Le débat sur la gestion des fonds destinés aux victimes des manifestations survenues entre 2021 et 2024 refait surface. Des anciens détenus dits « politiques » réclament une enquête parlementaire sur l’utilisation des 5 milliards de francs CFA annoncés pour l’indemnisation et l’assistance aux victimes et aux familles des martyrs.
Lors d’un point de presse organisé ce week-end passé, Mahamadou Gueye, dit « Leuk Daour », et plusieurs de ses compagnons ont interpellé les autorités, notamment le président de la République et le président de l’Assemblée nationale.
Selon Vox Populi, les anciens détenus ont notamment profité de la démission annoncée de Khadim Bamba Fall de son poste de coordonnateur national des Bureaux d’Accueil, d’Orientation et de Suivi (BAOS) pour demander que toute la lumière soit faite sur la gestion des fonds.
Mahamadou Gueye affirme que des incohérences existent dans les montants communiqués sur les dépenses déjà effectuées. Il demande notamment une enquête parlementaire concernant les déclarations attribuées à l’ancienne ministre Maïmouna Dièye.
« Maïmouna Dièye avait déclaré au Grand Théâtre qu’ils ont dépensé 1 milliard 800 millions. Par contre lors de la passation de service, elle a parlé de 1 milliard 200 millions », a-t-il soutenu, selon les propos rapportés par Vox Populi.
Pour lui, cette différence de 500 millions de francs CFA mérite des explications. Il réclame par conséquent une reddition des comptes sur l’ensemble des fonds destinés aux victimes.
« L’argent des victimes doit revenir aux victimes ! », a-t-il lancé, dénonçant par ailleurs le fait que certaines personnes concernées n’auraient toujours pas reçu les sommes annoncées.
Selon Vox Populi, Mahamadou Gueye affirme également que certains bénéficiaires attendent encore les 500 000 francs CFA annoncés, tandis que des familles de martyrs n’auraient pas perçu les 10 millions prévus.
L’ancien détenu demande ainsi que des investigations soient menées sur la gestion de ces fonds, sans considération pour l’appartenance politique des personnes éventuellement mises en cause. « Que le Président Ousmane Sonko ne protège personne ! », a-t-il notamment déclaré.
Moustapha Fall, représentant des victimes de Ngor, Ouakam et Yoff, a lui aussi dénoncé ce qu’il considère comme un abandon des victimes par certains responsables issus de Pastef désormais aux affaires.
Il estime que ceux qui ont accédé à des fonctions de responsabilité devraient davantage se tenir aux côtés des victimes et de leurs familles.
La question de la responsabilité de Maïmouna Dièye a également été soulevée. Moustapha Fall demande que sa gestion fasse l’objet d’un examen et estime qu’elle ne devrait bénéficier d’aucune protection politique.
L’imam Mouhamadou Béchir Fall a, pour sa part, élargi la demande d’investigation au fonctionnement du BAOS. Il réclame un audit de toutes les personnes ayant eu à intervenir dans la gestion de cette structure.
« Cette affaire du BAOS, toutes les personnes qui y ont touché doivent faire l’objet d’un audit ! », a-t-il déclaré, selon Vox Populi.
Les anciens détenus demandent ainsi aux autorités d’aller jusqu’au bout de la logique de reddition des comptes, en apportant des réponses précises sur l’utilisation des fonds et sur les sommes effectivement versées aux victimes et aux familles des personnes décédées lors des manifestations.

