Sénégal, Bénin, Niger et Congo Le jour d’après…

Après un mois de campagne (avant l’heure et le jour même du vote) qui aura mobilisé l’Etat du Sénégal et ses moyens pour la victoire du Oui (avec l’enrôlement des médias publics, notamment la RTS – la TV publique- des spots omniprésents sur quelques médias privés très enthousiastes, la mobilisation des religieux, de sportifs de renom, etc.) le Président Macky Sall aura eu gain de cause. Grosso modo 55% contre 45%.
Le Oui l’emporte malgré le rassemblement hétéroclite des partisans du Non et la résistance du groupe Walfadjri. D’ailleurs l’épisode d’hier a vu 2 camps changer de position entre la présidentielle de 2012 et le référendum de 2016. Ceux qui attaquaient Walf sous Wade sont devenus ses défenseurs et ses « boucliers » de l’époque ses adversaires d’aujourd’hui.

Ce Référendum qui était véritablement un tour de chauffe avant les grandes échéances de 2017 et 2019 aura au moins révélé quelques enseignements :
– L’écrasante majorité des Sénégalais n’accorde pas à ce référendum l’importance que leur conféraient les politiques et les acteurs tout bords confondus (nous y compris) de notre vie publique. On parle d’un taux d’abstention d’environ 60%.
– Le Président de la République aura du fil à retordre pour les échéances à venir. Cette élection était aussi la sienne et il n’a pas lésiné sur les moyens (de l’Etat) pour la gagner.
– Touba est et restera un os pour le Président Macky Sall et son camp. Malgré les trésors déployés pour cajoler les donneurs d’ordre, les électeurs du Baol en général ne semblent toujours pas séduits par le camp de la majorité. Il ne faudrait pas faire porter le chapeau de la défaite au seul Moustapha Cissé LÔ, repoussoir désigné. C’est beaucoup plus profond que ça.

Au Bénin, les électeurs ont finalement choisi l’homme d’affaires Patrice Talon au détriment du banquier et premier ministre Lionel Zinsou. Un choix entre deux hommes riches comme Crésus et qui, au final, leur ressemblent très peu. Mais, ils ont porté leur choix sur celui qui leur était tout de même plus familier. C’est donc la défaite de Zinsou mais aussi de son grand soutien, Yayi Boni, qui en a fait son premier ministre et son candidat pour lui succéder. C’est finalement, son ennemi juré Talon qui lui succèdera.

Au Niger, le président sortant Mahamadou Issoufou se dirige tranquillement vers une victoire. Son challenger au second tour, Hama Amadou qui a été son ancien premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, n’a rejoint l’opposition qu’en 2013. Comme souvent dans ces cas, il a eu des ennuis judiciaires. Emprisonné, Il a été évacué en France pour y être soigné pendant que se déroulait le scrutin. En attendant, ses partisans ont appelé au boycott du 2ème tour. Entre l’uranium du Niger et la menace terroriste dans le sahel, Issoufou peut dérouler.

Au Congo Brazzaville, le camp de Denis Sassou Nguessou ne fait même pas semblant.
Après l’emprisonnement des « fauteurs de trouble » de la société civile, il a coupé les communications. Les candidats de l’opposition voulaient mettre en place une commission électorale parallèle et espéraient envoyer les résultats des bureaux de vote en temps réel, lors du décompte des voix. Sassou ne plaisante pas avec sa « réélection ».

Leçons apprises de ces scrutins : nos politiques sont prêts à tout pour conquérir le pouvoir et surtout le conserver.
Nous pouvons espérer changer la donne en essayant de nous remplir la tête et le ventre « halalement ». Etre averti (la tête) et indépendant (le ventre) me semblent être des conditions sine qua non pour voir émerger une nouvelle Afrique, libérée des prédateurs politiques qui la tiennent en otage.
Alors, remettons-nous au boulot maintenant que le scrutin est derrière nous.

Excellente semaine à tous,

Abdoul Khadre Lô

Director for Africa, à Access Partnership et General Manager

à Primum  Africa Consulting

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