Serigne Abdou Khadre, un pan de sa vie, sa grande générosité, sa distinction d’Imam des Imams

Serigne Abdoul Khadre avait un sens très aigu de la famille. A la vérité, c’est le genre humain qu’il chérissait. Nous n’en voulons pour preuve que cette propension irrépressible qui le poussait à toujours chercher à répandre le bonheur autour de lui.

Des témoignages, divers mais concordants rapportent la joie presque palpable qui saisit Cheikh Abdoul Khadre, chaque fois qu’il avait l’occasion de rendre service. Cela était tellement vrai qu’il lui est arrivé à, plusieurs reprises, d’allouer une récompense consistante à une personne pour la raison suivante : elle avait porté à sa connaissance le cas d’un individu dont la situation nécessitait l’intervention d’une main secourable. Il était tellement heureux d’avoir ainsi l’occasion de soulager les maux d’un frère musulman que, pour lui, celui qui avait attiré son attention sur ce cas méritait une récompense.

Ainsi, il n’a jamais éconduit un solliciteur. D’ailleurs c’est lui qui incitait les nécessiteux à recourir à lui. Cheikh Abdoul Khadre était très prodigue de ses prières sur tous ceux qui le sollicitaient à cet effet, surtout les malades qu’il guérissait de façon quasi miraculeuse si, tout bonnement, il ne  » mettait pas la main à la poche  » pour régler leurs frais médicaux, les ordonnances y compris.

Aussi souvent qu’il le pouvait, il procédait lui-même à la prière sur les morts. Cela était interprété très positivement par des populations qui y voyaient des preuves, s’il en était encore besoin, de sa profonde humanité, de son étroite implication dans toute forme d’action dont la finalité est le soulagement, le bonheur des populations.

Ami de tout le monde, il avait une popularité telle que tous les habitants de Touba, à commencer par ses frères, le considéraient comme leur guide religieux. Serigne Abdoul Khadre Mbacké était un Hakim qui conciliait la sharia et la haqiqa, d’autres diront que c’était la sharia en personne qui marchait sur terre. Ses contemporains l’appelait encore Al muftil Qudàti c’est à dire le maître chargé de la formation des Cadi (juges)

OÙ a-t-il acquis l’érudition qui lui a valu la distinction sous le nom d’ imam des imams ?

Sa lignée maternelle, les Boussobés, le rattache à une ascendance chérifienne. La tradition familiale est l’érudition coranique poussée à ses limites et la maîtrise parfaite des Sciences religieuses jusque dans leurs arcanes les plus ésotériques. Ce n’est pas par hasard si c’est la famille BOUSSOBE qui fournit en général les officiants aux fonctions d’Imam dans la Ville Sainte de Touba.

C’est le Cheikh Ahmadou Bamba lui-même qui l’initia à l’apprentissage du Coran et lui confia à Serigne Ndame Abdourahmane Lô, sous la férule de qui , Serigne Abdou Khadre a maîtrisé très tôt le Coran. Ce fut ensuite pour se rendre à Guédé chez son oncle Serigne Mbacké Bousso, c’était en 1926, dans le but d’étudier les Sciences Religieuses, études qu’il complètera auprès de Serigne Modou Dème, un érudit incomparable qu’on désignait d’ailleurs par le surnom révélateur de « Alimu Sùdaan.  » ( le savant du pays des noirs)

Le produit qui est issu d’une telle formation est parfait à tout point de vue. Il a développé une telle élévation spirituelle et morale que tout naturellement il est devenu ce pôle auquel se réfèrent tous ses contemporains. Par exemple, il n’était certes pas le plus âgé de la famille du Cheikh, loin s’en faut, mais il avait un charisme tel que tous ses frères reconnaissaient et acceptaient implicitement son autorité morale.

Ils admiraient sa droiture, son désintérêt pour les choses de ce monde, son peu d’attachement aux biens terrestres. D’ailleurs, il est connu que toute sa vie durant, il n’a manqué la prière du vendredi à la Grande Mosquée que pendant son séjour en terre saoudienne pour les besoins du pèlerinage en 1978.

Autre exemple, la reconnaissance de facto de son autorité morale par toute la communauté musulmane du pays (même les non mourides) qui a déploré avec douleur la disparition de l’Imam des Imams quand il nous a quittés ce jour fatidique du dimanche 13 mai 1990.

L’étude des vestiges de Cheikhoul Khadim portée à son paroxysme

Serigne Abdoul Khadr accordait une importance à tout ce qui touche la famille de Cheikhoul Khadim. A la vérité, c’est qu’il vouait à son pére et Maître spirituel une considération sans commune mesure. Le prolongement naturel de cet amour que tout le monde lui connaissait et qui le conduisait très souvent à effectuer d’émouvantes ziarra sur les mausolées des membres de la famille du Cheikh comme sur ceux de ses grands disciples.

