États-Unis : le comportement très choquant des ripoux des forces de l’ordre de Baltimore

Réputée violente, la ville a-t-elle aussi la police la plus corrompue du pays ? Un procès révèle le comportement très choquant des forces de l’ordre. Ces jours-ci se tient à Baltimore l’un des plus gros procès pour corruption policière des États-Unis. Il a donné lieu à une avalanche de révélations très choquantes sur le comportement des forces de l’ordre.

En mars 2016, Oreese Stevenson, un délinquant de 38 ans, est arrêté lors d’un banal contrôle routier. Une fois au commissariat, les policiers lui volent ses clés, trouvent son adresse grâce au fichier de cartes grises. Quatre d’entre eux se rendent ensuite à son domicile et forcent le coffre-fort installé au sous-sol. Ils s’emparent de la moitié du liquide, soit 100 000 dollars, de deux kilos de cocaïne, d’une Breitling estimée à 4 000 dollars… Puis ils referment le coffre et se filment en prétendant l’ouvrir pour la première fois.

« Personne ne touche à rien », entend-on le sergent Wayne Jenkins, dans la vidéo. Lorsque Jenkins, qui a mis sur écoute Stevenson en prison, entend que sa petite amie veut entamer une action en justice pour récupérer l’argent volé, il écrit un message soi-disant rédigé par une maîtresse de Stevenson qui annonce qu’elle est enceinte. Il laisse le message devant la maison de la petite amie.

Baltimore est l’une des villes américaines les plus violentes. Il y a eu l’an dernier un record de 343 homicides. Et de multiples bavures au fil du temps ont sérieusement entaché la réputation de la police. Mais même The Wire, la série qui se passe à Baltimore, n’a pas imaginé une bande de flics aussi ripoux.

Revente au marché noir des armes saisies

Jenkins et ses hommes appartiennent à la « Gun Trace Task Force », une unité d’élite de policiers en civil dont le but est de traquer et d’éliminer les armes illégales en circulation. Or depuis des années, non seulement ils revendent au marché noir les revolvers saisis, mais ils pratiquent aussi des cambriolages, trafiquent de la drogue, plantent des indices à charge sur les scènes de crime, envoient des innocents en taule… Tout cela en toute impunité. Six policiers ont déjà plaidé coupables l’an dernier, mais deux ont refusé de le faire. Daniel Hersl et Marcus Taylor se retrouvent donc aujourd’hui sur le banc des accusés dans un procès qui fait beaucoup de bruit.

Selon quatre de leurs anciens camarades qui ont témoigné, ils plaçaient par exemple un appareil de localisation sur la voiture d’un individu. Quand il sortait, ils s’introduisaient par effraction chez lui et volaient les objets de valeur. Dans certains cas, ils faisaient le guet, pendant qu’ils envoyaient des amis déguisés en policiers, à leur place. Ils ciblaient des victimes peu susceptibles de porter plainte, comme des dealers, mais l’une d’elles au moins n’avait pas de casier judiciaire.

« Il y a peu de chances qu’un trafiquant de drogue se plaigne qu’on lui ait piqué son fric », a résumé Momodu Gondo, l’un des membres de l’équipe. Sur ces dernières années, ils ont ainsi volé 300 000 dollars en liquide à des particuliers, au moins trois kilos de cocaïne, de l’héroïne, du cannabis, des Rolex, un sac Chanel, des pistolets…

Faux rapports, vols d’héroïne

L’un des policiers a raconté qu’un jour ils étaient intervenus lors d’une vente de drogue et avaient emporté la marijuana ainsi que 15 000 dollars. Wayne Jenkins, après avoir reçu sa part, s’est rendu dans un club de striptease et a volé une des danseuses. Ce même Jenkins a admis avoir écrit un faux rapport après une course-poursuite qui a tué un passant. Lors de l’arrestation des deux personnes qu’il poursuivait, il a caché un sachet d’héroïne. L’un des suspects a été relâché en août 2017, à la suite de ces révélations, après avoir purgé sept ans de prison.

Pendant les émeutes de 2015, à la suite d’une bavure policière, ces mêmes flics ont arrêté un voyou qui avait pillé une pharmacie, ont saisi les sacs pleins de médicaments et les ont donnés à un dealer qui a partagé les bénéfices. Ils avaient aussi des fusils à air comprimé dans leur voiture à placer sur la scène du crime en cas de bavure. Les policiers ripoux ont aussi escroqué le contribuable en se faisant payer des milliers d’heures supplémentaires fictives. « On venait bosser à peu près quand ça nous chantait », a dit l’un d’eux. Daniel Hersl, l’un de ceux jugés actuellement, s’est absenté pendant un mois pour faire des travaux chez lui tout en étant payé.

Hausse des tensions avec la population

C’est l’Office en charge de la répression du trafic des stupéfiants qui a mis au jour les pratiques illégales de l’unité. En 2015, il enquêtait sur un réseau d’héroïne et de cocaïne lorsqu’il a intercepté un appel de Momodu Gondo, l’un des agents véreux, qui disait « je vends de la drogue ». Les répercussions se font déjà sentir. Les huit policiers se sont occupés de près de 3 000 affaires depuis 2008. Du coup, le procureur a dû réexaminer bon nombre de dossiers et a abandonné les poursuites dans déjà 125 cas. Quatre individus ont été libérés de prison…

Ce déballage de corruption massive aggrave les tensions avec la population très méfiante vis-à-vis des forces de l’ordre depuis la mort de Freddie Gray en 2015, un Noir décédé lors de son transfert au commissariat. Six policiers ont été inculpés dans cette affaire, mais les procès se sont achevés sans condamnation. En janvier 2018, le maire a limogé le patron de la police. Son remplaçant est le troisième chef à se succéder au poste en cinq ans.

Le jury devrait rendre son verdict la semaine prochaine pour Daniel Hersl et Marcus Taylor. En attendant, fin janvier, un autre flic de Baltimore a été inculpé. Sa caméra semble montrer qu’il a caché un sachet de drogue dans une poubelle après l’arrestation d’un supposé dealer.

Source le point.fr

Pape Ismaïla CAMARA
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