La crise estudiantine: quand la politisation empêche les solutions Par Souley Wade

La crise estudiantine au Sénégal n’est pas nouvelle. Elle traverse les régimes, se répète, s’installe, puis revient, presque selon le même cycle. Mais un élément constant complique chaque tentative de solution durable : la politisation extrême de la question universitaire.

À chaque alternance, le scénario semble se reproduire. Lorsqu’ils sont dans l’opposition, des acteurs politiques font de la cause estudiantine un levier de pression contre le pouvoir en place. Les revendications, pourtant légitimes sur le fond , conditions d’étude, bourses, logement, insertion professionnelle, deviennent alors des instruments de combat politique. Le soutien affiché est total, parfois sans nuance, et peut s’accompagner d’une tolérance implicite voire d’instrumentalisation effective teintée d’un discours radical qui fait le lit de la confrontation.

Historiquement, les mouvements étudiants ont souvent été des pépinières de leaders politiques et des fers de lance de mobilisations nationales. Cette tradition militante fait partie de l’histoire politique du pays. Mais elle a aussi eu pour effet de brouiller la frontière entre revendication sociale et stratégie politique.

Dans ce contexte, instaurer un dialogue serein devient extrêmement difficile. Chaque crise universitaire se transforme rapidement en crise politique. Chaque réforme est suspectée d’arrière-pensées. Chaque revendication est interprétée à travers le prisme des rapports de force nationaux.

La conséquence est paradoxale : les principes de bonne gouvernance: dialogue, planification, réforme structurelle, responsabilité budgétaire, peinent à s’imposer. Les solutions durables exigent du temps, de la méthode et des compromis. Or la logique politique privilégie l’urgence, les raccourcis, la pression et le rapport de force.

Le paradoxe le plus frappant apparaît lors des alternances. Ceux qui, hier, soutenaient sans réserve les mobilisations étudiantes lorsqu’ils étaient dans l’opposition, se retrouvent, une fois au pouvoir, confrontés aux mêmes crises et aux mêmes contraintes budgétaires et institutionnelles. Faute d’avoir contribué à construire des solutions structurelles, et ayant mis de l huile sur le feu, ils héritent d’un système qu’ils avaient eux-mêmes contribué à fragiliser.

Ainsi se perpétue un cercle difficile à briser : politisation → radicalisation → crise → réponse d’urgence → absence de réforme → nouvelle crise.

Pour en sortir, un préalable s’impose : que l’ensemble des acteurs politiques reconnaissent leur part de responsabilité. Un véritable mea culpa collectif est nécessaire pour ouvrir la voie à un dialogue national sincère et ouvert sur la question universitaire. Il s’agit d’abord d’une question de méthode et de recherche de consensus. Et cela passera nécessairement par un apaisement du champ politique.

La question universitaire doit pouvoir se libérer du joug politique et nécessite une vision nationale, de long terme.

C’est un test grandeur nature de notre capacité à faire primer l’intérêt général sur les considérations particulières et partisanes, et, hélas, c’est là que se révèle souvent la racine de notre sous-développement structurel.

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