Modou Diagne Fada face à la main tendue du président Macky Sall, éclairage, analyse et conseils

Le samedi 10 mars dernier, le président de la République s’est rendu au domicile de Modou Diagne Fada président de LDR/Yeesal à la Cité Keur Gorgui pour lui présenter ses condoléances.

Le prétexte de la main tendue

Disons les choses plus clairement, le candidat Macky Sall veut que Modou Diagne Fada et le LDR/YEESAL soutiennent sa candidature à l’élection présidentielle de 2019.

Bien sûr que Modou Diagne Fada avait déjà perdu sa maman en septembre 2016 mais que pour une raison ou pour une autre, le président Macky Sall avait seulement envoyé son premier ministre et n’avait pas jugé nécessaire de se déplacer personnellement.

Nous ne sommes pas sans savoir que le contexte politique est différent et que l’on est à moins d’un an des élections présidentielles. C’est dans ce contexte particulier que le président Macky Sall a prétexté d’une présentation de condoléances au président Fada pour lui tendre la main à le rejoindre.

Quoiqu’il veuille faire croire, le président Macky Sall est hanté par le spectre d’un deuxième tour à l’élection présidentielle à venir, ce qui lui sera inéluctablement fatal. Pour conjurer le mauvais sort, il a profité de sa présentation de condoléances à Fada pour lui faire un appel du pied à le rejoindre.

Presque trente ans de voisinage
Macky Sall et Modou Diagne Fada se connaissent depuis presque trente ans. Ils ont partagé le même parti politique, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) qu’ils ont co-animé pendant qu’ils étaient à l’opposition, Macky en tant que patron des cadres du PDS et Fada en tant que patron des jeunes du PDS mais surtout, ils ont été ensemble les plénipotentiaires du PDS et de Me Abdoulaye Wade pendant toute la période de la recherche de la grande coalition qui devait porter la candidature de leur mentor à la magistrature suprême.

Macky et Fada ont encore co-animé le PDS lorsque le premier fut premier ministre et numéro 2 du parti et le second porte-parole dudit parti. Fada, en tant que ministre, a travaillé sous l’autorité de Macky Sall, premier ministre et chef du gouvernement.
Mais des divergences somme toute politiques liées à « l’insurrection » de Idrissa Seck, sont apparues entre les deux hommes. De ses divergences, Macky Sall premier ministre en a tiré la conséquence d’écarter Modou Diagne Fada du gouvernement.

Plus tard, sentant un coup tordu des plénipotentiaires du parti pour les investitures aux élections législatives de 2007, Modou Diagne Fada qui n’est pas un homme à se laisser surprendre anticipa en créant la coalition électorale «Waar wi» qui l’a envoyé à l’Assemblée nationale avec deux autres députés.

Les frères adversaires se retrouveront ensuite avant que Macky Sall ne soit envoyé à la présidence de l’Assemblée nationale d’où commenceront ses ennuis avec la famille Wade père et fils.

Victimes des ambitions de Wade-fils …
Victime des ambitions de Karim Wade, le prince héritier du PDS, Macky Sall fut accusé de traitrise, de manque de loyauté et que sais-je encore avant d’être dégradé de ses fonctions au sein du PDS et voir sa présidence à l’Assemblée nationale ramenée de cinq à un an.

Faisant sienne la devise des forces armées du Sénégal « on nous tue mais on ne nous déshonore pas » Macky Sall décide de démissionner du PDS et de toutes les fonctions acquises grâce à ce parti pour former son propre parti politique l’Alliance Pour la République (APR). La suite, on la connaît, Macky Sall terrassa le baobab Me Abdoulaye Wade aux élections présidentielles de 2012.

Comme Macky, Fada fut lui aussi victime des ambitions de Karim Wade et comme Macky, il fut dégradé de ses fonctions au PDS avant d’en être définitivement exclu. A la différence de Macky, Modou Diagne Fada considéra que ses différentes fonctions électives obtenues le sont par le biais du PDS certes mais surtout grâce à la volonté populaire et comme il n’avait pas de son propre gré démissionné de son parti, il décida de continuer à rester député et président du Conseil départemental de Kébémer conformément à la loi. Comme Macky Sall, Fada et les siens décidèrent de créer leur propre formation politique et mirent leurs destins politiques entre les mains du peuple souverain.

À la conquête de la magistrature suprême

Comme Macky Sall, Modou Diagne Fada se présentera inéluctablement un jour à la conquête de la magistrature suprême et comme Macky Sall, Fada….vous suivez mon regard?
Les deux hommes se connaissent absolument, s’apprécient peut-être, se surveillent certainement, et disons-le se craignent sans doute.

Malgré des élections législatives chaotiques et sa jeunesse dans l’échiquier politique national, le parti Les Démocrates Réformateurs (LDR/YEESAL) est arrivé septième sur quarante-sept listes engagées, deuxième derrière le PUR pour les listes non coalisées et a pesé plus de trente mille voix.

Dans une élection indécise, ouverte ou toute voix est bonne à prendre et dans un pays où la situation socioéconomique est morose et où le climat politico-judiciaire est tendu, il est bien normal que le candidat à sa propre succession cherche des alliés partout et à commencer par sa grande famille politique, la famille libérale. Ce souci d’alliance, d’autres candidats déclarés ou potentiels candidats l’ont et comme le candidat sortant, ils démarchent des soutiens ici et là.

