Héritage, dualité au sommet et absence de cap: le vrai débat après deux ans Par Souley Wade

Deux ans après l’alternance, la déception s’installe. Le sentiment le plus largement partagé est simple : les Sénégalais n’avaient voté ni à la présidentielle ni aux législatives pour  une cohabitation corsée, voire forcée. Ils ont voté pour une direction claire, un cap assumé, une équipe alignée autour d’un projet.

 

Or, ce qui se donne à voir aujourd’hui est une dualité non assumée mais bien réelle au sommet de l’État. Entre le Président et le Premier ministre, les divergences ne sont plus seulement de style. Elles se traduisent dans les faits : initiatives parallèles, prises de position dissonantes, lectures différentes des priorités, jusque dans la conduite de la diplomatie. À cela s’ajoute une forme de compétition implicite, où chacun semble vouloir imprimer sa marque, parfois au détriment de la cohérence d’ensemble.

 

Ce climat installe une cacophonie, voire une confusion, qui finit par produire de l’inertie. L’action publique perd en lisibilité, les signaux deviennent contradictoires, et le pays donne le sentiment d’être piloté sans ligne claire.

 

Dans le même temps, le discours officiel continue de mettre en avant le poids de l’héritage et le fardeau de la dette. Le sujet est réel. Mais un bilan ne se résume pas à un passif. Il comporte aussi des actifs. Et sur ce point, le silence est frappant, parfois même accompagné d’une tentative de récupération pour le moins troublante.

 

L’essentiel des projets aujourd’hui mis en avant ou poursuivis s’inscrit dans une continuité : infrastructures routières, portuaires, et aéroportuaires, électrification, projets hydrauliques, plateformes énergétiques, développement gazier avec GTA, centrale de Gandon, programmes urbains comme Promovilles ou le PUDC… Autant de chantiers engagés bien avant 2024, avec des financements pour la plupart déjà structurés et des niveaux d’exécution parfois avancés.

 

Cela ne retire rien au rôle de ceux qui les poursuivent aujourd’hui. C’est même le principe de la continuité de l’État. Mais cela impose un minimum de cohérence : on ne peut pas, d’un côté, invoquer à tout va le passif hérité, et de l’autre, capitaliser politiquement sur des actifs sans en reconnaître l’origine.

 

Sans cet héritage, imparfait mais réel, il est permis de se demander sur quoi reposeraient aujourd’hui les annonces d’envergure, y compris celles liées au pétrole et au gaz, fruits de cycles d’investissement engagés bien en amont.

 

Il faut donc regarder le présent et se projeter vers l’avenir. Et c’est là que le bât blesse.

 

Il est toujours plus commode de charger le passé, dont d’ailleurs on bénéficie souvent plus qu’on ne le reconnaît, que de dire clairement ce que l’on fait aujourd’hui, de nouveau, et ce que l’on construit pour demain.

 

Et c’est précisément là que la dualité actuelle devient un problème. Elle empêche cette projection. Elle fragilise la capacité à porter une vision cohérente, à enclencher des réformes structurantes, à produire des résultats visibles. À mobiliser et créer une dynamique d’ensemble.

 

Il y a, à l’évidence, un besoin de clarté, de cohérence et de responsabilité.

 

Fixer un cap. Et surtout, tenir le guidon en regardant la route, plus que le rétroviseur, pour éviter d’aller droit dans le mur.

 

Espérons que l’entretien de ce soir avec le Président de la République, apportera des débuts de réponse.

Dieyna SENE
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