VIH/Sida : les diagnostics tardifs préoccupent encore les spécialistes qui veulent renforcer dépistage, traitement et recherche

Alors que les indicateurs du VIH/Sida évoluent globalement à la baisse au Sénégal, des spécialistes alertent sur la persistance de diagnostics tardifs. Un atelier réunissant des experts africains entend réfléchir aux stratégies de prise en charge, de prévention et de recherche autour des infections opportunistes.

« On continue toujours à voir, dans nos structures de santé, des personnes à un stade avancé du Sida. » Le constat est dressé par le Pr Ndèye Coumba Touré Kane, microbiologiste, à l’occasion d’un atelier de réflexion consacré à la prise en charge du VIH/Sida.

Pour la spécialiste, cette situation mérite une réflexion approfondie alors que les acteurs de santé parlent désormais d’une perspective d’élimination du Sida. Elle estime que la présence de patients arrivant encore dans les structures sanitaires à un stade avancé constitue un problème auquel il faut apporter des réponses adaptées.

Pendant trois jours, des experts venus de plusieurs pays doivent ainsi examiner les stratégies thérapeutiques, les méthodes de diagnostic, la prise en charge des patients ainsi que les aspects liés aux sciences sociales.

Quatre ateliers sont prévus dans le cadre de cette initiative. Ils doivent permettre d’approfondir plusieurs problématiques et d’identifier des pistes de recherche adaptées au contexte africain.

Une place importante accordée aux jeunes chercheurs

L’une des particularités de la rencontre réside dans la participation de jeunes professionnels. Vingt jeunes venus de différents pays africains ont été sélectionnés pour prendre part aux travaux.

Le Pr Ndèye Coumba Touré Kane explique que cette démarche vise à préparer la relève et à renforcer les compétences nécessaires à la prise en charge des patients. Les réflexions issues des ateliers devraient ensuite être approfondies dans le cadre de groupes de travail afin de faire émerger des projets de recherche portant notamment sur les infections opportunistes liées au Sida.

Concernant la situation épidémiologique, la microbiologiste indique que les résultats évoluent globalement dans une tendance baissière au Sénégal, tout en soulignant que l’épidémie reste concentrée.

Elle insiste également sur l’importance de maintenir les efforts de prévention auprès des jeunes, particulièrement les 15-24 ans dans certaines populations ciblées.

« On commence, aujourd’hui, on continue »

Sur le traitement antirétroviral, le message de la spécialiste est celui de la continuité. Elle rappelle qu’une personne sous traitement doit poursuivre sa prise en charge et ne pas interrompre ses médicaments.

Selon elle, lorsque le traitement est correctement suivi, une personne peut, après plusieurs mois, ne plus transmettre le virus. Mais cette efficacité repose sur la continuité thérapeutique, insiste-t-elle : « On n’arrête pas le traitement. On commence, aujourd’hui, on continue. »

Professeure à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la Pr Ndèye Coumba Touré Kane est également coordonnatrice Sud de l’Agence nationale de recherches sur le Sida et les hépatites virales au Sénégal.

Le Pr Maxime Hentzien, spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Reims, souligne pour sa part l’intérêt des échanges entre experts confirmés et jeunes chercheurs, notamment autour des infections opportunistes qui, selon lui, ne devraient plus être observées dans certaines situations.

Avec Vox Populi

Oumou Khaïry NDIAYE
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