Dakar étouffe, le Sénégal s’essouffle » Dakar peut se nettoyer sans chasser l’étranger » ( Boubacar Seye )
Le débat actuel sur l’occupation de l ‘espace public, l’insalubrité, l’insécurité et la présence croissante de populations étrangères à Dakar mérite mieux que des réactions passionnelles ou des accusations simplistes.
Il faut regarder la réalité en face, avec lucidité, sans xénophobie, mais également sans angélisme.
Le problème est global, ancien et profondément structurel. Il ne peut être réduit à la seule question de l’immigration, pas plus qu’il ne peut être réglé par quelques opérations ponctuelles de déguerpissement .
Depuis plusieurs décennies, le Sénégal connaît un exode rural massif. Faute d’activités économiques suffisantes, d’emplois, de formations et de perspectives, de nombreux jeunes quittent leurs régions pour rejoindre Dakar, devenue le principal pôle d’attraction économique du pays.
Cette concentration humaine a progressivement produit ses effets : encombrement, habitat précaire, occupation anarchique de l ‘espace public, insalubrité, saturation des transports et des services sociaux, chômage, mendicité et, dans certains secteurs, sentiment croissant d’insécurité.
Dakar étouffe.
Une Pression Interne À Laquelle S’ajoute Désormais Une Forte Pression Migratoire.
À cette situation déjà extrêmement difficile vient s’ajouter un phénomène qui prend aujourd’hui une ampleur préoccupante : l’arrivée de populations provenant de différents pays de la sous-région.
Le problème devient particulièrement sensible lorsque ces flux sont insuffisamment maîtrisés et qu’une proportion importante des nouveaux arrivants se trouve dans une situation de grande précarité, vivant essentiellement de la mendicité et de l ‘assistance.
C’est là que se trouve l’un des aspects les plus préoccupants de la situation actuelle.
Le Sénégal doit déjà faire face à sa propre pauvreté, à sa propre mendicité et à ses propres populations vulnérables. Nous avons encore des enfants des rues, des personnes âgées sans ressources, des familles démunies et des compatriotes qui peinent à satisfaire leurs besoins essentiels.
Comment pouvons-nous raisonnablement prétendre avoir les moyens de prendre durablement en charge des populations vulnérables supplémentaires, alors que nous éprouvons déjà tant de difficultés à répondre aux besoins de nos propres populations ?
La question mérite d’être posée sans détour.
Il ne s’agit pas de dire que l’étranger est un problème. Il s’agit de reconnaître que l’accueil de populations très nombreuses en situation de précarité a nécessairement un coût économique, social, sanitaire et sécuritaire pour un État qui dispose de moyens limités.
Et ce cout ne peut être ignoré.
La Téranga A Ses Limites : L’hospitalité Ne Peut Remplacer La Politique De L’etat.
Le Sénégal a toujours été une terre d’accueil.
La Téranga Sénégalaise est une valeur qui fait notre fierté. Des générations d’étrangers ont vécu, travaillé, entrepris et fondé des familles au Sénégal en s’intenégrant parfaitement à notre société.
Mais La Téranga Ne Signifie Pas L’absence De Règles .
Un État doit savoir accueillir lorsqu’il le peut, protéger ceux qui sont réellement en danger et respecter les droits fondamentaux. Mais il doit également savoir contrôler ses frontières, connaître les flux qui entrent sur son territoire, appliquer ses lois et déterminer ce que ses capacités économiques et sociales lui permettent réellement d’assumer.
La solidarité est une valeur noble.
Mais lorsque la solidarité n’est accompagnée d’aucune organisation, elle peut finir par produire l’effet inverse de celui recherché.
La générosité sans maîtrise peut devenir une source de désordre.
Comprendre L’exaspération De La Population.
Il faut également comprendre l’exaspération d’une partie croissante de la population sénégalaise .
Le citoyen qui voit ses quartiers se dégrader, ses trottoirs occupés, ses marchés encombrés, ses services sociaux saturés et la mendicité devenir omniprésente ne peut pas être simplement accusé de xénophobie lorsqu’il exprime son inquiétude.
Son exaspération doit être entendue.
Mais elle doit être encadrée par la raison et par la loi.