Ainsi il se rendait souvent au village de Nawel sur la tombe de Sokhna Asta Walo, la mère de Sokhna Diarra BOUSSO, sa vénérable grand-mère dont il visitait fréquemment le mausolée à la ville de Porokhane. Il faisait de fréquentes visites de recueillement , à Sagatta Djolof sur le sépulcre de Mame Mâram, un ancêtre du Cheikh, comme à Dekhelé où repose Serigne Mor Anta Sally son grand-père paternel. Les mausolées de Serigne Mboussobé son grand-père maternel et de son oncle Mame Mor Diarra à Mboussobé recevaient aussi ses visites assidues, de même que celui de Mame Bara Sadio, un grand-oncle du Cheikh, à Bofel.

C’est cela qui explique le profond et indéfectible attachement qui liait Serigne Abdoul Khadr à son oncle Serigne Thierno Ibra Faty. Il lui rendait de fréquentes visites à Darul Muhty et, bien après la disparition du Saint Homme, il a continué à entretenir d’excellents rapports avec sa famille.

Que pouvons-nous retenir de cette lumière qui a illuminé notre vie ?

Serigne Abdoul Khadre, sur les traces de son illustre père, nous a enseigné ce que sont en réalité l’Islam et son corollaire, le service exclusif d’Allah. Sa vie n’a été que la défense et l’illustration de ce credo. A l’image de son Père et Maître, toutes ses démarches et toutes ses entreprises ont toujours été parées du label « al istiqâma ». Voilà fondamentalement ce que Serigne Abdou Khadre nous a appris et que nous devons retenir : la droiture, cette droiture doublée du sens de la mesure et qui est la marque distinctive des élus de Dieu.

Autant le Cheikh disait à qui veut l’entendre que ses ennemis peuvent tout dire de lui sauf qu’ils l’ont vu ou entendu, un jour, faire ou dire quelque chose que Dieu réprouve, autant Serigne Abdou Khadr mettait un point d’honneur à être ce pôle vers lequel convergent tous les cœurs qui cherchent un modèle de droiture susceptible de les conduire sur la voie dénommée « çirâtal mustaqîma.  »

Conclusion

Encore aujourd’hui nous nous souvenons avec émotion de Serigne Abdoul Khadre. Nous revoyons dans nos cœurs ce visage empreint d’une douceur angélique. Par dessus ses lunettes qu’il portait très bas sur le nez, il posait un regard indulgent sur l’assistance venue solliciter ses prières et sa bénédiction. Alors on pouvait sentir, presque physiquement, la caresse de ce regard chaleureux venu d’un grand cœur débordant d’une généreuse et débordante mansuétude pour les créatures de DIEU.

A nos oreilles résonne encore le timbre bien posé de sa voix. Et, bien souvent, nous avons l’impression de l’entendre encore déclamer, de la façon magistrale et sublime dont lui seul avait le secret, les sourates qu’il récitait lors des prières du vendredi à la Grande Mosquée. Alors, c’est à grand’ peine qu’on réussit à réprimer les sanglots qui montent du plus profond de notre être.

L’amertume d’une perte prématurée ressurgit, surtout si l’on pense aux réponses qu’il faisait à tous ceux qui, s’adressant à lui, lui souhaitaient longue vie. A ceux-là, il répondait avec un demi-sourire :  » Ce serait tout bénéfique pour vous !  » Nous avons la certitude que, s’il avait plu à Dieu de nous le laisser, nous aurions vécu une période particulièrement faste.

Encore aujourd’hui, ses exploitations agricoles et daaras de Guédé, Boustane et Bakhdad perpétuent le souvenir d’un saint, d’un érudit incomparable et d’un serviteur de Dieu inégalable.

Tout de même, il y a une petite atténuation à notre détresse : Serigne Abdoul Khadre lui-même, semblait savoir que son magistère allait être éphémère. En effet, à tous ceux qui lui présentaient un projet qui s’inscrit dans la durée, il demandait invariablement d’en faire part, plutôt, à Serigne Saliou, celui qui allait lui succéder dans les fonctions de Khalife. Comme s’il savait qu’il n’aurait pas le temps d’entreprendre ou de piloter quoi que ce soit qui doive aller au delà du très court terme.

Tel un éclair fulgurant, Serigne Abdoul Khadre a traversé le ciel de l’Islam, laissant pantois un peuple abasourdi, encore incrédule d’avoir compté dans ses rangs un « esclave de Dieu » de cette dimension. DIEU qui nous l’avait donné pour notre bonheur nous l’a arraché après seulement onze mois de magistère. Il aura vécu un séjour terrestre de 75 ans. Exactement comme son père !

A Dieu qui nous l’avait donné nous disons : « Innâ li lâhi wa innâ ilayhi râjihùn  » De Lui nous venons, à Lui nous retournerons. Que Sa volonté s’accomplisse ! Bénis soient ses arrêts, même si notre pauvre nature humaine, imparfaite par essence, a de la peine à endurer les douleurs qu’ils peuvent engendrer.

Source alkhadimiyyah.org

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Fara Michel DIEYE

Rédacteur

Fara Michel DIEYE

Co-fondateur du site Lactuacho.com, Fara Michel DIEYE jouit de plus de 18 années d’exercice dans la profession du journalisme et de la communication. Il a été notamment Rédacteur en chef du site d’information Dakaractu.com et de l’hebdomadaire Espace Magazine, et Directeur de la Rédaction du Quotidien Rewmi et de l’hebdomadaire économique Ecofi. En savoir plus >>

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