L’étoile Et La Cité | Université de l’Hivernage
Amphi du Débat Citoyen et de la Révolution du Discernement
Clôture officielle de la thématique globale du 24-27 septembre 2026
Préambule
Le 24 septembre 2026, notre Amphi ouvrait ses portes sur un cas d’école spectaculaire : le parrainage officiel de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU par son successeur, le Président Bassirou Diomaye Faye. Pendant quatre jours de joutes oratoires intensives, d’auditions d’experts et de contributions citoyennes, notre communauté a radiographié ce séisme républicain.
Ce document constitue la synthèse historique, définitive et souveraine des débats de l’Amphi. Il est désormais affiché sur le Grand Mur pour solde de tout compte intellectuel.
- La Chronique De La Dissonance : Du Cap Manuel À Manhattan
Le point de départ de notre réflexion collective est un choc des trajectoires presque surréaliste : voir l’ancien geôlier de Marrakech et son ancien pensionnaire du Cap Manuel réunis sous les dorures des Nations Unies, avec la bénédiction feutrée d’Emmanuel Macron.
Pour les tenants de la communication officielle, cette acrobatie sémantique relève du soft power africain. En réalité, l’Exécutif a tenté à New York une opération de blanchiment mémoriel et budgétaire du passif national.
Mettre en scène l’architecte d’une dette publique dissimulée de 132 % du PIB en «victime du capitalisme mondial » est une dissonance cognitive insoutenable pour la conscience populaire.
Le verdict de l’Amphi est sans appel : on ne peut pas hurler au « carnage budgétaire » à Dakar et plaindre sa « victime » à l’ONU.
Ii. Le Verdict Conceptuel Du Professeur Mathiam Thiam : Le Désarmement Du Prince
L’analyse de cette séquence a été profondément marquée par des grilles de lecture qui ont su poser les mots d’airain de la philosophie du pouvoir sur le sentiment d’abandon qui étreint la conscience des 54 % de Sénégalais ayant plébiscité le Projet:
- L’erreur du néophyte et la « froideur stalinienne »
Le Professeur Mathiam Thiam a radiographié une fracture de confiance majeure.
En s’empressant de parrainer l’ancien président sous le ciel américain, le Président Bassirou Diomaye Faye a donné l’illusion du néophyte cherchant à rentrer dans les bonnes grâces des gourous d’une nouvelle confrérie par des « prosternations obséquieuses ».
Cette manœuvre, exécutée avec une froideur stalinienne, humilie la base militante qui a bravé la détention et la répression.
- L’abandon du bouclier et du bélier :
Rien n’obligeait l’Exécutif à un tel désarmement éthique. En agissant ainsi, le pouvoir s’est dépouillé de son bélier (le peuple) et de son bouclier (le projet de rupture) pour s’exposer inutilement à la curée des fauves qui le pourchassaient hier.
Iii. Le Scalpel Méthodologique De Boubacar Tall : Expliquer N’est Pas Justifier
Le débat a connu un tournant épistémologique crucial avec l’intervention de Boubacar Tall, à laquelle la modération s’est pleinement associée pour terrasser le fatalisme de la raison d’État. Face au discours commode de la « Raison d’État », l’Amphi a posé une ligne de crête rigoureuse:
- La fin de l’excuse monolithique :
Les contraintes de la gestion publique ne sont pas un bloc homogène. Si le cadre de l’UEMOA ou la dette extérieure sont des réalités exogènes, le parrainage de Macky Sall est un arbitrage politique souverain et contingent.
Utiliser l’épaisseur du réel pour s’absoudre du reniement des promesses est une technique de manipulation que le citoyen-évaluateur récuse.
- Le syndrome du « Bail à Récession » :
L’Amphi dénonce la tentation du pouvoir actuel d’utiliser le désastreux héritage du régime déchu non pas comme un point de départ pour la refondation, mais comme un gagne-pain d’immunité pour justifier son propre surplace.
Le peuple n’a pas voté le 24 mars 2024 pour qu’on lui lise l’acte de décès de l’économie, mais pour qu’on procède à sa résurrection.
Iv. L’ombre De Dakar : La Cohabitation Et Le Bras De Fer Judiciaire
Pourquoi ce jeu de dupes à New York alors que les chances de Macky Sall pour le Secrétariat général de l’ONU sont factuellement mortes-nées (avec 9 votes « décourage » au Conseil de sécurité) ?
L’Amphi a mis à nu l’arrière-boutique électorale nationale :
- Le blocus de la colline parlementaire :
Depuis le limogeage tumultueux d’Ousmane Sonko de la Primature le 22 mai 2026 et son installation au perchoir, l’Exécutif s’évertue à torpiller systématiquement toutes les propositions de loi de la majorité pastéfienne (transparence des contrats pétroliers, encadrement des fonds spéciaux).
Isolé, le Palais cherche à se fabriquer un « bloc républicain » de circonstance en tendant la main aux orphelins de l’APR.
- La concomitance des ombres :
Au moment même où Diomaye Faye parrainait Macky Sall à Manhattan, les tribunaux de Dakar ouvraient les premières inculpations pour «crimes contre l’humanité » liées à la période 2021-2024.
L’Amphi y voit une double manœuvre : une arme d’intimidation pour forcer les seconds couteaux au ralliement électoral, et le risque d’offrir des lampistes en sacrifice pour solde de tout compte afin de protéger le donneur d’ordre.
- Le Compromis Du Bissap Face Aux Urgences Du Terroir
L’Amphi a fermement recadré les voix nostalgiques ou partisanes qui appelaient à une amnésie collective au nom d’un apaisement de façade. La haute diplomatie n’autorise pas l’effacement du prix du sang.
On peut négocier sans bissap à New York, mais on ne gouvernera jamais sans justice à Dakar.
L’asymétrie des urgences reste intenable : pendant que les salons feutrés s’activent à l’étranger, le peuple affronte les écoles sous les eaux, l’explosion du coût des fournitures scolaires, les délestages de la Senelec, la flambée exponentielle du panier de la ménagère et la disparition des moustiquaires subventionnées.
Conclusion : Le Sénégal, Laboratoire De Tous Les Impossibles
Dara bétouma ! Le Sénégal s’affirme une fois de plus comme le laboratoire mondial de l’ingénierie politique. C’est un espace où les axiomes les plus imprévisibles se matérialisent, où la raison d’État bouscule les logiques de conquête. Mais que les apprentis sorciers se le tiennent pour dit : le citoyen n’est pas un cobaye anesthésié, ni le spectateur passif de sa propre désillusion.
Comme l’a prophétisé notre auditeur Mathiam Thiam , l’heure du grand règlement de comptes républicain approche : en République, les urnes sont les armes de rétribution et de sanction massive du citoyen. Les élections législatives anticipées seront le tribunal de cette vérité retrouvée, car si la diplomatie permet de feindre l’amnésie à New York, le peuple sénégalais garde le registre des martyrs et des comptes grand ouvert à Dakar, bien loin des illusions de Manhattan.
La vraie maturité démocratique consiste à tenir les hommes responsables devant les institutions, et les institutions responsables devant les citoyens.
L’encre des promesses de justice reste indélébile sous le ciel de Dakar, et le souverain primaire détient le seul et unique carnet des sentence.
Le grand livre de cette thématique se referme sur le mur de notre Université. La sémantique des salons a parlé, mais la rigueur du discernement citoyen a tranché.
K.G
Modératrice de l’Amphi de l’Université de l’Hivernage, 27 septembre 2026