Il ne faut jamais confondre la fermeté de l ‘État avec le rejet de l ‘étranger.
Toute personne, sénégalaise ou étrangère, doit être traitée avec dignité. Mais toute personne doit également respecter les lois et les règles du pays dans lequel elle vit.
Lorsqu’un étranger travaille légalement, contribue à l ‘économie et respecte les lois, il doit être respecté et protégé comme tout autre résident .
En revanche, lorsque des réseaux organisent ou entretiennent la mendicité, lorsque des personnes occupent illégalement l’espace public ou lorsque des situations de vulnérabilité deviennent incontrôlables, l’Etat a le devoir d’intervenir.
Le Véritable Drame : Nous N’arrivons Déjà Pas À Régler Nos Propres Problèmes
Il serait hypocrite de vouloir traiter la question migratoire sans regarder notre propre situation.
Nous avons encore au Sénégal une pauvreté importante, une jeunesse en quête d’emploi, des personnes âgées démunies, des enfants vulnérables et des familles qui survivent difficilement.
Nous n’arrivons déjà pas à apporter une réponse satisfaisante à toutes ces situations.
Dès lors, le pays doit avoir le courage de poser une question simple :
Quel niveau d’accueil notre économie, nos services sociaux et nos infrastructures peuvent-ils réellement supporter ?
Ce n’est pas une question de rejet.
C’est une question de responsabilité nationale.
Un gouvernement responsable doit d’abord protéger les populations dont il a la charge, tout en respectant ses engagements humanitaires et internationaux.
Le Sénégal Ne Peut Plus Gérer Cette Situation Au Coup Par Coup
Il faut sortir des opérations ponctuelles, souvent spectaculaires, qui interviennent lorsque la situation devient déjà incontrôlable.
Le Sénégal a besoin d’une véritable politique nationale associant :
. le contrôle effectif des frontières ;
. une meilleure connaissance des flux migratoires ;
. l’application des règles relatives au séjour et au
travail ;
. la lutte contre les réseaux organisé de mendicité ;
. la protection effective des enfants et des personnes vulnérables ;
. une politique claire d’intégration pour les étrangers légalement établis ;
. l’application de procédures de retour lorsque la situation juridique le justifie, dans le respect des droits humains ; et surtout une véritable politique de développement des régions.
Car tant que Dakar concentrera l’essentiel des opportunités économiques du pays, l’exode rural continuera.
Et tant que les frontières et les flux migratoires ne seront pas suffisamment maîtrisés, la capitale continuera de subir une pression supplémentaire.
Développer Les Régions Pour Sauver Dakar
Le véritable remède à long terme n’est pas de continuer à repousser les populations d’un quartier à un autre.
Il faut créer des pôles économiques régionaux, développer l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et les petites industries, améliorer les infrastructures et donner à la jeunesse des régions une véritable raison de rester chez elle.
On ne désengorgera pas Dakar uniquement avec des déguerpissements. On désengorgera Dakar en développant le Sénégal tout entier.
Trop, C’est Trop – Mais Ne Perdons Pas Notre Âme
Dire aujourd’hui que » trop, c’est trop » ne doit pas signifier que le Sénégal renonce à sa Téranga ou qu’il devient hostile aux étrangers.
Cela signifie simplement que notre générosité doit désormais s’accompagner de responsabilité, d’organisation et de limites.
Le Sénégal n’a ni les moyens financiers, ni les infrastructures, ni les capacités sociales nécessaires pour absorber indéfiniment des flux importants de populations vulnérables sans conséquences.
Il faut avoir le courage de le dire.
Notre pays doit rester une terre d’accueil, mais il doit également rester un État organisé, souverain et capable de faire respecter ses lois.
La Téranga doit rester une fierté, pas devenir une faiblesse.
L’heure n’est pas au rejet de l’autre, ni au laisser faire.
L’heure est à une politique ferme, humaine et responsable : protéger nos populations, maîtriser nos frontières, organiser les migrations, lutter contre les réseaux de mendicité et développer nos régions.
C’est à cette condition que le Sénégal pourra préserver à la fois son hospitalité, sa cohésion sociale, sa sécurité et sa dignité.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation.
Mail. Ndaw.Habib45@Gmail.Com
Dakar, Le 22 Août 2o26

