Compétences au service du développement local : Ces diplômés africains qui choisissent leurs communes plutôt que les capitales

Longtemps, les diplômés africains formés dans les grandes universités ou écoles ont privilégié les capitales, les organisations internationales ou les multinationales. Aujourd’hui, une tendance plus discrète mais significative émerge : celle de cadres qui reviennent investir leurs compétences dans leur territoire d’origine, parfois jusqu’à briguer la mairie. Un mouvement qui accompagne la montée en puissance des collectivités locales à travers le continent.

Pendant des décennies, le parcours des diplômés africains semblait tout tracé. Après des études supérieures, souvent effectuées à l’étranger, beaucoup rejoignaient les administrations centrales, les grandes entreprises ou les organisations internationales. Les communes rurales, elles, demeuraient rarement une destination privilégiée.

Cette logique évolue progressivement. Dans plusieurs pays africains, des cadres issus des grandes écoles ou des universités choisissent désormais de mettre leur expertise au service de leur collectivité d’origine. Ce retour vers les territoires accompagne le renforcement de la décentralisation, qui confère aux communes des responsabilités croissantes en matière de développement économique, d’aménagement et de services publics.

Des compétences au service du développement local

La gestion d’une commune exige aujourd’hui bien davantage que l’administration des affaires courantes. Les exécutifs locaux sont appelés à élaborer des plans de développement, rechercher des financements, négocier avec des partenaires techniques et financiers, ou encore piloter des projets d’infrastructures.

Autant de missions qui mobilisent des compétences acquises dans les écoles de commerce, les instituts de gestion publique ou les universités. Pour de nombreux observateurs, ces profils contribuent à professionnaliser progressivement l’administration communale et à faciliter l’accès aux financements nationaux et internationaux.

Des parcours qui illustrent cette évolution

Plusieurs responsables locaux incarnent cette nouvelle dynamique.

À Freetown, en Sierra Leone, la maire Yvonne Aki-Sawyerr a effectué une grande partie de sa carrière dans la finance à Londres avant de revenir dans son pays lors de la crise d’Ebola. Élue à la tête de la capitale en 2018 puis réélue en 2023, elle s’est notamment illustrée par son programme Transform Freetown, fondé sur des objectifs mesurables et un suivi rigoureux des politiques publiques.

Au Sénégal, l’élection en 2022 de Babacar Diop, enseignant-chercheur et docteur en philosophie, à la mairie de Thiès a également illustré l’arrivée de profils académiques à la tête de grandes collectivités.

Le Togo offre lui aussi un exemple de cette évolution avec Meyebine Esso Gnassingbé, maire de la commune d’Amou-Oblo depuis 2019. Diplômé de l’ESLSCA Business School et de Sciences Po Paris, il a fait le choix de s’engager dans le développement de sa commune après son retour au pays.

Selon les autorités communales, cette première mandature a notamment été marquée par des partenariats avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Plan International, ainsi que plusieurs collectivités françaises dans le cadre de la coopération décentralisée. Ces collaborations ont accompagné des projets touchant aux infrastructures, à la planification territoriale et aux services de proximité.

Transformer les réussites individuelles en capacités durables

Si ces parcours témoignent d’une évolution des profils appelés à diriger les collectivités africaines, ils ne sauraient à eux seuls résoudre les défis du développement local. Les spécialistes rappellent que les progrès les plus durables reposent avant tout sur des administrations compétentes, capables de pérenniser les méthodes de gestion au-delà des mandats électifs.

Le véritable enjeu consiste donc moins à favoriser le retour de quelques diplômés qu’à renforcer durablement les capacités des communes. Car le développement local ne peut reposer uniquement sur des parcours individuels : il suppose des institutions solides, des équipes formées et des collectivités en mesure de poursuivre leurs projets dans la durée.

Momar Diack SECK
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