Prendre le bien des victimes de la répression de l’ancien régime en urgence Par Khady Gadiaga

Je vous invite à une réflexion collective !

Suffit-il de « penser positif » pour faire venir le bonheur quand tout s’écroule autour de soi ?

Peut-on ordonner à son mental d’être joyeux quand le cœur n’y est pas ?

Je présume qu’il faut avoir connu une expérience de déréliction, d’anéantissement possible, et plus encore avoir gardé un certain accès à cette expérience-là, si lointaine qu’elle soit, si ravageante qu’elle ait pu être pour appréhender à quel point le sentiment  d’abandon et d’injustice dénotent d’une certaine névrose. Aurait-on vécu, d’aventure, une réactualisation récente de cette expérience d’abandon dans notre histoire proche, que cela pourrait faire pont et faciliter la rencontre, mais tout aussi bien se dresser comme un mur infranchissable entre soi et les autres.

Mais produire du bien-être plus que de la richesse, n’est-ce pas le but ultime de tout gouvernement ?

À l’heure où la dépression et la désespérance gagnent les rangs des victimes de la répression perpétrée par l’ancien régime de Macky Sall, un changement de paradigme est nécessaire.

 

L’analyse des facteurs venant contrarier le bonheur, vient pointer du doigt un malaise social croissant sur fond de paupérisation galopante, de fragilisation des relations familiales, de violence assumée sur les médias sociaux,  de lenteur de la justice à traiter ces abus qui exacerbent la frustration et le ressentiment de la population.

Tout cela s’ajoute aux frustrations liées au dysfonctionnement du système judiciaire, dont les conséquences fâcheuses ont érodé la confiance du public et mis en évidence le besoin urgent de réformes et de modernisations profondes pour restaurer l’intégrité, l’impartialité et l’efficacité du système judiciaire sénégalais.

 

Sur tous ces points, l’éventail des références est tellement ouvert qu’on imagine mal un contrôle sérieux des dites références et moins encore une intégration satisfaisante dans une analyse cohérente. Dépasser le listage de corrélations et son aspect «mécano» exigerait un travail sociologique considérable !

 

On a l’habitude de dire qu’il faut prendre son mal en patience mais n’est- il pas plutôt temps pour nos pouvoirs publics de prendre le bien des citoyens en urgence?

Nombreuses sont les victimes de la répression meurtrière du régime de Macky Sall.

Pas moins de 80 jeunes sont tombés sous les actes de répression des FDS et 2000 détenus arbitraires au bas mot, victimes pour certaines, de maltraitance et de tortures ont connu les geôles surpeuplées de Rebeuss.

On entend par « victimes » des personnes qui, individuellement ou collectivement, ont

subi un préjudice, notamment une atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une perte matérielle ou une atteinte grave à leurs droits fondamentaux.

Être victime, c’est aussi avoir perdu la confiance dans l’autre qui a agressé et dans l’Etat qui n’a pas protégé. Dès lors la victime, sa famille et ses proches sont dans une attente forte et multiple dépassant le seul procès pénal : la reconnaissance sociale de leur état de victime et surtout l’accès à un véritable soutien avant, pendant et après le procès pénal.

Le dégel suivi de la loi d’amnistie a permis leur élargissement de la prison et pourtant, le changement de régime qui s’en est suivi n’a pratiquement rien changé dans leur quotidien.

Leur accueil, l’aide, le soutien, les réponses qu’elles reçoivent sont encore très éloignés de ce qu’elles seraient en droit d’attendre.

Si la compassion, la solidarité des sénégalais en direction des victimes s’expriment fortement chaque fois que des faits marquants saisissent l’opinion, l’aide aux victimes n’est pas encore pour autant une cause nationale qui mobilise de façon massive, régulière et permanente tant les pouvoirs publics que l’ensemble de la société. Elle doit le devenir.

 

Cette relative inertie peut paraître étonnante dans notre pays puisqu’il s’agit de garantir à tous des droits fondamentaux qui relèvent à part entière des Droits de l’Homme.

Ces enjeux sont d’abord humains, puis sociaux et médicaux. Ils appellent tous une réponse républicaine faisant de l’Etat, le maître d’œuvre d’une politique publique d’aide aux victimes.

Le droit à réparation d’un préjudice subi, le droit à la restauration d’une situation dégradée qu’on n’a pas choisie, que ce soit sur le plan matériel, physique, psychologique ou moral, ces droits font incontestablement partie des valeurs fondamentales liées à la personne humaine.

Si nos leaders politiques peuvent jouir sereinement de l’exercice du pouvoir aujourd’hui, c’est parce que des sénégalais nourris au patriotisme et épris de liberté ont bien voulu confronter le monstre au prix de leur vie et de leur intégrité physique et psychique.

Certes, la vie politique, la complexité du pouvoir, les aléas de la conjoncture peuvent imposer à nos gouvernants des virages et des compromis, mais il y a un seuil qu’ils doivent toujours refuser de franchir: celui de la négation des principes de justice et de solidarité.

L’homme politique fait l’histoire et refuse d’être le suiviste des statu quo et statu quo ante, car il imprime sa force de caractère idéelle aux structures dont il s’empare pour accomplir le destin collectif pour le bien de tous.

Et à cet effet, nos pouvoirs publics doivent s’attacher à la constitution d’un maillage systématique du territoire national par les services d’aide aux victimes ou par d’autres structures comme les centres thérapeutiques post-traumatiques. Il convient également d’organiser l’accueil des victimes dans tous les services publics.

Les besoins sont complexes et les acteurs privés et publics, à solliciter sont nombreux.

 

L’Etat doit définir une véritable armature cohérente  s’attachant à ce que toute victime, quels que soient son lieu d’habitation, son origine, ses préjudices, bénéficie de tous ses droits et de l’attention qui lui est due.

Aujourd’hui, l’urgence est double. D’une part, il faut intégrer dans tous les ministères et services publics concernés le réflexe de l’aide aux victimes. D’autre part, il convient d’organiser la coordination des actions entreprises ou à entreprendre à l’échelon national, par la mise en place d’un dispositif cohérent à l’échelon du département et au plus près des citoyens. Le temps n’est plus à la stimulation d’actions ponctuelles ou innovantes.

L’urgence est à la généralisation d’une prise en charge, bien sûr librement consentie, des

victimes et de leurs droits.

 

Il s’agit là d’un devoir de réparation dont la Nation doit s’acquitter envers tous ceux-là qui espèrent réparation.

Les services publics, qu’il convient de motiver et de coordonner, seront en mesure de répondre à la nouvelle mission qui leur est assignée, à la condition que soient dégagés les moyens financiers supplémentaires pour y faire face. Les caisses noires de nos institutions républicaines pourront y pourvoir.

Cette démarche suscitera les changements institutionnels nécessaires pour accompagner

l’action positive autour de l’aide et de l’assistance des victimes. Enfin, elle se fixera la contrainte d’une évaluation exigeante des objectifs et des moyens.

 

Jummah Mubarak à toutes et à tous

 

K.G 29 août 2025

Dieyna SENE
Up Next

Related Posts