La démocratie sénégalaise malade des abus de liberté

C’est peut-être parce qu’il n’est rien arrivé à Wade insultant Macky Sall que le rappeur Niagass en a tiré la conclusion que rien de pénal ne lui arrivera. Et la non-réaction des autorités compétentes semble lui donner raison.

Mais si « l’offense au chef de l’État n’existe pas dans une vraie démocratie » (sic), qui donc rendrait justice au premier citoyen s’il vient à essuyer des insultes comme la première dame sénégalaise, Marième Faye Sall, et ses frères en ont essuyé de très crasses de la part d’un rappeur qui peut prétexter user d’une liberté d’expression que défendraient bien les débonnaires et démagogues de cette dernière valeur ?

Ne parlons pas du chef de l’État, Macky Sall soi-même, qui a subi les calomnies et médisances de son prédécesseur exhumant ce qu’il a prétendu être les origines serves et anthropophagiques de M. Sall. Jusque-là, Wade n’a pas du tout été poursuivi par la justice ! Est-ce à cause de son âge, de son ancien statut ou parce que les authentiques offenses (et pas seulement) qu’il a faites au chef de l’État (pas à lui seulement) sont concevables dans une démocratie ? Question.

Il est incontestable que le président de la République a dû être offensé par les outrages publics faites à son épouse par un artiste à la manque et en état d’ébriété, mais d’éventuels défenseurs plaideront que « la première dame n’est pas une institution » et que même si elle en était une, son souhait personnelle ou par procuration (assurée par le procureur de la République) se heurterait à quelque obstacle non écrit préconisant qu »‘en démocratie il n’existe pas d’offense au chef de l’État ».

Il s’en trouve déjà qui vont trouver l’exemple en citant le calicot brandi au passage de l’alors chef de l’État de la France, Nicolas Sarkozy, et disant « Tire-toi, pauvre con ! » rappelant cette injure que Sarkozy avait faite à un citoyen qui a eu l’irrévérence de n’avoir pas voulu lui serrer la main.

En tout cas, et il faut s’en indigner, si c’est vrai que des gens pour qui les propos de Niagass ne sont pas graves (allez savoir quelles insultes le seront), seraient opposés à une mise au gnouf du rappeur au langage directement tiré du ruisseau. Toujours le maslaa sénégalais.

C’est peut-être parce qu’il n’est rien arrivé à l’ex-président Wade insultant son successeur Macky Sall que le rappeur Niagass en a tiré la conclusion que rien de pénal ne lui arrivera. Et la non-réaction des autorités compétentes semble lui donner raison, en dépit de l’indignation causée par tant d’insolence et l’ébriété en public qui les a accueillis. Et il faudra faire avec les déclarations de principe et rituelles des Ong de défense des droits de l’homme qui vont y aller en arguties du genre « offenser le président de la République en insultant de mère son épouse n’est pas un délit », si la justice se met en branle contre l’insolent. Et voilà ceux que le journaliste et romancier algérien, Kamel Daoud, appelle « les avocats du vide » et les arguties juridiques ne leur manqueront pas. Mais la démocratie (même celle à la sénégalaise) n’y gagnerait rien.

Est-ce là vraiment la démocratie ou la compréhension que nous, apprentis-démocrates et autres Sénégalais, en avons ? Si oui, ils n’auront pas tort les indignés comme la journaliste Astou Winnie Bèye qui, dans un élan exaspéré, écrit sur sa page Facebook qu’à cause des insolences du rappeur le Sénégal devrait vivre « dix ans de dictature » pour tout remettre en ordre et rappeler à ceux qui abusent que la démocratie est le moins mauvais des régimes, pour paraphraser l’ancien Premier ministre britannique, Winston Churchill. Jouissons de la démocratie, sans abuser.

Aucun homme politique ne peut, ne doit profiter de ce régime de démocratie pour y poser des actes que lui-même n’aurait jamais toléré s’il était au pouvoir. Evidemment, cela nous ramène à cette affaire Oumar Sarr, coordonnateur du Pds, qui a tant multiplié les provocations qu’on se demande si son arrestation n’est pas une occurrence qu’il avait voulue à travers ces actes dont on ne peut dire qu’ils sont responsables. Aucun démocrate, aucun juriste, aucun défenseur des droits de l’homme ne devrait accepter que soient posés des actes qui affaiblissent la démocratie tout en croyant que leur acceptation serait un signe de la force et de la vitalité de la démocratie sénégalaise. La politique ne doit pas être cette activité qui, à elle seule, protège ses acteurs des écarts qu’ils commettent eux-mêmes.

Il se peut que je n’aie rien compris à la démocratie, comme pourraient ou vont me le reprocher les experts politologues et juristes, mais il n’empêche que je doive dire les choses comme je les sens ; là où se trouve l’intérêt de tous.

Jean Meïssa Diop

Source seneplus.com

 

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