Le député Abdou Mbow, membre de l’opposition, s’en prend vivement à Ousmane Sonko au sujet des commissions d’enquête parlementaire annoncées sur l’affaire des 37 milliards de francs CFA liés à l’ASER et sur les fonds spéciaux des institutions. Dans une déclaration relayée par le quotidien Libération, il accuse le président de l’Assemblée nationale de transformer le contrôle parlementaire en instrument de règlement de comptes politiques.
Le ton monte autour des initiatives d’enquête annoncées à l’Assemblée nationale. Abdou Mbow dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation de l’institution parlementaire par Ousmane Sonko et sa majorité. Selon le député, la multiplication des annonces de commissions d’enquête, accompagnées de mises en cause publiques, risque de porter atteinte à la crédibilité du Parlement et à la séparation des pouvoirs.
Dans sa déclaration rapportée par Libération, l’élu rappelle que l’Assemblée nationale doit représenter la diversité du peuple sénégalais, voter les lois, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques. Elle ne saurait, selon lui, devenir une structure partisane ou un instrument destiné à exposer publiquement des adversaires politiques.
Le dossier ASER au centre de la controverse
Abdou Mbow conteste particulièrement l’annonce d’une commission d’enquête sur l’affaire des 37 milliards de francs CFA liés à l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Il estime qu’une enquête parlementaire ne devrait pas être engagée sur des faits faisant déjà l’objet d’une procédure judiciaire.
Le député invoque à cet égard l’article 54 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale ainsi que le principe de séparation des pouvoirs. À ses yeux, l’initiative annoncée risque de brouiller les rôles entre le Parlement et la justice, cette dernière étant chargée d’établir les responsabilités sur la base des faits et des preuves.
Il accuse ainsi Ousmane Sonko de chercher davantage à entretenir une confrontation politique qu’à éclairer l’opinion publique sur ce dossier. Ces affirmations relèvent de la position défendue par le député et ne constituent pas, en elles-mêmes, une décision sur la régularité juridique de la commission envisagée.
Les fonds spéciaux également visés
L’autre point de contestation porte sur la période retenue pour l’examen des fonds spéciaux des institutions. Abdou Mbow reproche à Ousmane Sonko d’avoir évoqué une enquête couvrant les années 2012 à 2021, laissant ainsi de côté la période postérieure à l’arrivée au pouvoir de l’actuelle majorité.
Le député rejette l’explication d’un simple lapsus avancée à la suite de la polémique. Il y voit un problème de cohérence et de transparence, estimant que les exigences de reddition des comptes doivent s’appliquer sans distinction de camp politique.
Dans une charge particulièrement virulente, il accuse également les parlementaires de la majorité de confondre les prérogatives du contrôle parlementaire avec celles des autorités judiciaires. Il appelle à un retour au respect du Règlement intérieur et des compétences respectives des institutions.
Au-delà de la polémique entre majorité et opposition, cette controverse pose la question des limites du contrôle parlementaire lorsque des faits sont déjà examinés par la justice. La légalité des initiatives annoncées et leur articulation avec les procédures judiciaires restent ainsi au cœur du débat politique.

