« Construire un commissariat dans un campus, c’est comme bâtir un enclos où l’on enferme hyènes et chèvres ensemble, en prétendant organiser la cohabitation »
Par Babou Biram Faye
Quand un pouvoir commence à vouloir installer un commissariat de police au cœur même d’un campus universitaire, ce n’est plus une politique de sécurité. C’est un aveu de faiblesse.
La proposition du Premier ministre Ousmane Sonko est sidérante. Elle révèle une vision inquiétante de l’Université : non plus comme un temple du savoir, mais, comme une zone à surveiller.
Construire un commissariat dans un campus, c’est comme bâtir un enclos où l’on enferme hyènes et chèvres ensemble, en prétendant organiser la cohabitation. L’Université est, par essence, un sanctuaire du savoir, un espace de débat, de contradiction et de liberté intellectuelle. Elle ne peut devenir une annexe administrative des forces de sécurité.
Oui, il existe des violences. Oui, il faut garantir la sécurité des étudiants, des enseignants et du personnel. Mais, la réponse à une crise académique ne peut pas être, exclusivement, policière.
L’histoire universitaire, ici comme ailleurs, montre qu’une présence permanente des forces de l’ordre au cœur du campus transforme la tension en confrontation structurelle.
Construire un commissariat dans un campus, c’est organiser la méfiance institutionnelle. C’est planter un symbole de coercition au milieu des amphithéâtres. C’est dire à la jeunesse : nous vous regardons d’abord comme un risque.
On nous parle de sécurité. Mais, quelle sécurité impose-t-on quand la solution politique devient systématiquement policière ?
À chaque crise sociale, la matraque. À chaque contestation, le gaz.
À chaque tension, la sirène.
L’Université n’est pas une caserne. Elle n’est pas une frontière à défendre. Elle n’est pas un territoire ennemi. Elle est un lieu de contradiction, d’effervescence, parfois, d’excès (oui), mais, surtout d’avenir.
Un État sûr de lui investit dans les bibliothèques, les laboratoires, les bourses, les logements universitaires et non dans les commissariats. Sinon, cet État fait preuve de fébrilité. Et ce serait dangereux.
On veut nous faire croire que la proximité policière apaisera les tensions. C’est l’inverse qui risque de se produire : la présence permanente des forces de l’ordre au cœur du campus transformerait chaque débat en face-à-face potentiel, chaque rassemblement en suspicion, chaque revendication en menace. Et demain ?
Des check-points à l’entrée des facultés ?
Des patrouilles dans les résidences universitaires ?
Des convocations pour opinion divergente ?
Un pouvoir qui installe la police dans l’Université envoie un message clair : il ne fait plus confiance à sa jeunesse.
La République ne se construit pas contre ses étudiants. Elle se construit avec eux.
Si l’on commence à bâtir des commissariats dans les temples du savoir, alors, il faudra bien admettre que ce n’est plus la jeunesse qui inquiète le pouvoir…
C’est la liberté.
BBF

