La question foncière revient au cœur du débat public avec une proposition de loi déposée par le député Tahirou Sarr. En s’appuyant sur des chiffres jugés vertigineux, l’élu dénonce une acquisition massive de terres par des entreprises et communautés étrangères, au détriment des populations locales et de la souveraineté nationale.
La révélation a de quoi donner le tournis. Dans une proposition de loi déposée sur la table du président de l’Assemblée nationale, le député Tahirou Sarr met en lumière ce qu’il qualifie de délinquance foncière à grande échelle, marquée par l’attribution d’immenses superficies de terres à des intérêts étrangers. Une situation qu’il juge d’autant plus préoccupante qu’elle accentue la marginalisation des populations locales et fragilise l’avenir agricole et territorial du pays.
Selon les éléments relayés par le quotidien Le Témoin, plusieurs multinationales étrangères bénéficieraient de concessions foncières colossales à travers le territoire national. Parmi elles figurent notamment Danone (France) avec 147 000 hectares dans la vallée du fleuve Sénégal, Senegindia (Inde) et Ovidi Tender (Roumanie) avec chacune 100 000 hectares respectivement dans le delta du Saloum et en Casamance, ou encore China Agricultural Development (Chine) à Tambacounda. D’autres groupes, indiens, américains, hollandais ou roumains, complètent une liste qui illustre, selon le député, l’ampleur du phénomène.
Dans son exposé des motifs, Tahirou Sarr observe que ces acquisitions massives entraînent une inflation du prix du foncier, une raréfaction des terres cultivables et rendent l’accès au logement et à l’agriculture de plus en plus difficile pour les citoyens sénégalais. À cela s’ajoute, souligne-t-il, un phénomène nouveau : la constitution de cités privées ou zones résidentielles fermées, notamment dans les zones de Tivaouane Peulh, Ndiakhirate et environs, devenues de fait inaccessibles aux nationaux.
Pour l’élu, la terre demeure une ressource stratégique fondamentale, indispensable à l’agriculture, à l’habitat, à l’industrialisation et à l’affirmation de la souveraineté nationale. D’où sa proposition de réserver l’accès à la propriété foncière exclusivement aux nationaux sénégalais, tout en transformant les titres fonciers détenus par des étrangers en droits d’occupation précaires et révocables.
La proposition va plus loin en interdisant, à compter de la promulgation de la loi, toute acquisition foncière directe ou indirecte par des personnes physiques ou morales étrangères, sans toutefois exclure les régimes de baux à long terme, concessions ou partenariats économiques impliquant des acteurs sénégalais, conformément à la législation en vigueur.
Pour Tahirou Sarr, dont les propos sont rapportés par Le Témoin, il s’agit d’un impératif historique : préserver l’héritage foncier pour les générations futures et empêcher toute concentration ou spéculation susceptible de porter atteinte à l’intérêt général.

