Croisade contre la dépigmentation : AIIDA met à nu les ravages d’un phénomène malsain aux proportions alarmantes

Dans le cadre de ses activités de sensibilisation, l’Association Internationale d’Information sur la Dépigmentation Artificielle, (AIIDA) a tenu ce  samedi 12 Octobre 2019 à Dakar, un forum des associations féminines et de la société civile, aux allures de Croisade contre la dépigmentation, vu les ravages d’un phénomène malsain aux proportions alarmantes.

Cette rencontre visait aussi la rédaction d’un mémorandum sur la problématique de la dépigmentation et la proposition de recommandations pour une approche holistique de la question.

Ouvert par une présentation du Pr Issa Wone axée sur « Innover avec les ‘’Social Labs’’ pour la résolution des problèmes de santé publique », le forum tenu au Musée des civilisations noires de Dakar, le forum a accueilli du beau monde majoritairement féminin, avec la participation des représentantes et représentants des Associations féminines, de la Société civile, des autorités publiques et municipales.

Selon l’éclairage du  Pr Fatimata ly , Dermatologue, Présidente de AAIDA, la dépigmentation artificielle encore appelée dépigmentation cosmétique volontaire (DCV) est une pratique qui consiste à obtenir un éclaircissement de la peau par l’utilisation de produits topiques (application locale) ou injectables. Mais la plupart des produits dépigmentant (PD) sont des médicaments détournés de leur usage.

Selon un constat alarmant, depuis 1950, date de son apparition, la DCV s’est considérablement développée, retrouvée pratiquement sur tous les continents avec des fréquences variables. La prévalence est plus élevée en Afrique subsaharienne et en Asie mais elle est également  rapportée au Maghreb.

Dans une étude menée par Peltzer K et al, la prévalence  globale de la DCV au cours des 12 derniers  mois était de 24,5%. Elle variait selon les pays, allant de 0% en Turquie et en Guinée Bissau à 83,8% en Thaïlande . Elle affecte une partie importante de la population féminine de tous les âges (éduqués, analphabètes, mariés et célibataires).

Sur le plan national, au Sénégal, des études récentes menées à Kaffrine et aux Parcelles assainies et à Pikine  ont retrouvé en population générale des prévalences de 62% et 58% et 71% respectivement.

Mais surtout, alerte le Pr Fatimata Ly, outre la fréquence élevée de cette pratique, le coût économique, la morbidité et la mortalité qu’elle engendre contribuent à son importance sur le plan épidémiologique. Ainsi, les complications de cette pratique intéressent pratiquement toutes les spécialités médicales et chirurgicales sans compter l’addiction et le retentissement sur le plan sociologique et sociétal.

A cela s’ajoutent des complications dermatologiques en zones tropicales qui sont dominées par les infections fongiques (mycoses superficielles), parasitaires (gale), bactériennes en particulier les dermohypodermites bactériennes (DHB) des membres inferieures pour lesquelles une étude cas témoins multicentrique menée en Afrique subsaharienne a clairement établi la DCV comme facteur de risque

Mais la DCV a également un impact sur la santé de la reproduction avec une fréquence élevée des infections génitales chez la femme. De plus, une accentuation de la pratique est rapportée chez les femmes enceintes et les retards de cicatrisation des plaies opératoires des césariennes et les infections des sites opératoires sont bien connues du personnel médical.

Un coût important en termes d’économie

Car, dans une étude menée à Dakar, une fréquence de plus de 60% de la DCV a été rapportée chez les femmes enceintes. En outre, les auteurs avaient retrouvé une association entre un faible poids de naissance des nouveaux –nés, un placenta plus petit et l’utilisation des PD. Tous ces paramètres constituent des marqueurs de susceptibilité aux infections chez le nouveau-né.

Et pour un pays à faible revenu comme le Sénégal, toutes ces complications ont un coût important en termes d’économie de la santé. C’est ainsi qu’une étude réalisée en 2013, dans un service de Dermatologie à Dakar révélait qu’environ 19% du revenu des ménages était consacré à l’achat de ces produits et à la prise en charge des complications dermatologiques liées à cette pratique.

Ce coût n’avait pas pris en compte les nouveaux produits comme le glutathion beaucoup plus onéreux puisque la somme totale dépensée pour obtenir l’éclaircissement souhaité varie de 250 mille à 450 mille F CFA.

Michel DIEYE

Rédacteur

Michel DIEYE

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