Macky : Les Paroles et les Actes.

Monsieur le Président de la République. En l’espace de 24 heures vos paroles et les actes de votre administration territoriale nous ont bien sapé le moral. De votre face à face avec des journalistes sénégalais, j’ai retenu 3 choses :

1- Vous comprenez, expliquez, légitimez et encouragez la transhumance politique. Vous dites qu’il faut arrêter de stigmatiser les gens, de faire la morale et qu’il n’y a pas d’un côté les bons Sénégalais et de l’autre les mauvais. Soit. Mais il n’y a qu’un Président de tous les Sénégalais et qu’en conséquence, en plus de garantir le respect de la constitution, il doit s’employer à exécuter les volontés de ses administrés. Et vous pouvez être sûr, Monsieur le Président de la République, que l’écrasante majorité des Sénégalais rejette la transhumance.

Nous n’avons pas enlevé ces dames et messieurs de la gestion du pouvoir pour que vous les rameniez par la fenêtre. En votant pour vous, en 2012, nous avons voulu aussi changer le système et ses hommes. Maintenant, vous avez le droit de penser à la prochaine élection et d’encourager la transhumance. Nous avons le droit de l’abhorrer et de rester fermes sur nos principes et nos convictions.

2- Vous dites que la déclaration de patrimoine auprès de l’OFNAC est une affaire privée. Certes, mais ces hommes et femmes qui y sont soumis gèrent nos affaires et nos deniers publics. Nous ne demandons pas que l’OFNAC nous communique leur patrimoine, mais que ces messieurs et dames se plient à l’exigence à laquelle vous les avez soumise. C’est un secret de polichinelle que certains d’entre eux n’ont pas encore rempli cette obligation.

Nous nous attendions à ce que vous les rappeliez fermement à l’ordre plutôt que de tancer les sorties inopinées des personnes soumises à une obligation de réserve. La responsable de l’OFNAC est aujourd’hui plus fragilisée que jamais. Votre discours sur ce dossier renforce les récalcitrants.

3- Vous étudiez la possibilité d’envoyer des troupes au Yémen. J’espère que ce projet restera en l’état d’étude et ne se concrétisera pas. Cette guerre n’est pas la nôtre Monsieur le Président de la République. Je ne sais pas ce que les princes arabes et vos conseillers vous ont dit mais, la guerre au Yémen, n’est pas une guerre contre les terroristes. C’est une guerre civile, avec un soubassement politico-religieux.

En résumé, le printemps arabe qui avait aussi touché le Yémen a fait partir le Président Ali Abdallah Saleh. Son vice-Président (Abd Rabo Mansour Hadi), soutenu par l’Arabie Saoudite et les autres monarchies du Golfe a été élu en 2012. Les discussions en vue de préparer des élections de 2014 devaient aboutir à la création d’un Etat fédéral du Yémen qui inclue les populations du Sud, notamment les zaydites (chiites et aujourd’hui principales composantes des rebelles Houthis).

Ces populations qui se sentent déjà suffisamment marginalisées se sont rendues compte que le territoire qui leur est octroyé ne leur donnait pas accès à la mer et se sont donc soulevées. Ces chiites sont soutenus par l’Iran tandis que le pouvoir sunnite est soutenu par l’Arabie Saoudite et ses alliés. Ces deux puissances régionales (Iran et Arabie Saoudite) qui se battent au Yémen sont pourtant des alliées dans leur combat contre DAESH en Irak et en Syrie. Alliés ici, ennemis ailleurs.

C’est aussi cela la réalité géopolitique de cette région Monsieur le Président de la République. Pour nous, la guerre la plus immédiate contre le terrorisme se situe au Nigéria. Nous ne trouverions rien à redire si vous envoyiez des troupes à côté des soldats nigérians, nigériens, camerounais et tchadiens, ou montiez au front pour que l’Union africaine mobilise des troupes aves l’appui logistique des autres.

4- Enfin, le coup de grâce, Monsieur le Président, c’est le préfet de Dakar qui nous l’a porté en interdisant la marche de solidarité que des citoyens sénégalais et africains voulaient organiser ce vendredi 17 avril, pour condamner le massacre de Garissa. Nous ne comprenons pas que vous marchiez à Paris pour les 12 victimes de Charlie Hebdo, et qu’il ne nous soit pas possible de marcher pacifiquement ici, à Dakar, pour les 147 victimes africaines de ces mêmes barbares qui ont fait usage des mêmes armes.
Cette interdiction, Monsieur le Président de la République est d’une violence inouïe pour les Africains que nous sommes.

Abdou Khadre Lô

Primum Africa Consulting

Dieyna SENE
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