Avis de Mamour Niang, membre du Conseil des Entreprises du Sénégal (CDES) : Le Maroc dans La CEDEAO, Miel ou Fiel

Le 24 février 2017, le Royaume du Maroc exprime sa volonté d’intégrer la CEDEAO par une demande officielle. Le 04 juin 2017, à Monrovia, les chefs d’Etat de la communauté donnent leur accord de principe. Le 16 décembre 2017, l’entrée du Maroc sera officialisée lors du sommet qui se tiendra au Togo. Tout compte fait, le Royaume Chérifien sera membre de la CEDEAO en 2018.

La première conséquence qui en découle sera la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Certains analystes parlent d’ouverture de marché pour le Maroc et théorisent du coup l’entrée d’un « rapace » dans la basse-cour. A contrario, 300 millions de ouest-africains auront une plus grande ouverture sur le Maroc (avec ses 100 milliards de dollar de PIB), soit pour y travailler ou y exporter des biens et services ; étant entendu qu’il faudra impérativement veiller à ne pas laisser le Maroc ériger un plafond de verre !

Le développement économique au 21ème siècle passe par les grands ensembles. Il revient alors à chaque Etat d’utiliser ses atouts pour avoir au sein du groupe un positionnement qui le rende incontournable afin de tirer le meilleur parti de cette union. Dans cette perspective les rôles sont partagés. Chaque Etat devra agir comme un lièvre et créer le cadre législatif et réglementaire adéquat. Les privés, quant à eux, devront rivaliser d’ardeur et faire preuve d’ingéniosité et de créativité pour mettre en place des entreprises rentables et compétitives. Du point de vue macroéconomique, l’union devra ressembler à un puzzle dont chaque Etat détiendra une pièce. C’est le cas des grands ensembles qui ont connu de grands succès économiques et politiques.

L’adhésion du Maroc va sans doute offrir à la CEDEAO l’opportunité d’atteindre une taille critique mais également d’acquérir les moyens nécessaires pour achever sa maturité grâce à une meilleure capacité à financer ses programmes.
Le semblant de verrou que constitue l’appartenance à l’Afrique de l’Ouest doit sauter dès à présent afin que l’organisation revête un caractère régional avec une perspective plus large voire panafricaniste.

L’OUA et Union Africaine se fondent d’ailleurs sur la théorie des cercles concentriques des pères fondateurs, en particulier le Président poète Léopold Sédar Senghor. Cette volonté d’intégration africaine par parties explique la création de 08 Communautés Economiques Régionales. La seconde étape sera assurément d’intégrer ces 08 communautés pour arriver à un seul et unique marché africain.

Selon le traité instituant la CEDEAO signé en 1975 et révisé en 1993 : les membres de la communauté sont les Etats qui ratifient le traité. (Article 2 ; alinéa 2)
Il faudra cependant concéder aux détracteurs que les chefs d’Etat ont donné leur accord avant de commanditer une étude d’impact. Qu’à cela ne tienne. Il revient aux acteurs de s’organiser pour tirer le meilleur parti de cette entrée.
Nous vivons dans un monde planétaire où le décloisonnement des espaces économiques est inéluctable. Le continent finira par constituer un marché unique… La question c’est juste le terme.

Au-delà de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO, il faudra dès à présent mettre en perspective celle de géants comme l’Egypte ou la Tunisie pour créer une entité significative face aux grands ensembles du monde occidental (Union Européenne, ASEAN, etc.). Dans cette foulée, il faut garder à l’esprit le cas de la Mauritanie dont l’adhésion s’est soldée par un échec avec le retrait intervenu en 2000. La CEDEAO a-t-elle tiré les bonnes leçons de cette expérience malheureuse ?
Il revient au secteur privé des pays de l’Afrique de l’ouest de sortir de sa torpeur en mettant en place les stratégies appropriées pour que les prochaines configurations lui soient bénéfiques.

Deux volets sont à prévoir :
– pour les PME, les problèmes identifiés ont pour noms : difficultés de trésorerie et capacitation des acteurs. D’une part, le Secteur privé doit, en accord avec les Etats, mettre en place un système de garantie accessible aux PME pour leur permettre de financer leurs activités ; c’est le cas du FONGIP, même si dans la pratique des efforts de redimensionnement restent à faire pour les très petites entreprises (TPE). D’autre part, il faudrait mieux contrôler le transfert de technologies en proposant à l’Etat des programmes de formation des acteurs qui mettent en œuvre une culture scientifique appliquée.

Cela permettra de garantir aux entreprises une main d’œuvre qualifiée, étant entendu que le jour où les frontières seront complètement ouvertes la main d’œuvre ne sera plus importée quelque soit le secteur d’activité.
– et pour les grandes entreprises, il faut une large concertation des acteurs pour procéder à une exégèse sans complaisance des difficultés qui minent les entreprises.

Enfin, les dirigeants des grandes entreprises sénégalaises doivent s’impliquer dans la conduite des affaires du Patronat. Cela servira de modèle et d’émulation pour les autres acteurs qui ont besoin de s’identifier.
Les pays dont le Patronat n’opérera pas cette mue seront relégués au rang de pays consommateurs où les revenus seront essentiellement distribués par l’administration, les multinationales et les PME évoluant dans la sous-traitance.

Mamour Niang
Directeur Général Sahel Technology
Membre du Conseil des Entreprises du Sénégal (CDES)

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

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