Restrictions de visas des États-Unis : au nom de la diaspora, Boubacar Sèye appelle l’Afrique à une réponse unie et souveraine

Face aux nouvelles restrictions de visas imposées par les États-Unis à plusieurs pays africains, le chercheur et consultant en migrations internationales Boubacar Sèye appelle à une réaction africaine concertée. Pour le président de l’ONG Horizon Sans Frontières, ces mesures traduisent une vision inégalitaire de la mobilité mondiale et exigent une réponse politique digne et collective.

Article :
Boubacar Sèye, fervent défenseur des droits de la diaspora africaine et président d’Horizon Sans Frontières, a vivement réagi à la décision des autorités américaines de durcir l’octroi de visas à l’égard de plusieurs pays africains. Selon lui, ces restrictions ne sauraient être perçues comme de simples ajustements administratifs, mais bien comme un signal politique fort révélateur d’un déséquilibre profond dans les relations internationales.

Pour le chercheur en migrations internationales, les arguments sécuritaires ou administratifs souvent avancés masquent une réalité plus préoccupante : une vision sélective de la mobilité mondiale, dans laquelle les citoyens africains sont trop souvent considérés comme des migrants indésirables, plutôt que comme des étudiants, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs ou diplomates légitimes.

Les conséquences de ces restrictions sont, selon Boubacar Sèye, multiples et profondes. Elles pénalisent directement les étudiants africains en quête de formation, les universitaires et chercheurs engagés dans la coopération scientifique, les entrepreneurs et investisseurs porteurs de projets, ainsi que les familles séparées par les frontières. Au-delà des impacts individuels, ces mesures portent atteinte à l’image de l’Afrique sur la scène internationale et renforcent un sentiment d’injustice et d’humiliation, en contradiction flagrante avec les discours officiels de partenariat et de respect mutuel.

Boubacar Sèye estime par ailleurs que les réponses individuelles, menées pays par pays dans la discrétion diplomatique, ont montré leurs limites. « Les mesures unilatérales appellent des réponses multilatérales », soutient-il, soulignant que tant que l’Afrique restera divisée, elle continuera d’être traitée comme un acteur secondaire et peu audible dans les grandes décisions mondiales.

À l’inverse, il rappelle que l’histoire récente démontre la capacité du continent à peser lorsqu’il parle d’une seule voix, notamment sur les questions du climat, de la dette ou de la réforme des institutions internationales.

Face à cette situation, le président d’Horizon Sans Frontières appelle à une riposte africaine coordonnée, articulée autour de plusieurs axes : l’adoption d’une position officielle concertée portée par l’Union africaine ou les organisations régionales, l’ouverture d’un dialogue politique ferme avec les autorités américaines fondé sur la transparence, le respect et la réciprocité, ainsi que l’examen de mesures diplomatiques de réciprocité lorsque cela s’avère nécessaire. Il plaide également pour le renforcement de la coopération Sud-Sud afin de réduire la dépendance à des espaces de mobilité de plus en plus fermés.

Pour Boubacar Sèye, la question dépasse largement le cadre migratoire. Elle touche à la dignité des citoyens africains, qu’il considère comme un principe non négociable des relations internationales. « La mobilité n’est pas un privilège accordé arbitrairement, mais un levier de développement, de connaissance et de paix », affirme-t-il, dénonçant la contradiction consistant à restreindre l’accès des Africains au monde tout en sollicitant leurs ressources, leurs marchés et leur coopération.

En appelant à une réaction collective face aux restrictions de visas américaines, Boubacar Sèye insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un acte de confrontation, mais d’un acte de maturité politique. Une telle démarche, selon lui, marquerait une étape décisive vers une diplomatie africaine plus affirmée, solidaire et souveraine.
« L’Afrique doit parler d’une seule voix. Et cette voix doit se faire entendre », conclut-il.

Michel DIEYE

Author

Michel DIEYE

Up Next

Related Posts