Portrait de Vox populi- Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké Bachir (dit Serigne Moustapha Bassirou Mbacké) est une figure marquante de la Mouridya. Frère aîné (même père et même mère) de l’actuel Khalife Général des Mourides, Cheikh Mouhamadou Mountakha Mbacké Bassirou, il a consacré toute sa vie à faire rayonner l’Islam et propager les enseignements de son illustre grand-père, Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul.
Très proche du 3e Khalife Général, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké (1968-1989), il s’était beaucoup investi pour la modernisation de Porokhane, un village niché dans le Rip (près de Nioro, dans le Saloum profond) devenu un véritable centre urbain et un haut lieu de spiritualité.
Naissance
Serigne Moustapha Mbacké Bassirou naquit le 21 janvier 1928 à Darou Salam Kaél, dans le département de Mbacké. Il est le fils de Serigne Bassirou Mbacké Ibn Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, Fondateur du Mouridisme. Sa mère, Sokhna Bineta Diakhaté est de l’illustre famille des « Ndiakhaté ».
Elle est aussi apparentée à Sokhna Mariama Diakhaté (mère de Serigne Abdoul Ahad Mbacké, 3e Khalife Général des Mourides et de Serigne Souhaïbou Mbacké) et de Sokhna Faty Diakhaté (elle-même sœur de Sokhna Mariama Diakhaté et mère de Serigne Saliou Mbacké, 5e Khalife Général des Mourides). Serigne Moustapha Bassirou Mbacké est le frère aîné de Serigne Mountakha Mbacké Bassirou (même père et même mère).
Son éducation
Dès sa plus tendre enfance, Serigne Moustapha Mbacké Bassirou fut confié à son homonyme Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké Ibn Serigne Touba Khadimou Rassoul, 1er Khalife Général des Mourides (1927-1945). Alors, il fut initié au Saint-Coran. Après, il poursuivit ses études coraniques auprès de Serigne Ndam Abdou Rahmane Lô, puis chez Serigne Ibra Bineta Sylla.
Il est ensuite allé se performer auprès de son oncle maternel Serigne Maouloud Diakhaté. Après avoir maîtrisé le Livre Saint, il continua sa formation auprès du célèbre maître coranique Serigne Habibou Mbacké, grand érudit de l’Islam et du Mouridisme.
Il fit aussi un passage chez l’auteur de Minanoul Baquil Khadim (Biographie du Cheikh Ahmadou Bamba), son père Serigne Bassirou Mbacké, qui assura sa formation islamique de base, son éducation spirituelle, comme il l’avait aussi reçu, lui-même, de son illustre père Cheikh Ahmadou Bamba. Pour mieux être à l’air du temps, Serigne Moustapha Bassirou Mbacké s’est formé à la langue française jusqu’à pouvoir exploiter tout courrier et dossier administratif.
Une soumission totale au « Ndigel »
« Serigne Moustapha Bassirou Mbacké s’était distingué par une soumission inconditionnelle au ‘ndiguel’, un sens aigu de l’organisation et un haut degré de l’intérêt général.
Il avait aussi une compréhension exemplaire de la religion, de la notion de talibé soumis et du ‘Ndigel’ dont il n’acceptait aucune concession du principe de suivre lui-même les ordres de la haute hiérarchie et de voir appliquer de la part de ceux qui le suivent ceux donnés ou transmis par lui, notamment, les préceptes divins suivant la doctrine de travail et de la prière léguée par Cheikhoul Khadim.
Cela donnait un guide rigoureux et exigeant avec lui-même et avec ses talibés, par rapport à la qualité du travail et de la vie d’un talibé. Aussi, vouait-il un respect religieux à la hiérarchie établie et qui constitue l’une des richesses les plus enviables de la doctrine de Serigne Touba », nous confie notre source.
Cela s’est toujours traduit par son investissement sans égal auprès de tout Khalife de Serigne Touba dont à l’annonce de chaque « Ndiguel’, il se transformait en « Diawrine » à la tête de la famille de Serigne Bassirou Mbacké avec ses tous frères et talibés tous soumis au même ‘Ndigel ».
La maison «Keur Serigne Bassirou» face à la Grande Mosquée offerte en «adya» en 1977
En 1977, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, alors Khalife Général des Mourides, avait senti le besoin d’ériger une résidence « Cheikhoul Khadim ». Serigne Moustapha Mbacké Bassirou, d’un commun accord avec ses frères et sœurs, donna en « adya » la maison « Keur Serigne Bassirou » qui devint alors « Keur Serigne Touba » ou « Résidence Cheikhoul Khadim » à Touba- Mosquée, face à la Grande Mosquée. Il y construisit le premier bâtiment inaugurant cette résidence.
A Porokhane, il a construit des suites à toute la famille de Serigne Touba, pendant que sa propre demeure n’avait rien qui la distinguait des plus ordinaires sans compter les services et travaux consacrés à Sokhna Mame Diarra qu’il a tous cédés gracieusement par le biais de la Fondation à toute la Communauté mouride et à la « Umma » islamique. C’est assurément un legs immense et historique d’une grande utilité publique avec la formation des jeunes musulmans.
Sergine Moustapha Bassirou vouait une fidélité et un amour sans égal à son père et guide spirituel, Serigne Bassirou, à qui il a consacré un livre en Wolof sur la vie et l’œuvre, un hommage à celui qui a écrit la plus grande bibliographie de Cheikh Ahmadou Bamba (Minanoul Bakhil Khadim).
