Près de 70 organisations de protection de l’environnement et de défense des droits humains, dont Greenpeace Afrique, demandent au gouvernement de la République démocratique du Congo de maintenir le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières industrielles. Elles estiment qu’une levée prématurée compromettrait les engagements climatiques et les réformes en cours.
C’est ainsi qu’une vaste coalition d’organisations environnementales et de défense des droits humains a lancé un appel au gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) afin qu’il renonce à toute initiative visant à lever le moratoire sur les nouvelles concessions forestières industrielles.
Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre, les signataires réclament la suspension immédiate du processus tant que les réformes engagées dans les secteurs forestier et foncier ne sont pas achevées et que les conditions juridiques prévues ne sont pas réunies.
Des millions d’hectares concernés
Selon la coalition, une levée du moratoire pourrait ouvrir des dizaines de millions d’hectares de forêts du Bassin du Congo à l’exploitation industrielle, avec des conséquences majeures sur la biodiversité, les populations autochtones et les communautés locales qui dépendent directement des ressources forestières.
Les organisations rappellent que la RDC s’est engagée ces dernières années dans plusieurs réformes importantes, notamment à travers le lancement du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, la réforme foncière, le renforcement de la gouvernance forestière et une meilleure reconnaissance des droits des peuples autochtones.
Des inquiétudes sur la gouvernance
Pour Bonaventure Bondo, chargé de campagne Forêts – Bassin du Congo à Greenpeace Afrique, lever le moratoire sans mécanismes efficaces de contrôle exposerait les communautés à des conséquences disproportionnées et compromettrait la protection des forêts.
Une analyse technique accompagnant la lettre ouverte conclut que les exigences légales permettant de mettre fin au moratoire ne sont pas encore satisfaites. Elle souligne également les faiblesses persistantes de la gouvernance forestière, les risques de conflits fonciers et les retombées économiques limitées de l’exploitation industrielle.
Préserver la crédibilité climatique de la RDC
Le directeur exécutif de Rainforest Foundation UK, Joe Eisen, estime qu’une ouverture massive des forêts à l’exploitation industrielle affaiblirait la crédibilité internationale de la RDC dans sa volonté de devenir un « pays solution » face aux changements climatiques.
De son côté, Blaise Mudodosi Muhigwa, coordonnateur national de l’ONG APEM, relève que de nombreuses concessions existantes ne sont déjà plus exploitées ou ont été converties en concessions de conservation, s’interrogeant ainsi sur les véritables bénéficiaires d’une éventuelle levée du moratoire.
La coalition appelle enfin les autorités congolaises à renforcer la gouvernance forestière, les mécanismes de transparence, les droits des communautés locales et la foresterie communautaire, tout en invitant les partenaires internationaux à poursuivre leurs investissements en faveur de la conservation et du développement durable dans le Bassin du Congo.

