Autre forme de prostitution: Quand « driankés » et professionnelles du sexe payent à leur manière certains taximen

Les chauffeurs de taxi qui sillonnent durant la nuit  les artères de Dakar et sa banlieue à la recherche de clientèle couche-tard, tombent parfois sur des clientes bien particulières. Ils indexent « driankés » (dames aux formes généreuses) et prostituées de verser dans une pratique…renversante. Mais pourtant du camp opposé, il nous parvient un autre son de cloche.

 

Une partie de plaisir en lieu et place du prix du trajet voilà un nouveau moyen de paiement bien particuliers.  Oui, aujourd’hui, au gré des échanges avec des chauffeurs, il apparait que les prostituées et les « driankés » (ou dames aux formes généreuses) sont très indexées dans cette pratique qui s’accentue de plus en plus à Dakar. Les prostituées et les « driankés » louent les services des conducteurs de taxis en les proposant à l’arrivée de les payer en nature. Lactuacho en a fait son Grand Reportage.

Le déclic de ce dossier nous est venu d’un fait presque anodin, mais qui a fait tiquer votre serviteur. Revenant de la Médina un soir vers les coups de 23 heures, notre regard a été attiré par le tas impressionnant de gris-gris et autres fétiches qui surplombaient le tableau de bord du véhicule de notre taximan. Nous lui avons alors fait la remarque de ce tableau pas joli du tout, et que les gris-gris à notre humble connaissance sont faits pour être portés.

L’homme que nous surnommeront Ngagne, nous présentera ses excuses laissant sous entendre que certaines ‘’raisons’’ l’empêchent de porter ses talismans. Après quelques d’hésitations, il se décide enfin à partager avec nous le pourquoi de cette situation.

« Grand, imagine que tu soit tombé d’accord avec une femme belle et respectable, qui te semble assez aisée pour une journée de course. Tu es à son service de 10 heures du matin à presque onze heure du soir. A l’arrivée dans une partie de sa grande maison, elle fait semblant de se fâcher parce qu’elle t’a servi à boire et veut  en faire de même pour le diner, mais pressé de rentrer tu déclines sa ‘’gentillesse’’, pour réclamer ton dû. Car à part le prix de l’essence, elle n’avait rien remis. Finalement, elle te demande d’attendre un instant pour qu’elle aille cherche l’argent. Elle met du temps mais revient en tenue très légère, avec un billet de 5 000 francs FCFA. Elle se fait provocante avant de lâcher qu’elle n’a que ce billet et …sa personne, pour payer ».

Ngagne, fin comédien ou réellement désolé, remue ensuite tristement sa tête avant d’ajouter :

« Grand, je suis marié. Cela fait plus de dix ans que je suis à Dakar, mais jamais je n’avais commis l’adultère, mais voilà, il fallait que cela m’arrive aujourd’hui. Pourtant beaucoup de mes collègues m’avaient parlé de ce phénomène, mais c’est pour la première fois que je vis ce fait… »

A travers ses confidences, transparaît un nouveau phénomène de société que beaucoup de ses collègues ont vécu.

Ce mardi de début de canicule, il est 22 heures en plein centre ville, heure à laquelle Dakar brille de mille feux avec ses lampadaires à l’image des grandes villes européennes.

En ce moment, la circulation est moins dense contrairement à la matinée qui enregistre ses lots d’embouteillages monstres. Votre serviteur a en profité pour creuser le sujet qu’on lui avait soufflé depuis belle lurette. A leur point de stationnement, interpellés, certains chauffeurs s’entre-accusent avant de désigner un de leur collègue pour parler de ce phénomène.

« Les prostituées n’ont aucune gêne à te proposer à la place du prix du transport une partie de plaisir », avance l’un d’entre-deux avant qu’un autre ne franchissent le pas.

« Un soir, j’avais pris deux prostituées qui  revenaient certainement de chez des clients. Très bruyantes, elles ont animé le trajet avec toutes sortes discussions comme si elles étaient en plein jour. Une fois à destination, elles m’ont demandé de monter dans leur appartement pour me payer. Ce n’est pas tellement rassurant, mais voilà, je les ai suivies. Leur habitat était vraiment luxueux. Apparemment, elles ne se plaignaient de rien. L’une d’elle m’a offert une canette de jus de fruit, le temps que l’autre dans sa chambre ne récupère l’argent. Du moins c’est ce que je croyais… », témoigne M.B. un taximan noctambule.

«Elles m’ont  montré des chèques en me disant qu’elles ne peuvent les toucher que le lendemain et si je pouvais revenir sinon à défaut, je peux choisir l’une  d’entre elles pour une partie de jambes à l’air. Tu sais un homme restera toujours un homme…Finalement, j’ai passé un bon moment avec toutes les deux. Ensuite, on a mangé ensemble. Depuis, on a tissé des relations de travail, elles ont pris mon numéro  pour souvent louer mes services. On est devenu de véritables amis » ajoute-il.

Cette forme de prostitution semble bien courante, mais des fois ces femmes peuvent tomber sur un os, comme on dit. Car un autre taximan toujours dans le cadre de notre enquête nous confiera plus tard: «  Certaines ‘’driankés’’ ont aussi l’habitude de s’adonner à de telles pratiques. Un jour, j’ai failli en venir aux mains avec une ‘’drianké’’ qui avait loué mes services et au finish, elle me proposait une partie de plaisir. Je lui ai signifiée que je ne suis pas ce genre d’hommes. Elle a insisté et voulait me pousser à l’acte. Je l’ai menacée et je lui ai dit que si elle ne me payait pas, j’allais l’amener à la police. Sachant que je ne badinais pas, elle a fini par me donner mon argent en abreuvant d’injures à sa descente de la voiture ».

« Moi, j’ai eu aussi une petite altercation avec une vieille dame qui me proposait ces genres de choses intervient un certain Sall. Je l’ai abreuvée d’injures en lui disant qu’elle pouvait être ma grand-mère, c’est ce qui l’avait vexée ».

Et si elle était belle et jeune, nous demandons-nous intérieurement.

La réplique du camp adverse

Du coté de certaines professionnelles du sexe, c’est une autre version qui nous est opposée. Elles accusent les conducteurs de taxi d’être porteurs de ces genres de propositions.

« Dés que tu dis que tu n’as d’argent dans ton porte-monnaie, que tu vas payer à l’arrivée, ce sont eux, les conducteurs de taxi te proposent une partie de plaisir. C’est pourquoi certaines d’entre nous versent dans la facilité. Je l’ai vécu car un jour, j’avais perdu mon porte-monnaie. Et lorsque je l’ai dit au conducteur de taxi, il m’a répondu qu’on  pouvait régler l’affaire avec une partie de jambes en l’air », confie une prostituée.

Une autre prostituée de confier : « Parfois le travail ne marche bien. Comme ces temps-ci, l’argent ne circule pas, tu te retrouves avec  une somme qui ne peut même pas assurer ton transport. Dans ce cas, tu es obligée de payer en nature les conducteurs de taxi ».

Avec les « Driankés » dont parlent les chauffeurs, recouper l’info est quasiment impossible. Bien que certaines d’entre-elles sont facilement identifiables car évoluant à certaines heures et dans des secteurs ciblés, elles sont pour la plupart dans l’informel de cette profession. Elles sont des prostituées déguisées et refusent ou s’offusquent quand on leur parle de cette pratique.

 

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

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