Inondations à N’Djaména : Les autorités municipales parlent de manque de moyens

Fatigué de tirer sa motocyclette pour l’extraire de la boue, Goukouni Ousman en a gros sur le cœur et met tout sur l’incurie des autorités de N’Djamèna, la capitale tchadienne. Depuis le début de l’hivernage, il est obligé à chaque fois qu’il sort de chez lui de patauger dans la boue avec son engin sur plusieurs mètres avant d’atteindre le bitume, lieu où il peut enfin conduire en toute tranquillité

Très en colère, Ousman lâche : «Nous n’avons pas un gouvernement au Tchad et les mairies ne font que visiter les marchés pour seulement faire souffrir les commerçants». A l’instar de Ousman, nombreux sont les habitants de N’Djaména qui pestent contre les difficultés de déplacement qu’ils rencontrent depuis que les fortes pluies tombées ces dernières semaines ont transformé en mares la plupart des dix communes de la capitale.

Moins persévérants que Ousman, certains habitants ont rangé leurs motocyclettes et autres bicyclettes et voitures pour se résoudre à la marche là où d’autres ont carrément déménagé vers des quartiers non inondés.

Dans tous les cas de figure, les protestations n’en sont que plus virulentes, à l’image de Ruben Klabaye qui clame : «Il est, certes, difficile mais nous voulons juste que les autorités nous prolongent certaines routes bitumées pour que la situation change. Sinon, ici, aux quartiers Habena, Atrone, une partie de Boutalbagar et de Gassi, nous vivons des moments pénibles en saison des pluies».

Qu’ils le disent tout bas ou qu’ils le clament tout haut, les habitants de la capitale trouvent que les autorités, surtout celles municipales, ne font plus rien pour la capitale depuis qu’elles ont remporté les élections en 2012.

Rejetant pareille accusation, le maire de la commune du 7è arrondissement, Makaïla Djibrine, explique que les inondations proviennent de la remontée des eaux, un phénomène du au fait que des déchets solides ont bouché une partie du réseau d’évacuation des eaux de certains bassins de la capitale.

En vérité, souligne, pour sa part, la maire de la commune du 8è arrondissement de N’Djaména, Fatimé Yaya, les municipalités manquent de moyens pour faire face chaque année au phénomène des inondations. Sans compter, ajoute-t-elle, que la mairie centrale de N’Djaména ne joue pas son rôle. «La mairie centrale a signé un contrat avec une société pour le curage des caniveaux. Dans certains quartiers, après le curage, les sociétés ne prennent pas le soin de refermer les dalles ce qui fait que les saletés curées laissées juste à côté, repartent dedans pour boucher la canalisation».

A la mairie du premier arrondissement, Mahamat Moussa, membre du comité d’assainissement, révèle un fait qui enfonce la mairie centrale : le PNUD a accordé un financement pour l’urbanisation des quartiers de la capitale ainsi que l’amélioration de leur système de canalisation et d’électrification, mais rien n’a été fait jusqu’ici.

Loin de ces querelles entre citoyens et autorités municipales, plusieurs urbanistes interrogés par APANEWS pointent du doigt le manque de plan cadastral de N’Djamèna. Les anciens quartiers du centre-ville fondés par des colons sont les seuls urbanisés et bénéficient d’une voirie urbaine, soutiennent les urbanistes, selon qui  les nouveaux quartiers de la capitale, soit les 1è, 7è, 8è, 9è et 10è, sont d’anciens villages entrés par effraction dans le périmètre urbain sans bénéficier d’aménagements adéquats.

Selon l’urbaniste Mahamat Djibrine Sénoussi, les périmètres de ces anciens villages ont été vendus par des chefs coutumiers appelés «Boulama», puis les services du cadastre sont arrivés juste pour tracer les rues sans aucune canalisation encore moins de bassin de rétention d’eau.

Source APA

Oumou Khaïry NDIAYE
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