Les alliances en chantier

J’ai personnellement, en ma qualité de plénipotentiaire de LDR/YEESAL en Île de France, discuté avec de hauts représentants du parti REWMI/France et même avec l’un des plus proches collaborateurs d’Idrissa Seck au Sénégal pour une alliance entre leur leader candidat et notre parti. J’ai aussi sur initiative personnelle, plusieurs fois discuté avec un haut responsable de l’APR/France pour un éventuel soutien de LDR/YEESAL à la candidature de Macky Sall. Sur toutes ses initiatives personnelles, j’ai rendu compte au frère président de LDR/YEESAL qui, à chaque fois, me disait avoir pris acte sans m’encourager ni me dissuader.

Dire que le président Modou Diagne Fada n’a jamais été en pourparlers officieux directs ou indirects avec le candidat de la mouvance présidentielle ou certains candidats auto déclarés de l’opposition est une vue de l’esprit. Dans toutes les grandes démocraties du monde, les élections nationales ou locales sont toujours des moments privilégiés de discussions voire de marchandages entres différentes formations politiques pour des alliances ou pour tout simplement décrocher des soutiens.

Peut-être qu’à l’issue de tous les contacts informels qu’il y a certainement eus entre des plénipotentiaires du candidat Macky Sall et ceux de LDR/YEESAL et particulièrement avec Fada, le président Macky Sall a jugé opportun de tendre lui-même la main à LDR/YEESAL pour une future alliance. D’autres candidats le feront certainement.

C’est la même chose au niveau des grandes tarikhas où chaque candidat va pour décrocher des soutiens. Cette main tendue de Macky Sall à Modou Diagne Fada ou le sous-entendu que certains font d’une partie de son discours sont en réalité des épiphénomènes car cela procède du jeu normal de la démocratie pluraliste avec des élections disputées. Le phénomène c’est la réponse du président Modou Diagne Fada au président candidat Macky Sall.

Le Parti seul décideur
Dans sa réponse au chef de l’Etat, le président Fada lui a dit qu’il répondra sous peu après avoir rendu compte au Bureau politique de LDR/YEESAL et aux alliés de celui-ci qui décideront de la suite à donner à son appel. Le Bureau politique est donc seul souverain pour prendre ce genre de décision.
Réponse ne pouvait être plus claire, moins équivoque, plus démocratique, sans ambiguïté et plus responsable.

Le président Modou Diagne Fada et LDR/YEESAL ont toujours fonctionné comme cela malgré et ou compte tenu des inéluctables discussions formelles ou informelles que peut engager la personne morale de notre parti. Ce même esprit nous a animés lorsque nous décidions si nous devrions créer un parti politique ou rester au sein du PDS, la même chose pour décider si nous devrions voter « oui » ou « non » au référendum, encore si nous devrions participer aux élections des HCCT. Le débat fut aussi ouvert pour décider si nous devrions aller en coalition ou seuls pour les élections législatives du 30 juillet dernier.
A tous ceux qui disent ou pensent que le président Modou Diagne Fada a déjà décidé de la marche à suivre, je réponds qu’il n’en est rien du tout et que seul le Bureau politique peut en définitive prendre ce genre de décision. Le président Fada, fin politique soit-il, rusé soit-il, puissant soit-il ne prendra jamais ce genre de décision avant d’avoir préalablement consulté le parti et obtenu l’aval de celui-ci.

Trois questions majeures

A ce titre une dévouée militante des instances féminines du parti vient de m’informer qu’elle avait voulu proposer aux femmes de YEESAL un panel autour des thèmes suivants :
1- LDR/YEESAL doit-il avoir un candidat en son sein pour les élections présidentielles de 2019.
2- LDR/YEESAL doit-il soutenir un candidat de l’opposition
3- LDR/YEESAL doit-il soutenir un candidat de la mouvance présidentielle.
J’ai bien sûr sans réserve, salué et encouragé cette initiative qui est de plus en plus d’actualité.
Frères et sœurs de LDR/YEESAL je nous demande solennellement de profiter de cette situation pour réfléchir sur ces trois propositions de notre dévouée et prévenante sœur de parti. Le parti LDR/YEESAL est né dans la contestation, et dans un débat d’idées ouvert, libre et assumé.

Le parti continuera de se façonner dans la démocratie interne, dans la libre pensée, les décisions majeures seront prises de manière concertée. Le président Modou Diagne Fada est le garant de cette pluralité d’idées et de cette démocratie interne. En sa qualité de président, il y a cependant des décisions qu’il pourrait être amené à prendre sans réunir préalablement le Bureau politique car l’urgence le commandera ou parce que tout simplement il en a les prérogatives. Dans ces cas, ces décisions engageront de plein droit le parti.

Le président Modou Diagne Fada pourrait même, quelques fois, être amené à prendre des décisions impopulaires dont lui seul est juge de l’opportunité. Un bon leader n’est-il pas aussi celui qui prend parfois des décisions impopulaires mais nécessaires sans tenir compte des émotions du moment ? A titre d’exemples, la loi du garde des Sceaux et ministre de la justice, Robert Badinter du 18 septembre 1981 sur l’abolition de la peine de mort s’est avérée nécessaire quoiqu’impopulaire à l’époque. Impopulaire aussi fut la décision de la construction de la Tour Eiffel qui s’est avérée être aujourd’hui un symbole de Paris, la capitale française et le second site culturel français payant le plus visité. Tel sera certainement le cas du Monument de la Renaissance africaine du président Abdoulaye Wade.
A l’issue de tout ce qui précède, je nous demande de faire confiance et faire bloc comme un seul homme (pardon une seule femme, le 08 mars oblige) derrière notre frère le président Modou Diagne Fada.

Cissé, Oumar Sadio, le mollah
Coordonnateur de la Fédération LEKETBI Ile de France de LDR/YEESAL.

(Titre et Intertitres de la Rédaction)

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