La Commission de la CEDEAO a publié une compilation consolidée des rapports nationaux sur les investissements de dix États membres. Les données mettent en évidence des résultats notables en matière d’investissements directs étrangers, tout en soulignant des obstacles persistants liés aux infrastructures, aux procédures administratives et à la stabilité des flux de capitaux.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) entend renforcer l’attractivité de son espace économique à travers une meilleure coordination des politiques d’investissement. L’organisation régionale vient de publier une compilation consolidée des rapports nationaux sur les investissements portant sur dix États membres, faisant ressortir les réformes engagées, les résultats obtenus et les principaux défis à relever.
Les rapports du Bénin, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, du Ghana, du Liberia, du Nigeria, du Sénégal, de la Sierra Leone et du Togo ont été soumis au Comité technique du Conseil du Marché commun des investissements de la CEDEAO, à Abidjan, en avril 2026. Le communiqué précise que les rapports de la Guinée et du Cap-Vert étaient encore en cours d’élaboration, alors même que le Cap-Vert figure parmi les pays ayant transmis leur rapport. Cette indication contradictoire devra être clarifiée.
La consolidation a été réalisée par la Commission de la CEDEAO, à travers sa Direction du secteur privé et de l’industrie. Les données présentées font ressortir plusieurs performances significatives. La Côte d’Ivoire a attiré un montant record de 3,8 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2024. Le Ghana a enregistré 2,62 milliards de dollars à travers 254 projets en 2025. Au Togo, 47 projets d’investissement ont été approuvés pour une valeur totale estimée à environ 619 millions de dollars.
Ces résultats témoignent de la capacité de plusieurs économies de la région à attirer des capitaux dans un environnement international marqué par des incertitudes. Ils traduisent également les efforts entrepris pour améliorer les conditions d’accueil des investisseurs et moderniser les dispositifs réglementaires.
Des réformes pour faciliter les investissements
Parmi les évolutions relevées, les rapports signalent la modernisation des législations relatives aux investissements au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Sénégal et en Sierra Leone. Plusieurs États ont également entrepris de numériser les services destinés aux investisseurs, de simplifier les formalités d’enregistrement et de renforcer les guichets uniques.
La facilitation des démarches administratives et l’accompagnement des entreprises après leur implantation figurent parmi les autres avancées identifiées. Les rapports soulignent aussi l’engagement des États membres dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme un levier pour développer les échanges et les investissements à l’échelle du continent.
Pour Peter Oluonye, directeur par intérim du secteur privé et de l’industrie à la CEDEAO, cette mise en commun des expériences nationales doit permettre aux pays de s’inspirer des réformes ayant produit des résultats dans les États voisins. L’organisation souhaite ainsi favoriser une diffusion régionale des pratiques les plus efficaces.
Des obstacles structurels à surmonter
Malgré ces avancées, plusieurs difficultés continuent de peser sur l’attractivité de la région. Les rapports citent notamment la volatilité des taux de change, la dépendance aux flux de capitaux à court terme, les insuffisances des infrastructures et les contraintes logistiques.
La vulnérabilité au changement climatique constitue un autre défi. À cela s’ajoutent les capacités limitées de prévention des différends entre investisseurs et États, ainsi que les besoins de modernisation des traités bilatéraux d’investissement. Les différences dans la mise en œuvre du Code des investissements de la CEDEAO et du protocole sur les investissements de la ZLECAf compliquent également l’harmonisation des règles à l’échelle régionale.
Pour répondre à ces contraintes, la Commission recommande d’accélérer l’application du Code communautaire des investissements et des stratégies nationales de mise en œuvre de la ZLECAf. Elle préconise également d’approfondir la numérisation des procédures, en veillant à ce que les petites et moyennes entreprises puissent accéder plus facilement aux dispositifs disponibles.
Le renforcement des corridors d’infrastructures et de la logistique régionale figure aussi parmi les priorités, avec l’objectif de réduire le coût des investissements entre pays membres. La CEDEAO appelle par ailleurs à favoriser les investissements à long terme, à limiter la dépendance aux capitaux de court terme et à renforcer les échanges d’expériences en matière de gouvernance des zones franches et de prévention des différends.
Enfin, l’organisation insiste sur la nécessité d’améliorer la comparabilité des données nationales. Des informations plus fiables et harmonisées permettraient de mieux évaluer les performances des États et d’orienter les décisions publiques.
À travers cette compilation, la CEDEAO cherche à poser les bases d’un espace d’investissement plus intégré et plus compétitif, conformément à l’objectif de Marché commun 2035 évoqué dans le communiqué. La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des États à transformer les réformes annoncées en mesures effectivement appliquées et à réduire les obstacles structurels qui freinent encore les investissements dans la région.

