La Division spéciale de la cybersécurité (DSC) a levé le voile sur l’une des plus vastes escroqueries numériques jamais enregistrées au Sénégal. Baptisée SEYP Sénégal, cette fraude transnationale, savamment organisée depuis l’étranger, a fait près de 40 000 victimes et occasionné un préjudice financier dépassant les 2,5 milliards de francs CFA.
Créée en 2018 et rattachée à la Direction de la police judiciaire, la Division spéciale de la cybersécurité (DSC) s’est imposée comme un maillon central dans la lutte contre la cybercriminalité au Sénégal. Courant l’année 2025, cette unité spécialisée a élucidé plusieurs infractions complexes, dont l’une des plus retentissantes reste la fraude en ligne dénommée SEYP Sénégal, selon la revue Main courante, publication semestrielle de la Police nationale relayée par le quotidien EnQuête.
Derrière une promesse de gains faciles fondée sur le visionnage de vidéos prétendument rémunérées, se cachait en réalité un système pyramidal sophistiqué. Les recrutements s’effectuaient via Facebook, tandis que les paiements transitaient par Wave et Orange Money, à travers des passerelles anonymes, notamment SUNUTECH. Les investigations numériques ont permis d’établir des faits de blanchiment de capitaux en bande organisée et de cybercriminalité transnationale, précise le commissaire de police Papa Mamadou Djidiack Faye, chef de la DSC.
L’enquête, déclenchée à la suite de plaintes déposées par un collectif de victimes, a mis en lumière une organisation structurée. Une agente des Postes, cheffe de bureau SEYP à Hann-Maristes, est présentée comme un maillon clé du dispositif, aux côtés de responsables de centres locaux établis à Mbour et Rufisque. Un autre protagoniste jouait un rôle central dans la dissémination des flux financiers via des cryptomonnaies et des comptes familiaux.
Selon le patron de la DSC, SUNUTECH LTD, société écran d’origine chinoise, servait de façade légale, tandis que CONNEKT4, agrégateur technique basé en Côte d’Ivoire, assurait la gestion opérationnelle. « Le montage reposait sur une gestion ivoirienne, une couverture légale sénégalaise et des bénéficiaires chinois », explique le commissaire Faye, soulignant la complexité d’un circuit financier fragmenté mais remarquablement coordonné.
Le bilan de l’enquête est impressionnant : 2 539 365 710 FCFA de préjudice, 39 846 victimes identifiées et 57 921 transactions analysées, impliquant notamment les plateformes SUNUTECH, PIXELOV, INCOME et CONNEKT4. Trois ressortissants étrangers demeurent activement recherchés, tandis que des mandats d’arrêt et des saisines internationales ont été émis dans le cadre de la coopération judiciaire.
Pour le chef de la DSC, cette affaire doit servir d’électrochoc national. Il appelle à une vigilance accrue face aux promesses de gains rapides sur les réseaux sociaux et rappelle que « tout investissement doit faire l’objet de vérifications rigoureuses, notamment en ce qui concerne l’agrément des structures ».
Relatée par EnQuête, cette affaire emblématique illustre l’évolution des menaces cybercriminelles et renforce la nécessité de consolider les capacités opérationnelles de la DSC ainsi que la coopération internationale sur les plateformes de paiement numérique.