Cet amour et cette fidélité seront magnifiés par un geste rare qui est de faire porter son nom à trois de ses fils.
En 1966, après la disparition de son père et guide spirituel, comme celui-ci le lui avait demandé, il a fait son pacte d’allégeance auprès du Khalife Général des Mourides de l’époque, Serigne Fallou Mbacké.
En 1968, avec l’avènement de Serigne Abdoul Ahad, Serigne Moustapha Bassirou, deux ans après la disparition de son père, a eu l’occasion de se révéler par son engagement pour la Mouridya toute entière.
Une harmonie exemplaire avec Serigne Abdoul Ahad Mbacké, 3e Khalife des Mourides
Serigne Moustapha Bassirou a été, en toute discrétion, un fidèle bras droit de Serigne Abdoul Ahad Mbacké Ibn Serigne Touba Khadimou Rassoul. La plus grande manifestation est que durant tout le Khalifat de « Borom » Touba Bélel, il a toujours dirigé l’organisation de la plus grande fête de la confrérie mouride, le Grand Magal de Touba. Un mois durant, il se consacrait exclusivement à cette tâche et avisait ses proches et propres talibés qu’il n’était plus disponible pour eux jusqu’après l’événement.
Il a, plus d’une fois, sollicité ses propres récoltes pour faire face. Serigne Moustapha Bassirou a toujours voulu être le premier serviteur des fils de Serigne Touba Khadimou Rassoul.
Ce rôle de confident et de lieutenant a toujours continué avec Serigne Touba Cheikh Abdou Khadre, 4e Khalife des Mourides
(1989-1990) avec qui il entretenait une relation étroite et qui lui consacrait chaque année des visites à Porokhane et à Typ, dans le département de Mbacke. Il en est de même avec Serigne Touba Cheikh Saliou Mbacké, notamment à l’occasion des travaux de Khelcom en 1991 et des ‘Ndigel » qu’il donnait aux talibés.
Dans le même ordre d’idées, on peut citer l’exemple de la « Résidence Serigne Touba » de Colobane à Dakar dont la réfection lui a été entièrement confiée.
Pour ce qui concerne Serigne Mourtada Mbacké Khadimou rassoul, leurs relations dépassaient celles de père et fils, d’un chef religieux et son talibé. Tant leur entente a été parfaite. Pour preuve, dans chacune de ses nombreuses demeures à travers le pays, se trouve l’appartement de Serigne Mourtalla où ce dernier séjournait à l’occasion de ses fréquents déplacements.
A la disparition de Sergine Mourtalla, ces appartements ont tous été renommés appartements « Keur Serigne Touba » pour abriter ses hôtes faisant partie de la famille de Serigne Touba.
Serigne Moustapha Mbacké Bassirou, le grand bâtisseur
Serigne Moustapha Mbacké Bassirou avait construit et/ou réfectionné des dizaines de maisons à travers les deux tiers des régions du Sénégal, érigé des dizaines de mosquées dont les plus grandes sont celles de Kaolack, de Porokhane et de Typ qui s’imposent, aujourd’hui, grâce à ses réalisations.
Serigne Moustapha Mbacké Bassirou, sur instruction de son père, avait choisi Diourbel comme principale adresse. Il y passait les fêtes de l’Islam et y dirigeait tous les jours du mois béni de ramadan, juste après la prière de Takussan, comme le faisait Serigne Bassirou, le récital du Fulk, un recueil de poèmes écrit par Cheikh Ahmadou Bamba, qui se trouve être un des moments forts de ce mois vécus dans une extraordinaire spiritualité.
Comme réalisations aussi, il a créé des écoles dont les principales sont celle de Beer, un village enclavé à côté de Bayakh où il regroupa les jeunes talibés de 6 à 9 ans pour leur initiation ; une école franco arabe qu’il a créée depuis les années 1980 à Porokhane, et le dernier centre de formation dédié aux jeunes filles, qui reste sans doute comme l’une des plus grandes réalisation de ce début de siècle au Sénégal tant par l’idée que par l’accomplissement.
Le petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba s’était aussi investi à envoyer plusieurs étudiants et élèves poursuivre leurs études au Maroc, en Egypte, en Arabie Saoudite, au Soudan et en France.
Quant à ses relations avec les autres familles religieuses, elles étaient marquées par une qualité exceptionnelle. En effet, pour en donner une illustration, après le décès d’El Hadji Abdou Aziz Sy, il organisa une cérémonie religieuse dans sa propre résidence au quartier de Tivaouane mouride.
Serigne Moustapha Mbacké Bassirou était un homme multidimensionnel qui faisait la fierté de la mouridya et du Sénégal.
Après une vie utilement remplie, il fut rappelé à DIEU en septembre 2007. Il fut remplacé à la tête de la famille de Serigne Bassirou Mbacké par son frère utérin Serigne Mountakha Mbacké Bassirou qui devint ainsi le Khalife de Darou Minâm et de Porokhane. Et plus tard, Khalife Général des Mourides depuis 2018, à la suite du rappel à DIEU de Cheikh Sidy Moctar Mbacké.
Serigne Moussa Mbacké Nawel, fils aîné de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké, assure la sauvegarde de l’héritage familial.
Yal Nafi Yag lool te wër. Amine.
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