Dans un long post publié sur Facebook, Pathé Baïla Barry, étudiant en journalisme au CESTI et résident du pavillon F de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, livre un témoignage poignant sur les violences survenues le 9 février 2026 au sein du campus social. Il évoque des scènes de brutalités, des étudiants blessés et la mort de son camarade Abdoulaye Bâ.
Le récit est brut, sans filtre. Pathé Baïla Barry, étudiant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), affirme avoir vécu « au plus profond de sa chair » les violences qui ont secoué le campus de l’UCAD le lundi 9 février 2026.
Réveillés par les gaz lacrymogènes
Selon son témoignage, tout commence dans la matinée, aux alentours de 10 heures. Alors qu’il avait choisi de rester dans sa chambre pour des raisons de sécurité, les tirs de gaz lacrymogènes l’auraient brutalement réveillé, ainsi que ses camarades.
« Les couloirs de nos pavillons devenaient le champ de tir des FDS », écrit-il, décrivant une atmosphère devenue rapidement irrespirable. Réfugiés dans les toilettes, pieds nus et torse nu, les étudiants tentent d’échapper à la fumée envahissante.
Dans l’après-midi, la tension monte d’un cran. Depuis la fenêtre de leur chambre au pavillon F, ils assistent à l’intervention des forces de défense et de sécurité (FDS) au pavillon B voisin. L’étudiant affirme avoir vu des camarades « attrapés un à un, frappés et emmenés vers les fourgonnettes ».
La porte brisée, la chambre investie
Lorsque les forces de l’ordre se dirigent vers le pavillon F, la panique s’installe. Pathé Baïla Barry et ses co-chambrés barricadent leur porte avec un lit et une table. En vain. La serrure cède rapidement sous les coups.
« Ouvrez la porte, sinon on va vous jeter des lacrymogènes », auraient lancé les agents, selon son récit. Les étudiants finissent par céder. À l’intérieur, il décrit la présence d’un nombre impressionnant de policiers, armés de bâtons, boucliers, fils électriques, extincteurs ou encore pierres.
Les coups pleuvent. Les étudiants descendraient les escaliers « comme des moutons », encerclés à la sortie du pavillon, où, selon lui, un cercle de policiers aurait été formé pour ralentir toute tentative de fuite.
Blessés et scènes de violence
Dans son post, l’étudiant cite plusieurs camarades grièvement blessés :
- Amadou Bilo Diallo, blessé à la tête et au pied ;
- Ndiogou Faye, présentant des traces de coups au dos ;
- Babacar Diouf, évacué en urgence à l’Hôpital Abass Ndao pour un œil gravement atteint ;
- Paul Diouf et Ibrahima Diouf, également touchés.
Lui-même affirme avoir été violemment frappé avant d’être embarqué dans une fourgonnette, où il évoque insultes, intimidations et nouvelles violences. « Vous n’avez encore rien vu », lui aurait lancé un policier.
Il affirme également que des étudiantes du pavillon H, escortées par la Croix-Rouge, n’auraient pas été épargnées, évoquant des coups et des attouchements.
Un campus saccagé, un hôpital débordé
Relâché après une trentaine de minutes, il trouve refuge chez un ami avant de retourner au pavillon F, qu’il dit avoir retrouvé saccagé et partiellement incendié.
Au service médical du COUD, il décrit un hôpital débordé, sans places assises, où les étudiants blessés affluaient. « On n’a pu manger qu’à l’hôpital », précise-t-il, évoquant une journée entière sans nourriture, avant quelques morceaux de pain distribués sur place.
La mort d’Abdoulaye Bâ
C’est à l’hôpital que les étudiants apprennent le décès de leur camarade Abdoulaye Bâ, qui n’aurait pas survécu à ses blessures. Une annonce qui, selon le témoin, a plongé le campus dans la stupeur.
« La violence, physique et morale, nous l’avons vécue au plus profond de notre chair », conclut-il, dénonçant également une communication gouvernementale qu’il juge manipulatrice au lendemain des faits.
Pathé Baïla Barry affirme enfin que des images détaillées des événements existeraient et pourraient, selon lui, contribuer à établir « ce qui s’est réellement passé ».
Ce témoignage, largement partagé sur les réseaux sociaux, relance le débat sur la gestion sécuritaire des crises universitaires et la responsabilité des différents acteurs impliqués dans ces événements tragiques.

