La nécessaire réforme du système électoral sénégalais

Un total de 49 listes est annoncé pour les prochaines élections législatives, faisant peser un lourd fardeau pour le budget de l’Etat. Cette situation inédite, qui tire principalement son origine du mode de scrutin adopté dans notre pays, ne crée pas les conditions minimales pour organiser la confrontation des idées entre les protagonistes du jeu politique sénégalais.

L’étude comparative des modes de scrutins législatifs retenus dans les grandes démocraties du monde fait ressortir plusieurs cas:
– le système majoritaire à un tour (appliqué aux Etats Unis et en Grande Bretagne), avec les résultats que l’on sait en termes de stabilité institutionnelle;
– le système majoritaire à deux tours qui est en vigueur en France depuis l’instauration de la Cinquième République, à l’exception d’une petite parenthèse dans les années 1980;
– le système proportionnel intégral, qui génère une forte instabilité gouvernementale (c’est pourquoi, l’Italie, par exemple, l’a abandonné) ;
– le système mixte à un tour (système majoritaire doublé de système proportionnel) qui prévaut en Allemagne (et que la France envisage d’adopter de nouveau).

Le Sénégal se retrouve dans ce dernier schéma du scrutin mixte à un tour. Ce choix a été guidé à l’origine par le souci de cumuler les avantages de la stabilité et de la représentativité la plus large possible.

Mais il possède l’inconvénient de pousser certains petits partis à aller seuls aux élections législatives et à essayer de glaner des sièges en jouant sur le système des restes.
Même sans obtenir de députés, recueillant d’ailleurs, pour la plupart d’entre eux, moins de 10.000 voix, voire moins de 3000 voix, soit l’équivalent d’une population d’un village-centre, ces petits partis rivalisent dans les médias avec les poids lourds de la scène politique, multipliant les communiqués de presse et les prises de position, brouillant la perception des citoyens et engageant les Sénégalais, qui ne se nourrissent pas de politique, dans des débats perpétuels, alors même que les idées qu’ils proposent ne s’écartent en rien de celles présentées par les grands partis et coalitions de partis, du moins lorsqu’ils veillent à rester réalistes. La pluralité des pensées et des convictions, souhaitées à travers la promotion du multipartisme, deviennent ainsi introuvables, pour ne plus se résumer qu’en un choc des ambitions personnelles.

La frénésie avec laquelle se créent de nouveaux partis ne devrait-t-elle pas faire réfléchir? Serait-ce là un nouveau moyen de gestion d’une carrière, pour les novices en politique et de rebondissement pour les vieux routiers, alors que la politique signifiait jusque-là don de soi et sacrifice le plus élevé pour son peuple?

L’introduction d’une forte dose proportionnelle, pour des soucis démocratiques, ne semble donc faire l’affaire que de quelques individus assurés ainsi de trouver un siège parlementaire, des honneurs et des arguments de négociation d’autres avantages, plus facilement que ne le leur permettrait un alignement dans un grand parti ou une coalition de partis. C’est de bonne guerre me dira-ton. Mais devons-nous accepter que perdure une telle situation qui a des frontières lointaines avec la démocratie véritable, au moment où une forte proportion des ménages sénégalais (40% selon les derniers chiffres officiels) demeurent confrontés à la pauvreté et à la misère ?

C’est pourquoi, tout en préservant la liberté constitutionnelle de création de partis, le choix du scrutin majoritaire intégral dans les élections législatives s’impose, pour préserver l’éthique démocratique, favoriser la visibilité du champ politique et réduire le poids inadmissible de la politique politicienne dans l’occupation et la préoccupation quotidiennes des Sénégalais.

Ce scrutin majoritaire doit également être à un seul tour, avec comme circonscription électorale des districts choisis à l’intérieur de chaque département, avec le même nombre de districts dans le pays que celui des députés. Ceci permettrait de satisfaire l’exigence de diversité qui était recherchée à travers le système proportionnel tout en évitant la dispersion partisane qu’il favorisait.

Le scrutin majoritaire à un tour se justifie aux législatives pour deux raisons, en plus des économies budgétaires qu’il permet.
Premièrement, le choix de deux tours de scrutin ne ferait que différer des négociations entre partis qui pourraient bien se tenir préalablement à un scrutin à un tour unique, sur la base des derniers résultats électoraux et de la force respective des alliés dans les différents districts électoraux. L’objectif étant de remporter in fine le maximum de sièges.
Ensuite et surtout, le choix d’un scrutin majoritaire à un tour aux législatives serait de nature à contraindre les partis à se regrouper, aller ensemble aux élections pour augmenter leurs chances de succès et, pourquoi pas, envisager une fusion en maintenant des courants de pensée dynamiques et des mouvements dans les nouveaux grands partis et coalitions de partis ainsi créés.

Dans toutes les démocraties qui se respectent, la scène politique est occupée par deux (ou rarement trois) grands partis ou coalitions de partis, qui se sont enrichis historiquement de l’apport de partis partageant grosso modo leur idéologie et, qui alternent régulièrement au pouvoir. C’est le cas aux Etats Unis, en Grande Bretagne, en France, en Allemagne et en Inde. Des partis périphériques demeurent dans ces pays, mais les médias ne leur accordent que l’audience que mérite leur poids électoral. Tandis qu’au Sénégal, n’importe quel petit parti peut, par des déclarations fantasques, faire la Une des journaux et de la radio.

Le Sénégal pourra donc être compté parmi les pays développés politiquement, le jour où la vie démocratique sera organisée autour de deux grandes forces politiques de poids équilibrés, offrant une réelle alternative aux citoyens, dotées chacune d’un réel programme de gouvernement (réaliste, chiffré et daté).

De ce regroupement des forces politiques, les électeurs gagneront en clarté des options offertes, les citoyens en apaisement de la scène politique et les contribuables en économies budgétaires qui pourront être consacrées à l’éducation des jeunes, à l’alphabétisation des adultes, à la santé des femmes-mères et des enfants, à la fourniture d’eau potable, de l’électricité et de pistes de production pour les villages et communes rurales, et à tout ce qui permet de faire du Sénégal un pays émergent pleinement intégré dans l’économie mondiale.
Par Moubarack LO
Président du Mouvement pour un Sénégal émergent (MOUSEM)

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

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