Contribution au débat sur la dette du Sénégal : PRES vs PREFS ! Par Me Alassane Seck Expert financier

Face à une dette héritée d’au moins 119 % du PIB le Gouvernement du Sénégal a opté pour un Plan de Redressement Economique et Social – PRES qui exclut toute restructuration de la dette qui pourrait imposer des sacrifices aux populations par la baisse et/ou la suppression des subventions à la consommation des ménages les plus vulnérables.

Toutefois, la solution optimale à l’endettement du Sénégal exige le respect de trois exigences :

– exigence économique ;

– exigence financière ; et

– exigence sociale.

Pour prendre en charge ces exigences, nous suggérons un Plan de Redressement Economique

Financier et Social – PREFS.

Au plan économique l’endettement reste une option incontournable pour le financement du développement d’un pays surtout quand les ressources internes (impôts, taxes, droits de douanes) sont insuffisants pour couvrir les besoins de fonctionnement et d’investissement de l’État.

Toutefois tout endettement devrait respecter les quatre critères ci après :

– rentabilité des investissements financés ;

– équilibre financier par la soutenabilité à long terme de l’encours de la dette ;

– croissance par l’impact positif des investissements financés sur le taux de croissance; et

– risques: par la couverture des risques de change, de taux d’intérêt, de cours boursiers aussi bien pour les obligations d’Etat ainsi que le cours des matières premières.

Cela nécessite un choix optimal des investissements publics. Ce qui malheureusement n’est toujours pas le cas avec des investissements coûteux et peu rentables dont l’exploitation est souvent déficitaire et subventionnée sur ressources publiques.

Au plan financier, l’endettement doit respecter les critères de convergences auxquels le Pays s’est engagé en tant que membre de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Le taux d’endettement de 119 % devrait être ramené à au maximum 70 % du PIB avec un déficit budgétaire d’au plus 3 % du PIB.

Le taux de couverture de l’encours de la dette (principal + intérêts) par les recettes fiscales qui se situerait actuellement à environ 35-40 % du PIB devrait être contenue dans une fourchette de 15 à 20 % du PIB. Ainsi, l’État pourrait disposer d’une capacité de financement propre d’une bonne

partie des investissements nécessaires à la croissance du Pays et réduire le recours à l’endettement.

Au plan social, la finalité de la politique économique est d’impacter à la hausse le niveau de vie des populations par un relèvement de l’Indice de Développement Humain – IDH du Pays. Actuellement l’IDH du Sénégal (2022-2023) se situe dans la catégorie « faible développement » autour de 0.517.-

0.530 et se classe environ au 170 ème rang au niveau mondial. Ainsi, le Sénégal devrait viser la catégorie « développement élévé » à l’horizon 2035 à l’instar de Maurice ou des Pays du Magreb (Tunisie, Egypte, Algérie).

Dans ces conditions l’option d’une suppression des subventions aux ménages vulnérables et à l’agriculture serait dangereuse avec comme conséquences la paupérisation, le creusement des inégalités sociales et les risques de contestations voir de soulèvements populaires. Ainsi, l’État a raison de maintenir voir d’augmenter les subventions aux ménages sans préjudice du respect de ses engagements financiers envers les créanciers bi-multi-latéraux.

Cependant, le respect des engagements financiers hérités de l’ancien régime entraine des tensions de trésorerie préjudiciables au financement des besoins d’investissement de l’Etat même si ce dernier fait beaucoup d’efforts pour mobiliser plus de ressources internes en faisant un recours massif au financement domestique par appel public à l’épargne sur le marché financier sous régional.

Le phénomène de la spirale d’endettement, qui consiste à emprunter pour payer ses dettes, pourrait rattraper l’État à terme.

En conséquence, nous suggérons une solution optimale à l’endettement qui ne devrait pas exclure les options suivantes :

– la négociation d’abandon partiel de créances avec les bailleurs ;

– le rééchelonnement d’une partie de la dette ; et

– le rachat d’une partie de la dette souveraine par les fonds souverains arabes ou par la Chine.

Par ailleurs, pour le recours aux emprunts obligataires, nous suggérons le lancement d’une obligation dénommée « Térangabonds » que nous jugeons plus large et plus inclusive que les « Diasporabonds».

En même temps, il est impératif de réduire le train de vie de l’État et d’assurer :

– la rationalisation des agences et des directions générales des ministères ;

– l’audit du personnel de la fonction publique ;

– la mobilisation optimale des ressources financières internes avec l’optimisation du rendement fiscal : baisse des dépenses fiscales surtout des exonérations ;

– le recours à la solidarité nationale pour le financement participatif de certains projets sociaux ;

– l’élargissement de l‘assiette fiscale vers les secteurs minier (taux d’impôt sur les sociétés minières d’au moins 35 %), le foncier et le secteur informel ;

– l’amélioration de la gestion de la trésorerie publique avec l’optimisation du crédit commercial

Etat/Entreprise ; par exemple certaines entreprises grandes collectrices de TVA peuvent être assujetties à une déclaration de TVA par quinzaine au lieu d’une déclaration mensuelle ;

– l’élargissement de la collecte des dépôts et cautionnements auprès d’autres entités comme les agences immobilières ;

– améliorer le taux d’absorption des ressources extérieures qui est très faible avec près de 50 % pour les Pays africains ;

– l’encaissement rapide des recettes du Trésor avec notamment la réduction des délais de présentation des chèques à l’encaissement soit au plus tard dans les 48 heures.

Dakar, le 10 janvier 2026

Me Alassane Seck

Expert financier

Expert mandataire judiciaire agréé

Dieyna SENE
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