Nigéria: Plus d’une centaine de lycéennes seraient encore enlevées par Boko Haram

Le Nigéria doit-il redouter un nouveau kidnapping de masse, comme celui des lycéennes de Chibok en 2014? Les autorités du pays le plus peuplé d’Afrique (centre-est du continent) se mobilisent en tout cas pour retrouver une centaine de lycéennes portées disparues dans le nord-est du pays, trois jours après l’attaque d’une école de filles par des combattants de Boko Haram.

« J’ai donné instruction aux militaires et à la police de se mobiliser immédiatement pour s’assurer que toutes les filles manquantes soient retrouvées », a annoncé le président nigérian Muhammadu Buhari au sortir d’une réunion de son cabinet mercredi.

815 étudiantes sont rentrées sur 926

Les insurgés du groupe djihadiste nigérian, lourdement armés, ont attaqué lundi le village de Dapchi, dans l’Etat de Yobe, tirant en l’air et faisant exploser des grenades, selon les témoignages des habitants.

La plupart des élèves et les professeurs de la Girls Science Secondary School, un internat, se sont enfuis en brousse, craignant d’être enlevés, comme ce fût le cas pour les lycéennes de Chibok dans l’Etat voisin du Borno il y a quatre ans. Selon le ministre de la Police de l’Etat de Yobe, Abdulmaliki Sumonu, « 815 étudiantes sont rentrées » à Dapchi où elles ont été « vues », sur un total de 926 élèves. Mais « les 111 autres sont manquantes », a-t-il déclaré, tout en précisant qu' »aucun cas d’enlèvement n’a pour l’instant été établi ».

20 000 morts, 2,6 millions de déplacés

Le groupe jihadiste Boko Haram, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché », mène depuis 2009 une insurrection sanglante dans le nord-est du Nigeria ayant fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés.

Il a kidnappé des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, mais c’est l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok en 2014 qui avait déclenché une vague d’indignation mondiale, donnant au groupe une tragique notoriété sur la scène internationale.

Cinquante-sept des lycéennes étaient parvenues à s’enfuir peu après leur enlèvement, et depuis mai 2017, 107 autres se sont évadées ou ont été libérés en vertu d’un accord passé entre le gouvernement et Boko Haram.

Le kidnapping comme moyen de financement et de pression

Les motivations des assaillants à Dapchi restent floues, même si certains villageois affirment qu’ils ont visé en priorité l’établissement scolaire. Après s’être rendus dans l’école déserte, les insurgés ont en outre « pillé » plusieurs magasins à la recherche de vivres et de matériel, selon des médias locaux.

Les rumeurs de paiement de rançons en échange des lycéennes de Chibok libérées pourraient inciter le groupe jihadiste à commettre d’autres enlèvements, prévient Amaechi Nwokolo, analyste pour le Roman Institute for International Studies à Abuja.

« Ils ont compris que les kidnappings peuvent être un nouveau moyen de récupérer de grosses sommes d’argent » pour acheter des armes, des munitions et des véhicules, souligne-t-il. Mais selon d’autres observateurs, la quête de moyens de subsistance au jour le jour reste le principal objectif du groupe jihadiste.

Pour Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme pour le MOSECOM (Modern Security Consulting Group), le kidnapping reste toutefois une vieille méthode pour Boko Haram: « Ils organisent des enlèvements toutes les semaines, même sans rançon, pour maintenir la pression »

Source lexpress.fr

Momar Diack SECK
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