Taxe sur le Mobile Money : un pari budgétaire risqué pour l’inclusion financière du Sénégal

En instaurant une taxe sur les transactions financières électroniques, l’État sénégalais cherche à mobiliser de nouvelles ressources budgétaires. Mais cette mesure soulève de vives inquiétudes au sein d’un secteur clé de l’inclusion financière et de l’économie informelle.

Depuis octobre 2025, les Sénégalais sont soumis à une taxe sur les services financiers numériques, en application de la loi n°2025-17 du 27 septembre 2025 modifiant le Code général des Impôts. Selon Agence Ecofin, cette réforme, signée par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, vise à renforcer la mobilisation des ressources internes dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.

La mesure repose sur deux prélèvements majeurs : une retenue à la source de 0,5 % sur les paiements reçus par les commerçants via des solutions électroniques, et une taxe de 0,5 % sur les transferts d’argent, plafonnée à 2 000 FCFA par transaction. Plusieurs exonérations ont toutefois été prévues, notamment pour certains retraits en espèces, les virements bancaires classiques, ou encore les paiements de salaires et de bourses.

Engagé dans un plan de redressement économique et social 2025-2028, l’État espère ainsi mobiliser près de 230 milliards FCFA sur trois ans pour financer l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».

Cependant, Agence Ecofin souligne que cette taxe pourrait freiner un secteur qui a profondément transformé l’économie sénégalaise. En 2024, le taux de pénétration du Mobile Money atteignait près de 198 %, contre une bancarisation traditionnelle toujours marginale.

Les expériences menées dans des pays comme la Tanzanie ou le Ghana montrent que ce type de taxation peut provoquer une baisse significative des transactions et des recettes inférieures aux prévisions initiales.

Craignant des effets similaires, les professionnels des TIC alertent sur un possible renchérissement du coût de la vie et un retour aux paiements en espèces, au détriment de l’inclusion financière et de la dynamique numérique régionale soutenue par la BCEAO.

Momar Diack SECK
Up Next

Related Posts