Journée Internationale de la Jeunesse : déclaration et recommandations de l’organisation Action pour les Droits Humains et l’Amitié

La Journée Internationale de la Jeunesse célébrée le 12 août de chaque Année, permet d’attirer l’attention de la Communauté tant nationale qu’internationale sur les défis et les épreuves auxquels la Jeunesse fait face.

Avec 1,8 milliard de personnes âgées de 10 à 24 ans, le monde n’a jamais compté autant de jeunes qu’aujourd’hui. Mais d’après les Nations Unies, 24 millions d’entre eux ne sont pas scolarisés. L’instabilité politique, les défis du marché du travail et un accès limité à la participation politique et civique ont conduit à un isolement croissant des jeunes dans les sociétés.

Continent jeune, l’Afrique est aujourd’hui constituée de plus de 65 % de personnes ayant entre 15 et 35 ans, souvent désignée par la communauté internationale comme porteuse d’espoirs et capable de relever les grands défis du développement.

Pour autant, la situation de la jeunesse en Afrique est préoccupante :

  • Le taux de chômage est extrêmement élevé chez les jeunes et le sous-emploi est monnaie courante. Cela plonge la jeunesse dans une grande précarité ;
  • L’immigration clandestine et le « dépeuplement volontaire » de l’Afrique persistent malgré les mesures de plus en plus restrictives mises en place ;
  • La participation à des conflits politiques et sociaux violents met en lumière le sentiment d’exclusion d’une jeunesse en mal de reconnaissance.
  • Les jeunes filles sont les premières victimes, puisque déscolarisées très tôt et parfois enfermées dans un fonctionnement traditionnel, leurs droits sont souvent bafoués.

Pour le SENEGAL à l’instar des autres pays africains, cette journée offre une opportunité à la Jeunesse d’une part de rappeler au gouvernement ses engagements nationaux et internationaux pris en matière d’emploi, d’éducation, de santé, de sécurité et de gestion des migrations et d’autre part d’amener la Communauté Nationale à comprendre les besoins des jeunes, à mettre en place des politiques publiques intégratrices des aspirations des jeunes pour les aider à surmonter les défis qu’ils doivent affronter entant qu’acteurs et vecteurs véritables du changement et de transformation sociale, dans une dynamique de résilience.

Aujourd’hui, l’extrême pauvreté, les failles du système éducatif, la violence, les inégalités, les changements environnementaux constituent les véritables menaces et défis qui affectent profondément la vie des jeunes sénégalais. Par conséquent, ses valeurs complexes, dynamiques et fragiles qui ne donnent pas des garanties aux générations futures. D’où la nécessité de mettre en avant le potentiel des jeunes en tant que partenaires de la société d’aujourd’hui.

Au moment où seuls les problèmes liés au mode de Gouvernance et de politiques animent le débat national ; Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) plaide en faveur de la prise en compte de l’emploi, de l’entreprenariat des jeunes et à des réformes profondes du système éducatif.

L’impact des violences sur les jeunes

Depuis 2017, les trop nombreux viols, enlèvements d’enfants et bavures policières notamment contribuent à ternir l’image du Sénégal, perçu comme un pays et un peuple pacifique. Les jeunes sont les premières victimes de ces violences. ADHA interroge les raisons de cette recrudescence des faits de violence physique et morale, et émet l’hypothèse d’un chômage trop important, influant sur les comportements.

Nous savons tous que plus de la moitié de la population sénégalaise est jeune avec une moyenne d’âge de 18 ans. Cependant, les jeunes, face aux pesantes charges familiales, valsent entre délinquance et banditisme, les poussant ainsi à la consommation de diverses drogues et d’alcool, à la quête d’un avoir facile, ce qui les conduit sans nul doute à la débauche et à la dérive.

 

Le chômage des jeunes « bombe à retardement » pour l’Afrique surtout au SENEGAL

Le chômage des jeunes est une menace pour la stabilité de l’Afrique car le nombre des sans-emplois se compte en dizaine de millions. La population africaine, va passer de 1 à 1,6 milliard de personnes entre 2010 et 2030, pour atteindre 19% de la population mondiale à cet horizon.[1]En Afrique de l’Ouest comme en Afrique Centrale, les moins de 25ans représentent déjà 64% de la population, une classe d’âge frappée par un chômage moyen de 60%.
Au Sénégal 75% des jeunes interrogées, âgés de 15 à 35 souhaitent quitter le pays dès qu’ils en auront l’occasion selon l’enquête réalisée par le département des sciences humaines de l’IFAN. Il faut savoir que cette tranche d’âge représente 72% de la population active. Ainsi 3 jeunes sur 4 ne veulent pas rester au Sénégal, malgré l’espoir qu’aurai suscité le Plan Sénégal Emergent ou encore les découvertes de pétrole et de gaz. Les dangers de l’immigration clandestine que nous connaissons ne les effraient pas plus que l’idée d’affronter les réalités locales. Les jeunes meurent noyés dans la méditerranée à bord d’embarcations de fortune. A cela s’ajoute de nombreux migrants portés disparus dans le désert libyen et celui d’Agadez qui a toujours été un lieu de transit pour les voyageurs souhaitant se rendre dans les pays arabes, sans oublier ceux qui sont vendus comme esclaves par des bandes organisées.

