La perspective d’une réduction progressive des subventions à l’électricité continue de susciter de vives interrogations au Sénégal. Alors que le gouvernement entend faire évoluer le système vers une prise en charge davantage ciblée des ménages vulnérables, les risques d’une hausse du coût de l’électricité inquiètent économistes et consommateurs.
Dans une analyse publiée par EnQuête, le débat est notamment posé autour de la volonté du gouvernement d’Al Aminou Lô de rapprocher progressivement les tarifs du coût réel de l’électricité. Le Premier ministre estime que le système actuel bénéficie disproportionnellement aux ménages les plus aisés.
« Chacun paiera son électricité et son carburant en fonction de sa poche et de ses capacités. L’État soutiendra ceux qui ne peuvent pas supporter le prix. C’est cela l’équité », avait déclaré le chef du gouvernement, selon les propos rapportés par EnQuête.
D’après les chiffres avancés par le Premier ministre, 65 % des subventions seraient captées par les 20 % des ménages les plus nantis. Sur une enveloppe estimée à 750 milliards de francs CFA, cela représenterait environ 550 milliards de francs CFA.
Mais ces chiffres sont contestés dans leur présentation par Bassirou Beye, ingénieur en planification économique et consultant international. L’expert estime qu’en l’absence de données suffisamment détaillées permettant de vérifier le ciblage annoncé, il demeure difficile de mesurer précisément l’impact de la réforme.
« Pour le moment, ce ne sont que des déclarations politiques. Le Gouvernement ne nous donne pas la source de ces chiffres », a-t-il déclaré dans les colonnes d’EnQuête.
L’économiste redoute surtout une suppression trop rapide des subventions avant la pleine mise en œuvre du « Gas to Power ». Selon lui, l’électricité étant un intrant essentiel pour les ménages comme pour les entreprises, une hausse significative des tarifs pourrait provoquer un choc généralisé.
« S’ils mettent en œuvre ces mesures annoncées, c’est toute l’économie qui va subir un choc », avertit Bassirou Beye. Il estime que l’impact pourrait toucher aussi bien le pouvoir d’achat que les coûts de production, avec à la clé des risques de ralentissement économique, de pertes d’emplois et de fermeture d’entreprises.
EnQuête rapporte également les inquiétudes de l’expert concernant la capacité des dispositifs de ciblage à identifier avec précision les ménages réellement vulnérables. Les enquêtes sur la pauvreté de l’ANSD constituent une référence, mais Bassirou Beye pointe des difficultés liées notamment à la déclaration des revenus et à la connaissance imparfaite des ressources de chaque membre des ménages.
Sur le fond, le gouvernement vise à ramener progressivement la subvention à environ 1 % du PIB à l’horizon 2029, soit près de 250 milliards de francs CFA. Al Aminou Lô a rappelé que ce niveau figurait déjà dans les prévisions de la loi de finances initiale de 2026.
Le débat porte toutefois également sur la structure même du prix de l’électricité. Outre les combustibles, celui-ci intègre notamment les charges de personnel, les services extérieurs, le transport des combustibles ainsi que les impôts et taxes.
EnQuête revient ainsi sur les évaluations de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE), qui avait notamment révisé à la baisse certaines projections de Senelec concernant ses charges. Sur le transport des combustibles, les prévisions initiales de Senelec pour 2023-2027, évaluées à 113,733 milliards de francs CFA, avaient été ramenées à 43,469 milliards après évaluation.
Le dossier de la facturation demeure également sensible. Bassirou Beye plaide pour l’achèvement de l’audit annoncé après les manifestations de 2023 et pour la modernisation du système de suivi de la consommation. Pour lui, les ménages et les petites entreprises ne disposent pas aujourd’hui des marges nécessaires pour absorber brutalement le coût réel de l’électricité.

