Lutte Contre la Corruption : Quelques pistes de réflexion pour les Chefs d’états africains en conclave à Addis-Abeba

Le 30eme sommet de l’Union Africaine s’est ouvert ce Lundi 29 janvier à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie. A cette occasion les Chefs d’Etat et de Gouvernement du Continent devraient plancher sur un thème central : la corruption avec comme thématique « Gagner la lutte contre la corruption : un chemin durable vers la transformation de l’Afrique ».

La corruption et un fléau mondial qui touche tous les continents. Elle peut être définie comme l’utilisation abusive d’un pouvoir à des fins privées et consiste, pour un décideur, à faire ou à s’abstenir de faire, à faciliter un acte ou une opération, de par sa fonction, en échange d’une promesse, d’un avantage. Phénomène exacerbé par la mondialisation et dont quelque unes des caractéristiques sont l’achat de conscience et l’enrichissement illicite au détriment de la collectivité, elle concerne, sous une acception large, de vagues segments de la société.

Ces derniers vont du fonctionnaire qui passe outre le respect de la réglementation moyennant quelques passes droits, au décideur de premier plan utilisant ses prérogatives pour faciliter l’obtention de marchés publics. La présente contribution cible le type de corruption majeure entraînant souvent des fuites de devises préjudiciables à l’économie. L’Afrique est pleinement concernée par le phénomène puisqu’elle perd selon un rapport commandité par l’Union Africaine à Monsieur Thabo Mbeki l’ancien président de la République l’Afrique du Sud entre 50 et 80 milliards de dollars annuellement, contre une aide au développement net estimé par l’OCDE à près de 100 milliards de dollars en 2016..

Les causes de la corruption sont multiples et semblent s’expliquer par plusieurs facteurs dont fondamentalement les rivalités humaines conduisant à des surenchères en termes d’acquisition de richesses. En ce qui concerne l’Afrique, le contexte culturel marqué par la prépondérance de la famille, l’existence de facteurs d’influence politique et religieuse, la forte demande sociale exprimée par les groupes sociaux du fait d’une pauvreté galopante mais aussi les exigences fortes de solidarité amènent souvent des responsables gérant des biens collectifs à s’enrichir inopinément. L’exacerbation du phénomène est liée à la persistance de l’impunité.

La corruption se manifeste de plusieurs façons: exportateurs rapatriant une infime partie des recettes d’exportation, le reste étant comptabilisé dans des sociétés écrans situées dans les pays d’exportation, surfacturation de marchés publiques, versement de commission voire de rétro commission.

Les conséquences économiques et sociales de la corruption sont réelles. En plus de l’Union Africaine évoquée ci haut, la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique évalue les pertes annuelles subies par le Continent à environ 148 milliards soit une moins-value en termes de croissance de l’ordre de 25% du PIB. Par ailleurs, outre le fait qu’elle sape les fondements unificateurs de la société en favorisant le non-respect des règles et en rompant le principe d’égalité des citoyens devant la loi, elle est nocive au plan économique par sa dimension surfacturation qui obère les maigres ressources de l’Etat.

Cette manne financière qui sort illégalement et échappe au contrôle de l’économie représente un grand manque à gagner qui aurait pu permettre de construire des écoles des centres de santé et permettre de lutter plus efficacement contre le chômage des jeunes qui constitue une véritable endémie sur le Continent. En favorisant des ententes délictuelles et des collusions d’intérêts, elle fragile souvent, notamment dans l’attribution des marchés publics, la qualité des produits et services consommés au plan national.
Devant l’inefficacité des dispositifs de répression, l’une des solutions à explorer à court terme dans les actions de lutte contre la corruption semble résider dans la capacité des pays frappés par le fléau à instaurer des prix de référence pour mieux contrôler les surfacturations. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication devraient aussi être exploitées dans le cadre d’une stratégie d’alerte.

Bien entendu de véritables stratégies économiques de croissance saine doublées de politiques redistributives efficaces constituent des remèdes à explorer. Au plan international, le FMI en sa qualité de garant du système financier international devrait aussi participer à la recherche de solutions en appelant les Etats à plus de responsabilité notamment dans le contrôle des flux financiers en partance pour les paradis fiscaux. A plus long terme, il est important de renforcer les modules d’éducation civiques de manière à inculquer aux jeunes les bonnes pratiques

Magaye GAYE
ECONOMISTE CONSULTANT
PRESIDENT DU PARTI POLITIQUE SENEGALAIS LA TROISIEME VOIE

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

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