-point, ne relève pas d’une simple survivance. C’est le symptôme d’une pathologie mémorielle héritée de la colonisation.
Si le maire de la commune de Mermoz souhaite inscrire sa politique mémorielle dans les référentiels culturels du Sénégal, il lui reviendrait alors de poser un acte fort : commencer par débaptiser sa ville au lieu d’effacer la mémoire de Cheikh Anta de ses rues et avenues.
Adama Aly Pam