Entre autres malédictions, nous observons, un système d’éducation non inclusif de par sa langue et son format, des traditions souvent en inadaptation avec notre temps, un grand désert d’opportunités de formations et d’emplois décents, une incapacité d’accès au crédit pour entreprendre et être indépendant. Malheureusement, les jeunes sont considérés comme des agneaux de sacrifices par les élus qui se servent de leurs voix, élection après élection avec toujours des promesses alléchantes dont ils ne voient jamais la couleur. Ils finissent ainsi tous par tourner en rond sans savoir par où passer pour sortir de cette boucle infernale.

 

Recommandations

La jeunesse est une force pour le continent africain, elle en est l’avenir. Occulter cette réalité reviendrait à priver les sociétés africaines particulièrement sénégalaise de leur dynamisme et à les vulnérabiliser. Les jeunes, eux-mêmes, n’attendent que leurs gouvernements leur dégagent les opportunités et les espaces nécessaires pour qu’ils puissent s’exprimer et être de véritables acteurs de la vie politique, économique et sociale de leur pays. Il existe au Sénégal de nombreux mouvements de jeunes qui ont simplement besoin d’être entendus, reconnus et encouragés afin que leur travail puisse porter leurs fruits.

L’Etat doit prendre des mesures visant à une meilleure prise en compte des jeunes ainsi qu’à la mise en place de politiques efficaces en faveur de l’amélioration de leurs conditions de vie. Pour ce faire, les autorités doivent encourager la participation des jeunes aux processus de prise de décisions au niveau des instances communautaires et nationales. Ils se doivent de préserver le potentiel riche et prometteur que représentent les jeunes pour l’avenir du pays en les considérant comme de réels acteurs politiques, économiques et sociaux pouvant jouer un rôle primordial dans le processus de développement.

La Charte Africaine de la Jeunesse[2], dont le Sénégal est signataire, se révèle alors être l’instrument de droit le plus approprié pour permettre cette évolution.

Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) propose qu’ils soient formés aux thèmes importants de la vie politique tels que la citoyenneté et le développement. Dans cette optique, elle propose de créer un mécanisme national de coordination des jeunes qui servirait de plateforme aux Organisations Non Gouvernementales de jeunes et aurait pour but de participer à l’élaboration de politiques ainsi qu’à la mise en œuvre d’un suivi et d’une évaluation des programmes mis en place par l’Etat.

Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) invite les jeunes à s’approprier la Charte Africaine de la Jeunesse, afin de capitaliser son potentiel démographique qui lui offre la possibilité d’influer sur tous les processus décisionnels.

Eu égard au rôle important de la jeunesse dans la promotion de la paix et de la non-violence ainsi que les marques physiques et psychologiques profondes laissées par la participation à la violence. ADHA recommande de renforcer les capacités des jeunes et des organisations des jeunes dans la consolidation de la paix, la prévention des conflits et la résolution des conflits à travers la promotion d’une éducation interculturelle, l’éducation au civisme, à la tolérance, aux droits humains, à la démocratie, au respect mutuel de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, et à l’importance du dialogue, de la coopération, de la responsabilité, de la solidarité et de la coopération internationale.

Entre autres recommandations de :

  • Mettre en place des programmes de réinsertion sociale pour les jeunes incarcérés, basés sur le recyclage, la réhabilitation et la réintégration dans la vie de famille.
  • Eliminer toutes les pratiques traditionnelles qui portent atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de la femme.
  • Etablir des structures qui encouragent et assistent les jeunes de la diaspora à revenir et à se réinsérer dans la vie sociale et économique
  • Promouvoir et protéger les droits des jeunes de la diaspora et de les encourager à s’impliquer dans des activités de développement de leur pays d’origine.
  • Veiller à ce que les jeunes filles et les jeunes femmes participent activement, efficacement et sur un pied d’égalité avec les garçons à tous les niveaux de la vie sociale, éducative, économique, culturelle et scientifique, et de leadership
  • Elaborer des politiques macroéconomiques axées sur la création d’emplois notamment pour les jeunes et pour les jeunes femmes
  • Etablir des liens plus larges entre le marché du travail et le système d’enseignement et de formation pour s’assurer que les programmes scolaires répondent aux besoins du marché du travail et que les jeunes sont formés dans les domaines où les opportunités d’emplois existent ou sont en pleine expansion.
  • Encourager les médias, les organisations de jeunes, en partenariat avec les organisations nationales et internationales à produire, échanger et diffuser l’information sur la préservation de l’environnement et les meilleures pratiques pour la protection de l’environnement.

            

  ADAMA MBENGUE Président de l’Action pour les Droits Humains et l’Amitié

Oumou Khaïry NDIAYE
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