Grèce : Questions cruciales après la victoire référendaire du ‘’Non’’

Jusqu’au bout, les sondages ont annoncé un résultat serré. Le camp du « non » a finalement remporté une large victoire lors du référendum, dimanche 5 juillet, alors que les Grecs devaient se prononcer sur de nouvelles mesures d’austérité réclamées par leurs créanciers. Francetv info interprète ces résultats qui précipitent la Grèce, mais aussi l’Union européenne, dans l’inconnu.

Une victoire politique pour Alexis Tsipras

En votant contre les mesures proposées par la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne), les Grecs ont témoigné leur confiance envers le Premier ministre, Alexis Tsipras, issu du jeune parti anti-austérité Syriza, et envers son ministre des Finances, Yanis Varoufakis.

A l’annonce de premiers sondages donnant la victoire du « non », le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos, allié de coalition du gouvernement d’Alexis Tsipras, avait estimé que « le peuple grec a prouvé qu’il n’est pas soumis au chantage », sur son compte Twitter (lien en grec). Tandis que dans les rues d’Athènes, les partisans du « non » se rassemblaient déjà pour fêter leur victoire.

Les négociations avec les créanciers vont-elles reprendre ?

Malgré la victoire du « non », les portes des négociations ne se referment pas. Le gouvernement d’Alexis Tsipras peut entamer de nouvelles discussions avec les membres de la troïka. Et sa position semble davantage évoluer vers la modération – il pourrait négocier un troisième plan d’aide plus favorable à la Grèce en faisant des concessions – que vers la rupture et la sortie de la Grèce de la zone euro. Il souhaite en tout cas la conclusion d’un accord dans les plus brefs délais. « Les négociations qui vont s’ouvrir doivent déboucher très rapidement, peut-être même d’ici 48 heures », a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis à la télévision grecque.

Lundi, les directeurs du Trésor de la zone euro ont prévu de se réunir, tandis qu’Angela Merkel et François Hollande réclament un sommet de la zone euro sur la Grèce le lendemain. Les ministres des Finances de la zone euro se réuniront dans la semaine, a annoncé dans la soirée un porte-parole du président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Reste à connaître l’avis des créanciers eux-mêmes. Ceux-ci sont divisés : dans la journée de dimanche, le président du Parlement européen Martin Schulz a évoqué la possibilité d’accorder des prêts d’urgence à Athènes en cas de victoire du « non ». Et le ministre des Affaires étrangères italien a déjà tendu une main aux Grecs, sur Twitter : « Maintenant il convient de commencer à tenter à nouveau de trouver un accord. Mais on ne sortira pas du labyrinthe grec avec une Europe faible, qui ne retrouve pas la croissance. » Mais la position allemande, elle, est plus dure. De nouvelles négociations avec la Grèce sont « difficilement imaginables », estime Sigmar Gabriel, le ministre de l’Economie allemand.

Les banques grecques vont-elles tenir ?

C’est sans doute la principale menace qui pèse sur le pays. Avec la victoire du « non », en effet, la Banque centrale européenne va-t-elle continuer à alimenter les établissements bancaires grecs en liquidités ? L’institution européenne a maintenu les prêts d’urgence accordés aux banques grecques, mais le 20 juillet, la Grèce devra lui rembourser 3,5 milliards d’euros. Dès dimanche soir, le ministre des Finances Yanis Varoufakis a rencontré les directeurs des banques grecques, sans doute pour évoquer la question.

Selon le porte-parole du gouvernement grec, la Banque de Grèce devait envoyer dès dimanche soir une demande à la BCE, car il y a selon lui « des arguments solides pour faire remonter (le plafond de) l’ELA », l’aide d’urgence aux banques grecques qui sont fermées depuis une semaine et risquent de manquer rapidement de fonds. Cette question est d’autant plus vive que la Grèce sera officiellement en défaut de paiement, le 30 juillet.

Est-ce la fin de la Grèce dans l’euro ?

Cette question est liée, entre autres, à l’attitude de la BCE. En cas de rupture, et pour tenter de recapitaliser des banques à sec, le gouvernement pourrait alors créer des liquidités avec une monnaie « parallèle », les « IOU » (I Owe You). Utiles également pour payer le salaire des fonctionnaires, ces reconnaissances de dette risqueraient de perdre rapidement de la valeur.

Face à l’inflation, les économies des épargnants seraient alors menacées. Sortie de facto de la zone euro, la Grèce pourrait alors revenir à la drachme, même si le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a écarté cette possibilité avant le vote, en rappelant que « les presses ont été détruites ». Cette possibilité pourrait toutefois permettre de dévaluer sa monnaie et de relancer les exportations.

L’Union européenne ne prévoit aucun mécanisme de sortie de la zone euro. Mais un « Grexit » de facto pourrait inspirer d’autres pays confrontés à une forte dette, comme le Portugal.

Source  »FranceTvInfo »

Dieyna SENE
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