RD Congo au moins 8 fosses communes découvertes autour de Tshimbulu, selon une enquête de RFI

C’est l’une des preuves de la violence auxquelles on assiste depuis le début de l’année au Kasai Central. RFI et l’agence de presse Reuters ont documenté l’existence d’au moins huit fosses communes autour de Tshimbulu, chef-lieu du territoire de Dibaya. L’ONU avait déjà transmis au gouvernement congolais des informations sur trois fosses autour de ce village, qui a longtemps été l’un des épicentres de l’insurrection populaire née de la révolte du chef coutumier, Kamuina Nsapu.

Au moins huit fosses communes

Au moins huit fosses communes ont ainsi été découvertes par les habitants de Tshimbulu depuis le début de l’année. Ils les attribuent aux « catastrophes » qui se sont déroulées dans leur village depuis le début de l’année. Le 3 janvier d’abord, les éléments d’un groupe de miliciens Kamuina Nsapu font une incursion. Dans les jours qui ont suivi, les paysans ont découvert cinq fosses sur la route de Kananga. C’est l’odeur qui a alerté les commerçantes d’une localité voisine. A l’époque, les Nations unies parlaient d’une quarantaine de victimes, pour la plupart des miliciens Kamuina Nsapu, sur tout le territoire de Dibaya.

Les paysans n’ont pas eu de difficulté à trouver la première, elle se trouve à deux pas de la route. « Nous ne savons pas qui est enterré là », explique l’un d’eux. Mais plusieurs indices l’ont immédiatement alerté. « Il y a les preuves par conjonction, nous avons retrouvé du sang et les cerveaux », poursuit-il. Un groupe se décide à suivre les trainées de sang, marchent dans les pas des fossoyeurs. Ils découvrent quatre fosses plus petites, de quatre mètres sur trois, cachées dans les herbes hautes.

Des informations concernant dix fosses communes transmises par la Monusco

La Monusco dit avoir déjà transmis au gouvernement des informations concernant dix fosses communes, trois à Tshimbulu et sept autres à Nkoto, mais continue de documenter d’autres sites et pas seulement dans la province du Kasai Central. Cinq provinces sont aujourd’hui touchées par ce phénomène et le gouvernement congolais espère qu’avec l’accord signé la semaine dernière avec la famille du défunt Kamuina Nsapu, les violences qui durent maintenant depuis neuf mois vont prendre fin. Dimanche 19 mars à Kananga, la foule a acclamé plusieurs dizaines de ces miliciens venus à l’invitation des autorités pour une cérémonie de reddition et de réconciliation.

Pourtant pour Kinshasa, ces miliciens sont des terroristes puisqu’ils s’attaquent aux symboles de l’Etat et tuent policiers, militaires, responsables administratifs ou encore des agents de la commission électorale. Le gouvernement se dit informé de l’existence de nombreuses fosses communes et les impute aux miliciens eux-mêmes.

A la suite de la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant des militaires exécutants des éléments Kamuina Nsapu, le plus souvent désarmés, la justice militaire congolaise a découvert deux fosses communes au Kasai oriental et arrêté sept militaires, accusés de crimes contre l’humanité. Informé par RFI et Reuters du contenu de leur enquête, l’auditeur général a promis de poursuivre ses investigations. Une équipe de magistrats militaires devrait à nouveau se rendre sur le terrain cette semaine. Il y a quelques semaines, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait, lui, demandé une commission d’enquête internationale.

Source RFI

Momar Diack SECK
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