SALINISATION DES TERRES : 1, 267 million d’hectares affectés

« Restauration et valorisation des terres salées du Sénégal », tel est le thème de la séance académique solennelle annuelle de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts) tenue hier. L’occasion a été saisie par Dr Moussa Bakhayokho, vice-président de l’Académie pour alerter sur l’ampleur de ce phénomène de salinisation des terres dans certaines régions du pays.

Avec l’industrialisation de l’exploitation du sel dans certaines parties du Sénégal notamment à Fatick, la salinisation des arables gagne du terrain. Selon les résultats du rapport sur demande du chef de l’État Macky Sall à l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts) portant sur : « Restauration et valorisation des terres salées du Sénégal », la salinisation affecte un ¼ à 1/3 des terres arables du pays soit 950 000 à 1 267 000 ha représentant près de 6 % de la superficie totale du Sénégal, visant 330 000 ménages ruraux et leur principal moyen d’existence. Ce qui concourt à l’accroissement de l’exode rural et de l’immigration. Cependant, le manque à gagner équivaut à environ 298 000 tonnes de mil sur le stock total de production alimentaire. Ce rapport présenté par Dr Moussa Bakhayokho, Directeur de recherche, vice-président de l’Ansts, président de la section sciences agricoles, a démontré que dans l’étude agro-écologique la salinité est estimée à 9 % dans les Niayes et à 20 % dans le bassin arachidier. Par contre, elle se situe entre 26 et 37 au Sénégal oriental et entre 36 et 53 % en Casamance pour atteindre un maximum de 66 % Dans la région du fleuve. Ce qui prouve d’après lui que les résultats du rapport publié récemment montre avec suffisance que la salinisation des terres est une « préoccupation universelle » qui dépasse le cadre du Sénégal. « Des études datant du siècle dernier révélaient que le monde perdait en moyenne 3 ha de terres cultivables par minute à cause de la salinisation. Celles du début du présent siècle estiment que près de 400 millions d’ha soit 13 % des terres arables de la planète sont affectées par ce phénomène », explique-t-il. Avant de préciser : « Aujourd’hui en Afrique, près de 40 millions d’ha sont concernés soit 10 % des terres salées du monde et près de 2 % de la superficie totale du continent. Cette étude est réalisée dans les régions du Sine-saloum (Kaolack, Fatick), Ziguinchor et du fleuve Sénégal (Saint Louis, Matam) qui sont les plus affectées par ce phénomène de salinisation des terres.
Fatick, une particularité
Dans le cas particulier de la région de Fatick, de nombreux travaux ont été menés par l’Ansts pour actualiser les données afin d’observer que les terres salées qui occupaient plus de 224 441 ha soit 33 % de toutes les terres de la région et 50 % des terres arables, ne sont pas que du domaine naturel. En effet, cette situation est aggravée depuis quelques années par le fort développement de l’exploitation du sel, une activité qui fait appel au pompage d’importante quantité d’eau de mer, la rencontre entre la nappe phréatique et le transfert de sel vers les zones de culture. À cela s’ajoute les effets du changement climatique et les activités agricoles peu inondables qui viennent accroître la salinisation des terres arables. Toutefois, les statistiques disposées pour cette région ne devraient pas être indifférentes pour les autres régions similaires à forte salinité, comme la Casamance et la région du fleuve qui constituent des bassins arachidiers et des zones de riziculture. Ce tableau d’ensemble des sols du pays, montre que l’ampleur de la salinisation des terres arables est bien triste. Ainsi, ce phénomène contribue pour 26 % à la dégradation des sols contre 61 % pour l’érosion hydrique et 11 % pour l’érosion éolienne. « Il est plus que temps d’agir, et d’agir vigoureusement pour arrêter ce processus insidieux », a déclaré Dr Bakhayokho. Pour remédier à tout cela, dit-il, d’importants efforts ont été consentis dans ce sens, à travers divers projets mis en place dans ces régions par l’État du Sénégal, les partenaires au développement, en utilisant diverses techniques comme la fabrication de barrages anti sel, l’aménagement de digues anti sel, de digues de retenu, le reboisement des terres salées pour essayer de récupérer quelques parcelles. C’est ainsi que dans le Sine-saloum des projets ont été mis en place pour juguler la salinité au niveau de plusieurs zones de culture. En Basse et Moyenne Casamance, une dizaine de projets et programmes agricoles ont été implantés également pour lutter contre la salinisation des vallées, tout en permettant la récupération de vastes étendues de terres qui étaient abandonnées. Idem pour le Delta et la Vallée du fleuve Sénégal, où des barrages et des efforts importants ont été réalisés dans ce domaine. Au total une vingtaine de projets de développement ont été déployés dans les différentes régions du pays pour lutter contre la salinisation. Selon lui, « les superficies de terres salées resteraient et valoriseraient 300 000 ha en Casamance, 250 000 ha au Sine-saloum, 200 000 ha à la Vallée et le fleuve du Sénégal et 6 000 ha dans les Niayes ». De l’avis de Dr Moussa Bakhayokho, ces chiffres justifient le souci du chef de l’État à reconsidérer la politique du Sénégal en matière de lutte contre la dégradation des sols particulièrement la salinisation. Comme le dessalement des terres est un processus long et lent, les projets qui ont pour la plupart des durées de cinq ans, même s’ils sont parfois confrontés à une durée limitée et à des problèmes de mal gouvernance, doivent être accompagnés par des techniques appropriées pour faire face à ce fléau.
Un programme multisectoriel pour corser la lutte
Pour inverser la tendance afin de récupérer plus de terrains, l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal a suggéré au chef de l’Etat à créer et d’intégrer au portefeuille des problèmes prioritaires du gouvernement dans le « Programme national multisectoriel, multi-institutionnel et transdisciplinaire de lutte contre la dégradation des terres, de leur restauration » en général et de la salinisation des sols en particulier. Ce programme s’inscrit en droite ligne avec la politique du chef de l’État, dans le cadre d’une Unité mixte de recherche (Umr), une structure interinstitutionnelle, impliquant les universités, les institutions de recherche, les Ong et les organisations de producteurs à travers des activités de formation, de contrôle et de renforcement de capacités.

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

à lire

Autres Articles