Goulots d’étranglement du secteur de la boulangerie : instabilité du prix de la farine, installations tous azimuts, distribution du pain…

Le Ministère du Commerce, de la consommation du secteur informel et des petites et moyennes entreprises, la Fédération Nationale des Boulangers du Sénégal (FNBS) et l’Association des Meuniers Industriels du Sénégal (AMIS) organisent la première Concertation nationale sur la filière boulangère. Cette rencontre réunissant l’ensemble des acteurs de la filière (l’administration, les meuniers, les boulangers, les organisations patronales et syndicales, les associations de consommateurs), a constitué une occasion pour les acteurs d’échanger sur toutes les difficultés qui gangrènent le secteur. Le thème de cette importante rencontre a porté sur : « Diagnostic et perspectives de la profession et de l’activité de la boulangerie au Sénégal ».

Le secrétaire général du ministère du commerce, M. Matar Lakh a souligné que l’apparition de nouvelles minoteries dans le marché déjà fortement concurrentiel, a exacerbé les difficultés avec une surproduction de farine entraînant une guerre de prix sans précédent.

« Pour autant, les boulangeries traversent de nombreuses difficultés liées à la production et la distribution du pain malgré que l’Etat ait défini des règles claires concernant ces activités. La distribution de pain constitue véritablement le goulot d’étranglement du secteur. L’absence de réels investissements, justifie la déstructuration du pain, qui semble échapper de plus en plus aux boulangers. Il s’y ajoute les installations tout azimut de boulangeries opérant dans des conditions non conformes ainsi l’instabilité du prix de la farine », affirme M. Matar Lakh.

Il poursuit : « Une situation qui a occasionné une chute drastique des prix de la farine sans aucune répercussion ne soit perceptible chez les consommateurs. L’Etat y a aussi subi d’énormes pertes de recettes fiscales et la viabilité socio-économique de l’industrie de la minoterie a été réellement affectée. Cette situation n’a pas manqué d’affecter les boulangeries. Depuis mai 2017, le marché de la farine a été relativement stable mais les remous notés ces derniers temps renseignent à suffisance sur la précarité de la situation ».
D’après lui, ce secteur d’activités constitue un tissu dense et varié pourvoyeur de milliers d’emplois au Sénégal. Et le pain qu’il produit, occupe une place stratégique dans la consommation des ménages avec une production journalière de 8 millions de baguettes.
Le président de la fédération nationale des boulangers du Sénégal, M. Amadou Gaye, martèle : « La situation actuelle du marché présente plus les caractéristiques d’un secteur en difficulté : les besoins des populations ne sont pas totalement satisfaits, les boulangers connaissent des difficultés qui se répercutent parfois sur la qualité des produits livrés et des relations tendues avec les fournisseurs. Le secteur évolue dans un marché à deux vitesses.

Jpeg (Le président de la fédération nationale des boulangers du Sénégal, M. Amadou Gaye)

D’une part, des boulangers professionnels travaillant dans une démarche qualité à la recherche d’une rentabilité, d’autre part des boulangers évoluant dans un environnement qui ne leur permet pas de suivre. Ces boulangers vont continuer à souffrir et disparaître si des solutions ne sortiront pas de cette rencontre ».
Il souligne que le secteur de la boulangerie est ainsi confronté à une difficulté majeure : elle est caractérisée par la place stratégique que le pain occupe dans la consommation des ménages. Et aussi, la structure des prix établie depuis 20 ans fait l’objet de mises à jour régulières mais manifestement, certains postes de dépenses, aujourd’hui importants ne sont pas inclus, tels que les charges liées à l’emballage, les invendus.

« Il faut comprendre : ce cadre réglementaire avait pour objectif d’assainir le secteur et d’organiser la concurrence pour éviter l’anarchie dans la filière. Toutes les dispositions utiles sont prévues, le principal problème réside dans l’application et l’applicabilité des dispositions prévues. Malgré les apparences, les difficultés sont tel que plus de 60 boulangers ont fermé ces deux derniers mois. Cette situation nous interpelle sur la précarité des emplois de ce secteur et la rentabilité de notre secteur », laisse entendre M. Gaye.

Quant à Mme Anta Babacar Ngom de l’Association des Meuniers Industriels du Sénégal (AMIS), elle avance : « Mais faudrait-il, à travers un diagnostic sans complaisance, engager une profonde réflexion autour des contraintes internes et externes qu’il nous faudra lever pour gagner la bataille de la compétitivité. Certaines de ces contraintes sont le fait des acteurs de la filière, mais il reste que l’environnement des affaires et les fluctuations du coût du blé ont leur pesant dans la situation difficile, pour ne pas dire intenable que nous vivons depuis prés de 3 ans, marquée par : une surcapacité de la production par rapport aux besoins réels ; une instabilité des prix parfois en deçà des coûts de production ; des pertes d’exploitation assez considérables ; un marché où les intermédiaires dictent leur loi aux producteurs sans que l’impact ne soit pas suffisamment perçu au niveau des consommateurs finaux ».

Saër DIAL

Rédacteur

Saër DIAL

à lire

Autres Articles