Investissement en capital : le FONSIS trace la nouvelle voie du développement économique du Sénégal

Réunis vendredi 30 janvier dans une salle comble, des journalistes économiques membres du COJES ont pris part à une session d’échanges initiée par le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS). Face à la presse, son directeur général, Babacar Gning, a défendu avec pédagogie un changement profond de paradigme : faire de l’investissement en capital, et non plus de la dette publique, le moteur central du développement économique du Sénégal.

En effet, le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS) a organisé, vendredi 30 janvier, une importante session d’échanges consacrée à l’investissement en capital et à son impact sur l’économie nationale. La rencontre, qui s’est tenue dans une salle archicomble, a réuni de nombreux journalistes économiques, pour la plupart membres du Collectif des journalistes économiques du Sénégal (COJES).

Ouvrant les travaux, le directeur général du FONSIS, Babacar Gning, est longuement revenu sur la nécessité pour le Sénégal d’opérer un changement stratégique majeur dans le financement de son développement. Depuis l’indépendance, a-t-il rappelé, l’État s’est essentiellement appuyé sur la dette publique pour financer ses projets structurants. Un modèle aujourd’hui à bout de souffle, incapable de couvrir l’ampleur des besoins économiques et sociaux du pays.

De la dette au capital, un tournant stratégique

Pour Babacar Gning, l’alternative est claire : donner la priorité à l’investissement privé, qu’il soit national ou international. Contrairement à la dette, l’investissement en capital ne repose pas sur une obligation de remboursement automatique, mais sur la création de valeur partagée. Il permet de financer des projets à fort impact — création d’emplois, accès à la santé, à l’éducation et aux services de base — tout en réduisant les risques liés à l’endettement excessif et à la souveraineté financière.

Le FONSIS, bras financier stratégique de l’État

Créé comme un fonds souverain détenu à 100 % par l’État du Sénégal, le FONSIS se positionne comme le bras financier de l’État pour les investissements stratégiques, en partenariat exclusif avec le secteur privé. Le fonds n’investit jamais seul, mais systématiquement en co-investissement avec des partenaires locaux et internationaux.

Ses trois missions fondamentales ont été rappelées :

  • attirer les capitaux privés afin d’alléger la pression sur le budget de l’État ;
  • sécuriser les secteurs stratégiques (énergie, gaz, infrastructures) en garantissant l’alignement des décisions avec les intérêts nationaux ;
  • soutenir le développement du secteur privé sénégalais, notamment à travers des instruments innovants de capital-investissement destinés aux PME.

Axes d’intervention et bilan chiffré

Le FONSIS intervient à travers quatre métiers : le co-investissement dans les grands projets, le capital-investissement via des fonds dédiés aux PME, la restructuration d’entreprises stratégiques en difficulté — à l’image de la relance de l’unité pharmaceutique Médis — et la gestion du fonds intergénérationnel pétrole et gaz, alimenté par 10 % des revenus des hydrocarbures pour préparer l’après-pétrole.

Aligné sur la Vision Sénégal 2050, le fonds concentre ses investissements sur des secteurs clés : l’eau et l’énergie, l’agro-business, la santé et l’industrie pharmaceutique, ainsi que les infrastructures de transport.

À ce jour, le FONSIS compte 26 à 28 sociétés en portefeuille. Avec 55 milliards FCFA investis, il a permis de générer près de 600 milliards FCFA de projets. Les projets sont répartis dans les  11 régions sur 14 du pays, avec un pipeline estimé à 3 000 milliards FCFA d’investissements à déployer sur les cinq prochaines années.

Des projets structurants pour transformer l’économie

Parmi les projets phares figurent les grands transferts d’eau, surnommés « autoroute de l’eau », destinés à alimenter Dakar, Thiès, Mbour et Touba, tout en irriguant 12 000 hectares de terres agricoles. Le projet Aquapole, visant une production annuelle de 10 000 tonnes de poissons d’élevage, les agropoles, le Dakar Millennium Center, futur quartier d’affaires international, ou encore le comptoir national de l’or et ses unités de traitement, illustrent la volonté de créer davantage de valeur localement.

Le FONSIS accompagne également le développement d’un hub médical à Dakar (site de Dantec) pour positionner le Sénégal comme destination de référence du tourisme médical en Afrique de l’Ouest, ainsi que la mise en place d’une centrale électrique au gaz de 500 MW, pilier du programme Gas to Power, destinée à réduire durablement le coût de l’électricité.

PME, diaspora et gestion du risque

Interpellé sur les difficultés des PME, Babacar Gning a reconnu les insuffisances récurrentes en matière de tenue des états financiers, tout en soulignant que les fonds d’investissement évaluent les projets sur des critères plus larges que la seule comptabilité classique. Il a plaidé pour la multiplication de fonds aux tickets plus modestes, afin de mieux répondre aux besoins du secteur informel et favoriser sa formalisation.

Sur la question des risques, le DG du FONSIS a rappelé que l’investissement en capital est un processus plus long que la dette bancaire, car il repose sur une analyse approfondie du business plan, du management, du cadre réglementaire et de la conjoncture économique. « Investir, c’est parier à la fois sur un projet et sur des hommes », a-t-il résumé.

Concernant la diaspora, il a salué son rôle croissant dans l’investissement productif, citant l’exemple d’une entrepreneure revenue de Paris pour relancer une usine textile à Louga, avec l’appui du FONSIS.

Un dialogue salué par la presse économique

Prenant la parole, le président du COJES, Dialigue Faye, a insisté sur l’importance de ces rencontres pour permettre à la presse de mieux comprendre et relayer les enjeux de l’investissement stratégique, tout en donnant plus de visibilité aux opportunités offertes par le FONSIS.

La session s’est achevée par la signature de conventions d’investissement entre le WE! Fund et cinq PME, ainsi qu’entre le Fonds islamique de relance et sept PME, avant une série d’interviews accordées à la presse. Une riche matinée d’échanges que le COJES souhaite voir se tenir plus régulièrement.

Michel DIEYE

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Michel DIEYE

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