𝐓𝐑𝐒 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐭𝐭𝐞 đ©đźđ›đ„đąđȘ𝐼𝐞 : đ„â€™đąđŠđ©đžÌđ«đšđ­đąđŸ 𝐝’𝐼𝐧𝐞 𝐜𝐹𝐩𝐩𝐼𝐧𝐱𝐜𝐚𝐭𝐱𝐹𝐧 đ©đ«đšđšđœđ­đąđŻđž Dr Abdou Diaw

L’article du Financial Times concernant l’utilisation rĂ©cente par l’État du SĂ©nĂ©gal d’instruments financiers de type Total Return Swap (TRS), portant sur la mobilisation de 650 millions d’euros, plonge le pays dans la polĂ©mique et alimente les dĂ©bats. Alors que le brĂ»lant dossier de la dette dite « cachĂ©e » s’était progressivement retirĂ© du dĂ©bat public, cet emprunt vient raviver les discussions. Une fois encore, la question de la dette s’impose.

Le sujet intervient dans un contexte symbolique, marquant les deux ans d’exercice du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, et de son Ă©quipe. À chacun son commentaire. Il ne s’agit pas ici d’en dresser le bilan : tel n’est pas l’objet de cette rĂ©flexion. Dans un contexte mondial marquĂ© par des crises rĂ©pĂ©tĂ©es, entraĂźnant un durcissement des conditions de financement sur les marchĂ©s, chaque État cherche Ă  trouver des solutions pour accĂ©der aux ressources.

Le cas du SĂ©nĂ©gal reste particulier pour plusieurs raisons. Le pays subit depuis deux ans une dĂ©gradation de ses notations. Le retard dans la signature d’un nouveau programme Ă©conomique avec le FMI rend la situation encore plus complexe. À cela s’ajoute l’échĂ©ance liĂ©e au remboursement d’un eurobond, qui vient nourrir le dĂ©bat. Autant de facteurs dĂ©favorables qui rĂ©duisent les marges de manƓuvre du SĂ©nĂ©gal sur les marchĂ©s internationaux, le prĂ©sentant comme un profil plus risquĂ© aux yeux d’investisseurs devenus plus exigeants et prudents dans un contexte d’incertitude.

L’une des alternatives consistait Ă  solliciter davantage le marchĂ© domestique, notamment Ă  travers l’émission de titres publics (OAT et BAT) et les appels publics Ă  l’épargne. Les swaps, dont les TRS, font partie de l’écosystĂšme du financement international et prĂ©sentent Ă  la fois des avantages et des limites. Leur recours avait d’ailleurs Ă©tĂ© annoncĂ© en amont par les autoritĂ©s.

DĂšs lors, faut-il y voir une volontĂ© de dissimulation, comme le suggĂšrent certains ? Rien ne permet de l’affirmer si l’on se rĂ©fĂšre aux dĂ©clarations du ministre des Finances et du Budget Ă  l’AssemblĂ©e nationale en novembre 2025, ainsi qu’au Rapport Ă©conomique et financier (REF). MalgrĂ© ces prises de position, la concrĂ©tisation de cette opĂ©ration a suscitĂ© de vives rĂ©actions, tant au sein de la classe politique que dans l’opinion publique. Cette polĂ©mique rĂ©sulte, Ă  mon sens, d’une absence de stratĂ©gie de communication claire pour accompagner l’opĂ©ration et en anticiper les effets.

Jusqu’ici, la plupart des appels publics Ă  l’épargne rĂ©alisĂ©s par les nouvelles autoritĂ©s ont fait l’objet de prĂ©sentations en prĂ©sence des partenaires techniques (arrangeurs, co-arrangeurs, chefs de file), des services du ministĂšre des Finances et du Budget, mais aussi de la presse. Cette dĂ©marche permettait de prĂ©parer l’opinion et de sensibiliser sur les enjeux. Une approche similaire aurait dĂ» ĂȘtre adoptĂ©e pour expliquer le recours aux TRS, malgrĂ© les exigences de confidentialitĂ© propres Ă  ce type d’instrument. Une telle communication aurait Ă©tĂ© d’autant plus nĂ©cessaire que l’épisode de la dette dite « cachĂ©e » devait servir de leçon pour prĂ©venir toute controverse inutile.

À la place, la communication des services du ministĂšre a Ă©tĂ© essentiellement rĂ©active, Ă  travers un communiquĂ© publiĂ© tardivement et une sortie du directeur de la dette publique sur les ondes d’une radio de la place pour s’expliquer. Or, la bonne approche repose sur la proactivitĂ© et l’anticipation. Une simple note explicative en amont aurait suffi Ă  dissiper les incomprĂ©hensions, prĂ©venir les malentendus et prĂ©parer l’opinion publique, surtout dans un secteur aussi sensible que la finance. Car les secondes comptent : le moindre chiffre peut donner lieu Ă  des interprĂ©tations erronĂ©es et semer le doute.

Dans ce contexte, les experts des services concernĂ©s doivent s’exprimer dans un langage clair, accessible et comprĂ©hensible par tous. Cette dĂ©marche doit s’inscrire dans une stratĂ©gie globale de communication, cohĂ©rente et structurĂ©e. Il est Ă©galement crucial d’instaurer une relation de proximitĂ© avec les mĂ©dias locaux, qui jouent un rĂŽle fondamental en pĂ©riode d’incertitude : ils informent, Ă©clairent et explicitent les enjeux auprĂšs des populations.

Enfin, Ă  l’ùre de la viralitĂ© de l’information, amplifiĂ©e par les rĂ©seaux sociaux, il devient indispensable d’adopter une posture de veille, d’anticipation et d’alerte. Cela implique de bousculer les pratiques et de sortir d’une communication classique, souvent trop rĂ©active, pour privilĂ©gier une approche plus dynamique, transparente et engageante.

Par Dr Abdou Diaw

Michel DIEYE

Author

Michel DIEYE

Up Next

Related Posts